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Le bluff de Maurice
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
La crédibilité de l?Etat est mise en cause. Les valses-hésitations du gouvernement au sujet de la réforme sucrière pourraient ternir davantage l'image que notre pays renvoie au monde économique et en particulier aux bailleurs de fonds étrangers. Le sucre, c?est un dossier que l?on croyait bouclé depuis plus d?un an. En fait, il reste sujet aux caprices des dirigeants.
C?est en avril 2006 que le gouvernement rédige, en accord avec les sucriers, un plan de réforme, la ?Multi Annual Adaptation Strategy? (MAAS). Ce document est ensuite présenté à l?Union européenne. Sur la base de ce plan d?action, l?UE promet de soutenir financièrement la restructuration de l?industrie sucrière. Le processus est enclenché, en mars de cette année quand le ?Sugar Industry Efficiency Act? est amendé pour créer le cadre légal nécessaire à la réforme. A partir de là, c?est le blocage. Le gouvernement modifie les termes de l?accord sans consultation avec ses partenaires. Une volte-face irresponsable qui non seulement retarde les investissements prévus mais jette un doute sur la capacité de l?État à respecter ses engagements.
Le gouvernement a imposé en avril dernier de nouvelles conditions qui ne figuraient pas dans l?accord initial. Depuis, les ponts sont coupés. Hier, le président du Joint Economic Council, Jacques de Navacelle, qualifiait de ?très grave? l?absence de contact entre l?Etat et les sucriers ?alors qu?il y a tellement de choses urgentes à discuter?. Il a raison. L?enjeu est de taille.
Déjà, nous sommes sur le point de perdre une aide de Rs 200 millions de l?UE. Le déboursement de ce fonds est assorti de conditions précises. Il faut fermer, avant fin décembre, trois usines (Riche en Eau, Mon Trésor et Mon Loisir), offrir une retraite anticipée à 3 000 travailleurs de l?industrie sucrière et procéder à l?épierrage d?environ 300 hectares de terres appartenant aux petits planteurs. Si les échéances ne sont pas respectées, d?autres financements plus importants et faisant partie d?un programme d?aide s?étalant sur plusieurs années sont compromis. Plus grave encore, Maurice court le risque d?être stigmatisé, de voir sa parole mise en doute.
En fait notre cote de confiance n?est pas très forte auprès de l?UE. Le pays a un passif qui a rendu difficiles les négociations sur les mesures d?accompagnement pour le sucre. Bruxelles reproche à notre pays de ne pas avoir respecté les engagements pris sous l?ancien gouvernement par rapport aux projets d?évacuation des eaux usées. Si, en outre, nous n?arrivons pas à appliquer la MAAS, telle qu?elle a été soumise à l?UE, le dommage causé à notre image sera considérable.
Claudia Wiedey, chef de la délégation de la Commission européenne, s?en est tenue jusqu?ici à la réserve diplomatique d?usage pour évoquer les retards pris par notre pays. Mais si la MAAS reste lettre morte, elle pourrait parler du coup de bluff de Maurice.
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