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En quête de justice
Amita Gunesh, née Boolell, est coquette. A priori, rien d?extraordinaire? Sa tenue soignée et élégante, ses cheveux méchés et ses ongles manucurés en attestent. Sauf qu?Amita n?est pas une ménagère comme les autres, au grand dam de bien des commerçants.
Elle a le caractère bien trempé, Amita. Ce n?est certainement pas Bhoomitre Boolell, son père, qui dirait le contraire ! En effet, collégienne au Queen Elisabeth Collège, un jour en descendant de l?autobus, le regard d?Amita croise celui d?un homme beaucoup plus âgé qu?elle. Elle en tombe amoureuse. Vraisemblablement, l?amour lui réussit? Aujourd?hui encore, ses yeux brillent quand elle se remémore la scène. «J?étais descendue à l?arrêt d?autobus devant la mairie de Quatre-Bornes et il marchait vers moi. Il était beau? Il portait une paire de jeans et une chemise grande ouverte. J?ai immédiatement eu un coup de c?ur.» Il faut croire que l?effet est réciproque. Car l?homme en question, Hans Gunesh, se retrouve au même arrêt d?autobus, deux jours plus tard. Il l?attendait visiblement et l?aborde. «Il est venu me parler et j?ai commencé à l?aimer. Nous nous sommes revus par la suite et de plus en plus souvent.»
Comme bien des histoires d?amour, la leur a un obstacle majeur. Hans Gunesh avait une vie avant de la connaître. Sachant que sa famille n?acceptera jamais leur relation, Amita se tait et voit Hans en cachette. C?est une indiscrétion qui fait éclater la vérité auprès des Boolell. «Mes parents l?ont su deux ans plus tard, quand l?amour s?était fortifié.» Bhoomitre Boolell et son épouse Sewtee tentent de la dissuader de revoir Hans Gunesh. «Ils insistaient pour que j?aille poursuivre des études supérieures en France ou en Inde alors que moi, je campais sur mes positions.»
Amita ruse pour pouvoir voir celui qu?elle aime. Elle en est sûre, c?est l?homme de sa vie. Sachant que les choses ne s?amélioreront pas, elle fait mine de céder et accepte de poursuivre ses études à New Delhi, en Inde. Hans Gunesh l?y rejoint. Ils se marient religieusement et s?installent en France. Lorsqu?elle l?annonce à ses parents, ces derniers ont déjà été mis au parfum. La situation se décantera à la naissance de leur petite?fille, Shaneera.
De retour à Maurice, le père d?Amita la persuade d?entrer dans la fonction publique, ayant lui-même été un fonctionnaire modèle. Elle sera ainsi clerc au Bureau central des statistiques puis au ministère de l?Industrie. En parallèle, Amita entame des études en administration publique et en gestion à l?université de Maurice. Elle est aussi postée au ministère des Affaires étrangères et à celui de la Santé.
Fort des qualifications requises pour devenir administrative officer, elle postule lorsqu?il y a une vacance. Elle passera l?interview mais ne sera pas retenue. Le scénario se répète trois fois. «J?ai compris que c?était politique et qu?il en était ainsi parce qu?à la base, j?étais une Boolell. Something was rotten somewhere.»
<B>Departement «electrise» </B>
C?est ainsi qu?Amita prend la décision d?abandonner l?administration au profit du cadre technique. Une vacance à la Consumers? protection unit (CPU) l?intéresse et elle fait acte de candidature. Celle-ci est retenue. On est alors en 1998. Elles ne sont que quatre femmes au sein de ce département. Leurs collègues masculins pensent qu?elles abandonneront bien vite la partie car outre les incessantes visites surprises chez les commerçants pour vérifier qu?ils ne font pas de stockage illégal d?articles ou ne vendent pas des produits périmés, il faut également se rendre dans les boulangeries aux petites heures du matin pour vérifier que les normes du poids réglementaire du pain sont respectées.
Amita s?obstine malgré les horaires difficiles. Tente de concilier vie familiale et vie professionnelle sans pour autant se décourager. Mais Amita réalise que les consommateurs se laissent souvent facilement bernés par des commerçants sans scrupule.
Elle estime que lorsque la CPU est passée sous la tutelle du ministère de la Femme, ce département a été «électrisé». Elle trouve d?ailleurs normal qu?il soit sous la Femme. «Ce sont généralement les femmes qui tiennent le cordon de la bourse.»
Ajoute que c?est sous l?impulsion d?Indira Seebun qu?elle a pu faire publier des livrets et pamphlets sur les droits et la protection des consommateurs, qui ont été distribués tous azimuts. Et que la CPU a pu organiser une vaste campagne de sensibilisation sur le sujet. «Tout comme c?est à partir de 2006 que nous avons célébré, pour la première fois, la Journée mondiale des consommateurs. Nous allons continuer chaque année.»
Si les officiers de la CPU sont sur le pied de guerre à chaque fois que l?«Automatic price mecanism» va ajuster le prix de l?essence et du diesel, ils ont eu fort à faire ces derniers mois avec la pénurie de lait en poudre. Le plus grand coup qu?ils ont réalisé, en septembre dernier, est la saisie de 3,6 tonnes de lait en poudre illégalement stockées par un commerçant de Pailles.
<B>Consommateurs avertis</B>
Mais Amita explique que ce commerçant n?est pas un cas isolé. «Nous avons verbalisé 35 commerces et non des moindres ! J?ai été très déçue de voir que des entreprises considérées au-dessus de tout soupçon jusque-là, pouvaient avoir une telle réaction. Déjà que la situation était grave sur le marché mondial, je ne m?attendais pas à ce qu?elles en rajoutent. C?est inacceptable !»
Quid de l?hostilité et de l?agressivité des commerçants lors des visites surprises ? Amita y est habituée. «Cela ne m?empêche pas d?assumer mes responsabilités. Nous travaillons, généralement, en équipe de deux ou de quatre et lors d?inspections importantes ou de périodes de crises, nous sommes accompagnés de policiers de la Major Crime Investigation Team. Mais même lorsque l?on se montre agressif envers moi, je garde mon calme en mettant en avant le fait que je ne fais que mon travail.»
Le nombre de femmes a augmenté, depuis, à la CPU. Elles sont six sur un total d?une vingtaine d?officiers. Amita tire satisfaction du fait que les consommateurs connaissent mieux leurs droits. «Cela se voit par le nombre et la qualité des plaintes que notre ligne verte enregistre. Mais même si 80 % des consommateurs sont plus avertis qu?avant, il nous faut poursuivre nos campagnes d?éducation pour que les consommateurs connaissent vraiment leurs droits et leurs responsabilités. Mon souhait est de voir une relation différente s?établir entre le commerçant et le consommateur, une relation beaucoup plus saine.»
Que changerait-elle si elle devait réécrire sa vie ? Rien ou presque, nous dit-elle. «J?aurais peut-être demandé à Hans de patienter le temps que je termine mes études supérieures en Inde. Mais on ne construit pas le monde avec des ?peut-être?. Je vis ma réalité de tous les jours, avec le support de mes proches, en tentant d?apporter ma contribution afin de soulager au mieux de mes possibilités les petites misèresdes consommateurs?»
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