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Savoir lire entre les lignes
Lorsqu?il est en service, Bala Mootoosamy Kamatchi est muet comme une carpe. Mais une fois son service terminé, l?homme est affable et sait se montrer dissert. Il l?explique par le fait que tout enquêteur qui se respecte ne doit pas dévoiler ses cartes, sous peine d?éventer à l?avance le cas sur lequel il travaille.
C?est ?faute d?alternative? que ce fils d?un laboureur de Triolet, qui a bouclé sa scolarité secondaire au collège Trinity, postule pour intégrer la force policière. Lorsqu?il envoie sa demande d?application, il se dit que ses années de scoutisme et le sens de discipline qu?il y a acquis en tant que patrol leader lui seront d?une grande utilité s?il y est accepté. Et c?est le cas le 1er juin 1967.
S?il entame sa formation aux Casernes centrales à Port-Louis, c?est à la Riot Unit de Vacoas qu?il la parachève. Il se fait bientôt remarquer par un de ses supérieurs, en l?occurrence, Sada Madoorapen, qui décèle en lui des talents d?enquêteur. C?est à ce titre qu?il est envoyé au poste de Trou-Fanfaron à Port-Louis. Bala Mootoosamy Kamatchi attend 10 ans avant d?être muté à la Criminal Investigation Division (CID) de Piton où il se sent alors dans son élément. ?Mon esprit fonctionne de telle sorte que je me demande toujours ce qu?une personne a derrière la tête. Je ne prends rien pour argent comptant. Généralement, j?aime lire entre les lignes?.
Ses supérieurs pensent sans doute qu?il est l?homme de la situation car il demeure 26 ans à ce poste. De longues années au cours desquelles il a élucidé une centaine d?homicides. Les cas les plus récents faisant sa fierté sont dans l?ordre celui de l?assassinat de Vanessa Lagesse dont ?l?affaire a été ouverte par Prem Raddhoa et terminée par moi? et l?affaire Mujeeb Mir ?dont trois accusés ont été récemment mis sous les verrous pour quelques bonnes années?.
Toutefois, il n?oubliera pas de sitôt le premier homicide qu?il a résolu et dont l?accusé a écopé de 25 ans de prison. Il s?agissait d?un homme qui est sorti de Mahébourg pour aller tuer sa femme à Mont-Choisy et jeter son corps dans le lagon. C?est aussi lui qui a procédé à l?arrestation de Roger de Boucherville, qui avait été condamné à mort par pendaison et dont la sentence a été commuée en prison à vie. ?Lorsque nous nous sommes rendus chez lui pour l?arrêter, il était introuvable. Je suis monté sur un badamier et là, je l?ai vu, embusqué sur le toit. C?est là que j?ai été le cueillir?.
?Tout le monde a la perception que le casier de la MCIT est rempli de brutalités policières. Mais la perception n?est pas la réalité. Vous savez, notre salle d?interrogatoire comprend une caméra??
Sa nomination à la tête de la MCIT vient après 40 ans et demi au sein de la force policière. Années au cours desquelles il y a eu des moments pas toujours roses ? Bala Mootosamy Kamatchi le reconnaît. ?J?ai avalé plusieurs couleuvres car j?ai vu des policiers passer sur ma tête et obtenir une promotion avant moi. Mais je ne suis pas du genre à en conserver de l?amertume. J?ai attendu le temps qu?il fallait?. Il est d?ailleurs en attente d?une promotion comme assistant commissaire de police qu?il estime mériter pleinement.
Appelé à dire s?il est difficile d?enfiler les chaussures de feu Prem Raddhoa, il réplique que ?la MCIT est une équipe qui fait partie de la police et au sein de laquelle, personne n?est indispensable. La seule chose, c?est que chacun a sa méthode de travail. Raddhoa avait la sienne. J?ai la mienne et celui qui me remplacera lorsque je partirai aura la sienne aussi. La MCIT n?est pas une police spéciale. C?est une unité de la police comme les autres, sous le commandement du commissaire de police?.
