Publicité

Baudelaire, la férocité du critique d?art

15 octobre 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C?est un tableau ciselé de citations et d?exemples visuels qu?a peint Michèle Malivel. C?était cette semaine dans le cadre des activités marquant le 150ème anniversaire des Fleurs du Mal. Thème de sa conférence : Baudelaire critique d?art.

Avec énergie et force références à l?appui, la conférencière trace une esthétique où ?critique et poésie ne font qu?un (...) le meilleur compte rendu d?un tableau pourrait être un sonnet ou une élégie?, car, ?un poète ne peut pas être un critique comme les autres. Il n?est pas représentatif de la critique d?art de son temps, d?abord parce que son texte lui-même est un ?objet d?art? ensuite parce que Baudelaire néglige de plus en plus de faire un compte rendu fidèle et exhaustif de ce qu?il a vu?.

Baudelaire pose les conditions. ?Pour être juste, c?est-à-dire pour avoir sa raison d?être, la critique doit être partiale, passionnée, politique, c?est-à-dire faite à un point de vue qui ouvre le plus d?horizons?.

Michèle Malivel esquisse d?abord l?époque durant laquelle sévit Baudelaire le critique. Il s?y lance en 1845, à 24 ans, ?à la fois par goût et par besoin d?argent?, explique-t-elle. Au moment où il se lance, c?est Ingres qui règne officiellement sur la peinture française.

Pas de rejet du classique

Selon Michèle Malivel, si Baudelaire ne rejette pas le classicisme en tant que tel, cet ?amoureux de la beauté antique sait que n?est vraiment beau aujourd?hui que ce qui deviendra, à son tour antique.? S?il a des éloges pour Ingres : ?Il est le seul homme en France qui fasse vraiment des portraits?, le reproche n?est jamais loin.

Baudelaire trouve, nous rapporte la conférencière : que ?ses figures ont l?air de patrons d?une forme très correcte, gonflés d?une matière molle et non vivante étrangère à l?organisme humain?. Les élèves d?Ingres seront à leur tour traités de ?parti des ennemis du soleil? et d? ?école des pointus?. David, Corot, Pradier, Rousseau, Millet, tous en prennent pour leur grade.

Le critique lui n?aura pas une influence immédiate mais plutôt collatérale, précise la conférencière. C?est le procès intenté aux Fleurs du Mal en 1857 qui attire l?attention sur lui.

Parmi ses contemporains, un seul trouve grâce à ses yeux. Il s?agit de Delacroix. Pour ce peintre romantique, Baudelaire n?est jamais à court de qualificatifs élogieux. Au point où le poète se reconnaîtra puis s?identifiera au peintre. ?L?oeuvre du peintre devient alors une sorte de tremplin pour l?acte créateur du poète?, explique Michèle Malivel. Pour lui, Delacroix, ?peintre romantique par excellence a réussi à se dégager de la fadeur et des excès lyriques de ses prédécesseurs, pour devenir le premier artiste moderne?.

Baudelaire écrit son appréciation sans tiédeur, jugeant ?Delacroix (comme) le plus suggestif de tous les peintres, celui dont les oeuvres (...) traduisent l?invisible, l?impalpable.? Le critique d?art va jusqu?à décerner à Delacroix le titre de ?peintre poète?, d??excellent dessinateur, prodigieux coloriste, compositeur ardent et fécond (qui) exprime surtout l?aspect étonnant des choses.? Enfin, celui qui réussit ?l?infini dans le fini?.

EXTRAITS

Voici un florilège des critiques de Baudelaire sur les peintres de son temps. De quoi savourer l?acidité de son verbe, l?aigreur de ses qualificatifs, mais avant tout l?ardente poésie de l?ensemble.

■ D?Auguste Barthélémy Glaize : ?(Il) a un talent, c?est de bien peindre les femmes. Ses tableaux visent à la couleur et, malheureusement, n?arrivent qu?au coloriage de cafés?.

■ De Jean-Jacques Pradier ( 1790-1852) : ?Ce qui prouve bien l?état pitoyable de la sculpture, c?est que Pradier en est le roi ! C?est un talent froid et académique?.

■ De Jean François Millet ( 1814 ? 1875) ( l?Angélus) : ?Ses paysans sont des pédants qui ont d?eux-mêmes une trop haute opinion. Ils étalent une manière d?abrutissement sombre et fatal qui me donne envie de les haïr.?

■ De Jacques-Louis David ( 1748 -1825) : ?C?est une admirable composition que tout le monde connaît, mais dont l?aspect a quelque chose de commun... ? (La mort de Socrate). ?Il est difficile de mieux modeler et de mieux faire le morceau que monsieur David ; c?est de la chair, il est vrai, mais c?est bête comme la nature.?

■ De Dominique Ingres (1780 -1867) : ?(Il) n?est jamais si heureux ni si puissant que lorsque son génie se trouve aux prises avec les appâts d?une jeune beauté. Les muscles, les plis de la chair, les ombres des fossettes, les ondulations montueuses de la chair, rien n?y manque?. ( La Grande Odalisque)

Publicité