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Le sérigraphe Nurrudhin jongle avec les couleurs

21 octobre 2007, 00:00

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Mahébourg subjugue vraiment le sérigraphe Takun Nurrudhin. Comme ses compositions picturales sérigraphiques possèdent le potentiel d?éblouir ceux d?entre nous assez intelligents et perspicaces pour aller visiter, toute affaire cessante, aujourd?hui même s?il le faut, son exposition, ouverte jusqu?au jeudi 25 octobre, à la galerie municipale Seewoosagur-Ramgoolam, route Saint-Jean, Quatre-Bornes.

Le visiteur averti, comme l?amateur de Beaux-Arts, tombe en arrêt, en effet, devant les meilleures réalisations graphiques de ce nouveau venu dans le « panorama de la peinture mauricienne », pour reprendre l?expression chère à Georges André Decotter. L?émerveillement est encore plus grand quand l?auteur de tels chefs-d??uvre fait davantage confiance à la seule for-ce de la simple juxtaposition de taches de couleurs souvent primaires, mais toujours contrastantes, sinon agressives.

Les premiers clichés médiatiques des sérigraphies de Takun Nurrudhin nous ont davantage orientés vers une vision fauviste de ses ?uvres. Mais ce jeune artiste particulièrement doué aurait intérêt à se mettre davantage à l?école de l?extrême simplification du meilleur Matisse, celui des sim-ples découpages, véritable acte de foi dans la force esthétique d?une forme colorée se détachant d?un décor neutre.

La sérigraphie, mieux que la peinture, favorise justement la brutalité de cette juxtaposition chromatique, tout comme elle permet de découper au ciseau ou pres-que un paysage pour n?en retenir que son épicentre, son essence mê-me. Ainsi Nurrudhin se permet de noyer notre Mouchoir Rouge dans deux immensités, océanique et céleste.

<B>Cloués devant une toile</B>

Il ne s?embarrasse donc pas de la végétation, couvrant cet îlot au risque même de faire de l?ombre aux deux immensités précitées. Qu?à cela ne tienne, deux habiles coups de ciseau réduisent cette végétation de transition à sa plus simple expression, à sa réalité, à sa fonction de mettre en valeur la pierre précieuse dont elle est l?incomparable écrin.

Nurrudhin excelle souvent dans l?art de la composition graphique. Dans ses meilleures toiles, et Dieu sait qu?elles sont nombreuses, un nuage d?une blancheur éclatante peut flamboyer autant qu?un soleil de midi. Ailleurs, un nuage d?encre semble menacer de tomber à pic sur une des pirogues-ballerines de notre merveilleux Mahébourg. Elle n?en a cure, sous prétexte qu?elle en a vu d?autres.

Et nous, simples contemplateurs, nous restons là, cloués devant une toile d?une telle intensité, nous demandant comment rester amarrés à notre sort quand une telle menace joue les épées de Damoclès sur notre tête.

Takun Nurrudhin confesse que Mahébourg l?a séduit. Cet enfant de Pailles, subissant que trop l?incessant carrousel routier de la voie rapide, éventrant cette localité, exposant du même coup d?humbles passantes aux risques inhérents d?une escorte ministérielle, trop pressée ou trop craintive pour avoir la courtoisie toute britannique de s?arrêter pour donner priorité à une piétonne, même en dehors des passages cloutés, cet enfant de notre triste civilisation automobile, ne sachant plus regarder, observer, connaître, apprécier ni aimer, ne s?en revient pas de l?existence, à l?intérieur des 1 865 kilomètres carrés de notre territoire mauricien, découvre accidentellement une ville hors le temps.

Nommée Mahébourg, encore peuplée de personnes humaines, capables d?apprécier la saveur de l?instant présent, de personnes humaines encore capa-bles, non d?une invective policière, mais d?un regard fraternel, d?un sourire d?encouragement ou d?accompagnement, d?êtres humains encore capables de s?intéresser à son voisin, à son frère.

<B>Un sanctuaire transcendant</B>

Sous l?outil colorant de Nurrudhin, des paysages trop connus, à savoir les pirogues de la Pointe-des-Régates, dodelinant sous le regard admiratif et connaisseur du Lion, l?inévitable timbre-paysage, d?abord de deux sous (couleur framboise) des années 1950 et, ensuite, de cinq sous (bleu PMSD) de la décennie suivante, ce paysage revit car les silhouettes des pêcheurs, des pirogues, de la Sierra Leone, l?étendue marine, la voûte céleste, s?animent comme autant de feux follets, grâce à la magie de Nurrudhin.

Mahébourg, le langage de l?émotion, titre et thème de cette exposition, constituent une des plus agréables réussites esthétiques de l?année 2007. Justement, l?émotion est omniprésente dans la quarantaine de toiles de ce licencié de la faculté des Arts appliqués de l?université de Maurice.

Le réveil de Ra tient davantage d?une explosion nucléaire que d?un banal levant. Il permet à des nuages rougeoyants de singer l?art baroque. L?arrivée à Mahé-bourg, venant de la route fleurie de Beau- Vallon, est, bien sûr, chargée d?émotions artistiques, celles que l?on ressent quand on pénètre dans un sanctuaire transcendant. Trois teintes célestes couronnent curieusement une jetée, menant au bout du monde. L?émotion n?exclut pas la prudence, car pour être plus lents, les autobus mahébourgeois menacent tout autant de paisibles piétons, en quelque sorte chassés de leur chaussée.

<B>Quoi demander de plus ? </B>

Un vieux canon, jugé sur la terrasse du château Gheude, suffit pour commémorer une bataille navale, assez glorieuse pour faire tapisserie du côté de l?Arc de Triomphe à Paris. La roche contemplant la mer, quel-que part entre la Baie Bleue et l?île-aux-Aigrettes, témoigne de l?art consommé de la composition d?un tel artiste. La baie de Mahé-bourg à midi noie le paysage dans un bain de soleil et révèle de même que le sérigraphe peut et sait jongler avec les couleurs. Quoi demander de plus ?

Nurrudhin est un de nos rares peintres à pouvoir restituer sur toile la clarté lunaire, blafarde à souhait. Il sait recomposer ses couleurs, sous le prisme de cette lueur exsangue. Un plus pour ceux qui ne savent pas qu?un paysage change du tout au tout, selon qu?il s?éclaire d?un luminaire diurne ou nocturne. Il a, en sus, le mérite d?être un des rares Mauriciens à savoir que Le Lion reste lion de Mahébourg comme à Bois-des-Amourettes, même si la tête léonine de la Pointe-des-Régates devient, à l?orée des amourettes, un profil léonin plus terrifiant encore que nature et vice-versa.

Takun Nurrudhin, enseignant d?art et de design au collège culturel islamique de la Vallée-des-Prêtres, avenue Velvindron, Pailles (Téléphone : 752.67.75. et e-mail : [email protected]). Notez bien ce nom et ses coordonnées car un maître sérigraphe doublé d?un compositeur artistique et d?un coloriste talentueux, nous est né. Il est en mesure de recréer tout ce que notre âme d?artiste désire et réclame.

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