Lors de sa première déclaration publique, Bala Motoosamy Kamatchi a évoqué les allégations de brutalité policière généralement associées à la MCIT. N?est-ce pas un aveu que cette méthode avait cours sous son prédécesseur? ?Tout le monde a une perception que le casier de la MCIT est rempli de brutalités policières. Mais la perception n?est pas la réalité. Vous savez, notre salle d?interrogatoire comprend une caméra. A chaque fois que nous proposons à un suspect d?y être interrogé, il refuse généralement, sur les conseils de son avocat. C?est ensuite plus facile de venir dire qu?il y a eu brutalité policière et aveux extorqués?.
Le surintendant Kamatchi ajoute que lorsqu?il interroge personnellement un suspect, il le fait dans le cadre de son bureau, qui est ouvert. ?Lorsque je me retirerai, je n?aurai pas peur de marcher dans la rue car il n?y a jamais eu de plainte de brutalité policière à mon égard. Je n?ai jamais battu, ni fait battre quiconque?. Né un 10 décembre qui est la Journée Internationale des Droits de l?homme, c?est sans doute pour cela qu?il considère les droits humains comme ?sacro-saints?.
Cela ne le gêne pas qu?on parle de l?équipe qu?il est appelé à diriger comme les Raddhoa Boys. ?Je préfère que le nom reste les Raddhoa Boys plutôt qu?il devienne les Kamatchi Boys ! Il (NdlR: feu Prem Raddhoa) a laissé sa marque?.
Ce qu?il souhaite, c?est ouvrir la MCIT au public et lui ôter cette réputation de brutalité policière qui lui colle à la peau. ?Et continuer le bon travail qui se fait déjà. Il faut que le public sache que la police est le seul département qui veille à sa protection et à ses intérêts. Il doit donc continuer à avoir confiance en elle?.
Cette confiance qu?il réclame est entamée lorsque des policiers se font épingler pour tentative de corruption comme cela a été le cas ces temps derniers. Croit-il que la tentation vient du fait que le salaire de ce type de fonctionnaires soit bas ? ?Je ne crois pas que cela vienne de là. Cela tient surtout au fait que tout le monde aspire à vivre mieux et que certains policiers tentent leur chance. Mais c?est vrai aussi qu?en comparaison avec le salaire des policiers à l?étranger, celui des policiers mauriciens est inférieur. Mais ce n?est pas à cause de cela que les policiers doivent devenir des gangsters?.
Le surintendant Kamatchi est marié depuis plus de 30 ans à Dhanalakshmy Moorghen, fille du premier lord-maire. Celle-ci lui a donné trois filles, Stella, aujourd?hui âgée de 32 ans, qui est enseignante au collège Hindu Girls, Aruna, 28 ans, fonctionnaire au ministère de la Sécurité sociale et Peggy, 27 ans, enseignante d?informatique au Universal College. Il a trois petits enfants : Dinesen, 10 ans et Luveshen, trois ans, fils de Stella et Laskshi, un an, fille de Peggy.
L?épouse du surintendant Kamatchi ne s?est pas contentée d?élever ses enfants. Elle s?est transformée en femme d?affaires plutôt prospère. Elle a démarré cette activité en louant des camions. Affaire qu?elle a ensuite revendue. Dans un deuxième temps, elle a opéré une société de location de voitures qu?elle a revendue par la suite. Après quoi, elle s?est intéressée aux panneaux d?affichage géants et a créé une société avec un ami. Aujourd?hui, elle s?est recyclée dans l?informatique et agit comme directrice d?une compagnie de consultants en la matière.
Le surintendant Kamatchi n?est pas très loin de la retraite. Si ce musicien autodidacte ? il joue au synthétiseur ?, amateur de polars d?Agatha Christie et de Sir Arthur Conan Doyle, a déjà escorté un escroc français sur qui pesait une demande d?extradition aux Etats-Unis ? c?était le 11 septembre 2002, soit un an après les attaques contre le World Trade Centre -, il n?a fait qu?entrevoir New-York. C?est donc dans cette ville qu?il compte emmener Dhanalakshmy bientôt?
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