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Indispensables dispensaires
C?est fou comme l?imagination travaille quand elle se heurte à une porte fermée. Cela fait à peine quelques minutes qu?Emilio, trois ans et demi, est entré dans la salle de consultation du dispensaire de Bambous. Brûlé au pied, il hurle de toute la force de ses poumons. On pourrait presque penser qu?on l?égorge. Sauf qu?à 16 h 30, il n?y a personne pour panser dans cette salle d?attente.
Les rangées de chaises en plastique rouge sont vides. Ses pleurs et suppliques ne sont nullement calmés par la présence de sa mère, qu?il appelle d?ailleurs à grands cris.
Personne n?est là pour se faire une idée? auditive des étapes nécessaires pour changer ses pansements. Quand il sortira des bras de sa mère visiblement éprouvée par la situation qu?elle vient de vivre, personne ne sera là pour compatir à son malheur. Pas âme qui vive, non plus, pour sourire quand entre deux pleurs nerveux, Emilio lance le traditionnel : ?Ma, gato, mo pe fin.?
Le médecin de garde, sans doute pris par la soif de s?occuper, sort de la salle de consultation avec un magazine à la main. ?C?est en début de semaine que nous accueillons le plus de monde?, indique un des infirmiers. Selon lui, cela varie entre 80 à 100 patients par jour du lundi au mercredi. Des patients qui viennent ?dan tanto kan zot lib?. Deux heures supplémentaires qui mobilisent deux attendants, deux infirmiers, une employée de bureau, un médecin et le préposé à la pharmacie.
Un saut du côté de Vacoas où Jean Claude Yvon raconte ses petites misères. Son épouse, qui suit la conversation, l?interrompt pour lancer avec humour : ?Li kontan al ouver dispanser.?
Traduction : Jean Claude quitte son domicile à 7 heures du matin pour se rendre au centre de santé qui n?ouvrira ses portes qu?une heure plus tard. ?La ousi ena dimoun ki finn fini arive. Parfois il y a des bousculades. On se bat pour faire respecter son tour.? Et le planton, que fait-il ? ?Zot pankor vini zot, zot pa konn nanyen e zot pa pou rant ladan.?
Selon ce patient en traitement pour des problèmes de tension artérielle, le médecin de service n?arrive qu?entre 9 h 30 et 10 heures. Jean Claude avoue qu?il ne comprend pas pourquoi ?dokter res kot latab, li mem pa tous mwa, li zis poz kestion apre li fer lordonans?. Est-ce que ce sont des médecins locaux ou étrangers qui fonctionnent ainsi ? ?Zot tou pareil. La seule différence, c?est qu?il y a un interprète qui est là lorsqu?il y a un médecin étranger.?
La tournée se poursuit dans des localités portlouisiennes. Un saut à Baie-du-Tombeau à 11 h 15 vendredi. Sur rendez-vous, tous les enfants en bas âge ont déjà été auscultés. La salle d?attente est vide. Direction : Roche-Bois où on arrive cinq minutes plus tard. Un préposé nous indique que le médecin n?est pas là et qu?il sera de service de 13 à 15 heures. La visite se termine à Ste.-Croix où à notre arrivée, nous croisons la doctoresse dans la cour du dispensaire. Il n?est pas encore 11 h 30. Elle cherche les clés de sa voiture dans les poches de sa blouse. Puis elle démarre. A l?intérieur, les dernières patientes prennent livraison de leurs médicaments. La salle est vide.
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