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Le nouveau Protocole sucre
Le Protocole sucre est mort. Ce n?était franchement pas une nouvelle. Privé de l?élément de prix, désossé, le Protocole sucre n?était déjà plus que l?ombre de lui-même.
N?empêche que le monde politique s?agite. La fin du Protocole sucre, c?est tout de même embêtant. Cela signifie que la disparition du « prix politique », pilier de l?interventionnisme d?État dans la gestion d?un secteur productif. Bref, une érosion du pouvoir politique.
C?est sans doute pourquoi « Plantation Hou-se » ne s?émeut pas davantage. À peine hausse-t-elle les épaules : « The writings were on the wall ». C?est que « Plantation House » a déjà intégré cette donnée-là dans son fonctionnement. Depuis deux ans, les grands acheteurs de sucre tels que Eurosugar ne visitent-ils pas les producteurs, discutant avec eux d?éventuels accords d?approvisionnement. Certes, ils passent aussi par le syndicat des sucres. Et paient une visite au ministre. Une visite de courtoisie.
Même si tout le secteur sucre pleure son bon vieux prix garanti, en euros s?il vous plaît, nombreux sont les managers de ce secteur sucre qui envisagent de gérer leurs entreprises différemment. Ils se verraient déjà vendre sans passer par le Syndicat des sucres, acheter des cannes de gré à gré avec les planteurs, comme en Australie, s?assurer le meilleur prix plutôt qu?au « Sugar Industry Fund Board », et recruter en fonction des besoins réels.
« Arrête révé kamarad. » Si les cannes poussent toujours, c?est parce qu?elles contiennent non seulement du saccharose à l?état brut, mais aussi de la bagasse.
Avec des consommateurs mondiaux qui s?inquiètent autant du tour de taille de Britney que du dioxyde carbone dans l?atmosphère, cette paille-là pourrait un jour valoir plus cher que le saccharose.
Et ce que peut rapporter cette paille-là, personne d?autre ne l?achètera qu?un organisme qui s?appelle le « Central Electricity Board ». Personne d?autre ne paiera de factures au « Central Electricity Board » que le consommateur mauricien, celui-là même qui met une petite croix à côté d?un dessin tous les cinq ans.
Non, la mort du Protocole sucre ne changera pas le rapport de force privé-public. Tout au plus changera-t-on de ministère et d?interlocuteurs. Le Protocole sucre à l?échelle de la coopération bilatérale entre les États est d?ores et déjà remplacé par le Protocole énergie. Un accord bien local, bel et bien illimité et surtout pas écrit.
Un protocole dans lequel l?Union européenne n?aura pas un grand rôle à jouer.
Encore que? Ce n?est pas si sûr. L?Union européenne ne donne-t-elle pas encore des fonds dits de restructuration ? Des fonds qu?elle voudra bien accorder si les élans de passion cèdent la place à la vraie négociation. In extremis.
L?Union européenne pourrait bien en donner encore, mais pas à fonds perdus à la discrétion des pouvoirs en place, pas des fonds prisonniers de guéguerres post-coloniales. L?Union européenne veut inspirer le cours des choses sur la planète. Forte du leadership que le pouvoir économique de son union monétaire lui donne sur celui des Américains, elle ne se retirera pas complètement de la coopération économique. Ne serait-ce que pour mieux servir ses ambitions militaires comme décrit déjà sur ce site. Elle donnera au coup par coup des fonds très ciblés, assortis de conditions de résultat très précis dans le but très intéressé que ces fonds aillent à la mise en place de sa vision du monde.
Et sa vision du monde, elle s?appelle développement durable. Tant que l?industrie sucrière saura mettre en avant la dimension durable de son modèle d?affaires dans le secteur sucre, elle aura à ses côtés un partenaire, capable d?équilibrer le rapport de force.
<B>Anne ROBERT Source : globalmauritian.com
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