Publicité

Pourquoi l?or noir flambe-t-il ?

18 octobre 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Encore et toujours plus haut. Les cours du pétrole ont atteint de nouveaux records avant-hier, franchissant les 88 dollars le baril à la Bourse de New York, à 88,05 dollars. Dans le même temps, le brent de la mer du Nord a également amélioré son record historique, en atteignant 84,31 dollars le baril.

?Les tensions en Turquie sont toujours le principal moteur? de la hausse des prix, expliquait Nas Nijjar, courtier chez CMC Markets. La Turquie a évoqué le recours à l?intervention militaire de l?autre côté de sa frontière avec l?Irak, afin de pourchasser sur leurs bases les rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Le Parlement turc discute actuellement d?une motion visant à autoriser cette intervention dans le nord du l?Irak, et le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a même appelé le gouvernement irakien et les Kurdes d?Irak à agir contre le PKK pour éviter de subir les conséquences d?une incursion militaire.

Les analystes craignent alors qu?une telle intervention ne perturbe encore plus l?approvisionnement en brut de la région : le pétrole extrait dans le nord de l?Irak est acheminé hors du pays via un oléoduc aboutissant au terminal turc de Ceyhan, sur la Méditerranée. Certes, le transit par les oléoducs du nord a été quasiment inexistant depuis 2003, date de l?invasion militaire américaine, car les sabotages étaient devenus monnaie courante. ?Néanmoins, récemment, les exportations via le nord du pays ont partiellement repris, et du pétrole a été envoyé, irrégulièrement, vers les ports turcs de la mer Noire?, expliquent les analystes de la maison de courtage Sucden. Selon l?Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), l?Irak a produit environ 2 millions de barils par jour au mois d?août, ce qui reste loin de ses niveaux d?antan (2,8 millions de barils par jour avant l?invasion).

Plusieurs autres facteurs contribuent à cette flambée vertigineuse du prix de l?or noir :

■ <B>Faiblesse du dollar</B>

La baisse du dollar a encouragé les investissements dans les matières premières de tous ordres, les investisseurs considérant tous les actifs libellés en dollars comme étant relativement bon marché. Elle a également eu pour effet d?accroître le pouvoir d?achat de certains consommateurs dont la monnaie n?est pas le dollar. Les ministres du Pétrole font remarquer que même si le pétrole est à des niveaux records, en termes nominaux, l?inflation et le dollar en amortissent l?impact. Le prix de référence de l?OPEP en termes nominaux était de 74,18 dollars le baril en septembre mais retombait à 50,98 dollars une fois prises en compte l?inflation et la baisse du billet vert.

■ <B>Demande</B>

Alors que les précédentes montées de l?or noir s?appuyaient sur des perturbations de l?offre, la demande de gros consommateurs comme la Chine et les Etats-Unis est le principal moteur de la hausse actuelle. La croissance mondiale de la demande a ralenti après un bond en 2004 mais elle reste en hausse. D?autant que les prix élevés du pétrole n?ont eu pour l?heure qu?un effet limité sur la croissance économique. Les analystes disent que le monde s?accommode bien des prix nominaux du brut parce que si on les ajuste en fonction de l?inflation et des taux de change, ils sont encore en retrait par rapport aux précédentes flambées. En outre, certains pays consomment à présent moins d?énergie.

■ <B>Fonds </B>

Les fonds de pension et fonds spéculatifs investissent à nouveau dans les matières premières, et donc dans le pétrole, ces derniers mois, après une coupure en début d?année en rapport avec les incertitudes sur l?évolution de la croissance mondiale. Les transactions spéculatives sur les marchés de l?énergie n?ont cessé de se développer ces dernières années, les investisseurs tentant de battre les rendements obtenus sur d?autres marchés, comme la Bourse ou le marché obligataire.

■ <B>Réduction de la production de l?OPEP </B>

L?OPEP, qui produit plus du tiers du pétrole mondial, a réduit sa production à la fin 2006 pour enrayer une baisse des cours. Cela a eu pour effet de soutenir les cours. Les pays consommateurs, rangés derrière l?Agence internationale de l?énergie (AIE), n?ont cessé depuis des mois d?exhorter l?OPEP à réaugmenter sa production. A quoi, l?OPEP réplique que l?offre est adéquate. Toutefois, lors de sa réunion de septembre, le cartel a accepté d?augmenter sa production de 500 000 barils par jour (BPJ) à compter du 1er novembre. Ce supplément est équivalent à 1,6 % environ de la production des 12 membres de l?OPEP en août.

■ <B> Nigeria </B>

L?offre de pétrole du Nigeria, huitième exportateur pétrolier mondial, s?est réduite depuis février 2006 en raison d?attaques et actes de sabotage des rebelles séparatistes du Mouvement d?émancipation du delta du Niger (MEND). Ces actes ont réduit la production nigériane de quelque 547 000 barils par jour, de l?avis des compagnies pétrolières.

■ <B>Iran</B>

Les pays consommateurs redoutent des perturbations des approvisionnements pétroliers iraniens car l?Iran, quatrième exportateur pétrolier mondial, est pris dans un bras de fer avec les pays occidentaux au sujet de son programme nucléaire. Les pays occidentaux soupçonnent l?Iran de vouloir développer des applications militaires à ce programme, alors que Téhéran affirme vouloir se contenter de produire de l?électricité.

■ <B>Irak</B>

Ce pays a beaucoup de mal à remettre son industrie pétrolière sur pied après des années de guerre, de sanctions internationales et de sous-investissement. Les exportations de brut de Kirkouk à partir des oléoducs du nord du pays sont sporadiques car les problèmes techniques et les actes de sabotage ont pratiquement réduit à néant la production depuis le début de la guerre dans le pays en mars 2003.

■ <B>Problème de raffinage</B>

Les raffineurs des Etats-Unis ont eu à faire à des pannes imprévues qui ont eu pour effet de ponctionner les stocks avant l?été, lorsque la demande d?essence était au plus haut. Les dernières statistiques pétrolières hebdomadaires des USA ont montré que les stocks de produits distillés ont baissé, tandis que ceux de fioul domestique, inclus dans ces produits, ont augmenté. Les stocks de ces deux catégories sont en deçà de ceux de l?an passé à la même époque. Là encore, les capacités de raffinage sont tendues après des années de sous-investissement.

Publicité