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Rs 500 m pour sauver Chitrakoot

12 octobre 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

?Il y a dans ce village des maisons dont les murs sont si fissurés qu?on arrive à voir les étoiles la nuit. On n?évacue pas leurs propriétaires. Mais on veut fermer l?école dont la plupart des salles de classe sont intactes. On est en train de nous prendre pour des bourriques.?

Brinda Ramjeet parle et ne quitte pas des yeux l?école Chitrakoot dans laquelle deux de ses enfants étudient. D?autres parents d?élèves acquiescent, l?approuvent. La petite foule se colle contre un mur fissuré en face de l?école pour laisser passer un autobus sur cette route étroite. Celle-ci fait une boucle autour du village dont l?école est condamnée pour cause de glissement de terrain. Il est presque 16 heures et des parents venus à pied attendent la fin des cours particuliers de quatre enseignants. Personne ne veut entendre parler de la fermeture de cette école.

?Vous croyez que si nous accepterons d?exposer nos enfants à des dangers. Le danger n?est pas dans cette école, mais dans certaines maisons dans lesquelles vivent certains des élèves de cette école?, dit Rekha Beeharry. Elle a une fille handicapée qui fréquente l?école. Sa maison qui est à une cinquantaine de mètres de l?école est sur le point de s?écrouler sous les fissures. Elle invite tout le monde à constater de visu. ?L?Etat ne s?inquiète pas pour nous, mais veut ferme une école en très bon état par comparaison à ma maison?, laisse-t-elle échapper.

De fait, personne à Chitrakoot, village accroché à flanc de montagne ne comprend la décision de fermer l?école et tous les habitants estiment qu?elle ne va pas s?écrouler. Ont-ils raison ?

Les experts ne veulent pas se prononcer ouvertement. ?Ce n?est pas parce que l?école est en meilleure position que d?autres bâtiments de la région qu?elle ne va pas s?écrouler. Un glissement important en contrebas pourrait entraîner son affaissement. On ne sait rien pour le moment. On ne pourrait se prononcer qu?après avoir recueillis les données pendant une année. Nous voulons être on the safe side?, dit un ingénieur sous le couvert de l?anonymat.

Le glissement de La Butte en exemple

Personne n?a rien dit de tel aux habitants, d?où leur incomprehension et leur révolte. D?autant que certains parlent de l?épisode du glissement à La Butte, de la fermeture de l?école de la Montagne qui reste aujourd?hui debout, après la stabilisation du terrain de la localité. ?Pourquoi ne fait-on pas la même chose chez nous ?? se demandent ces habitants soutenus par Michel de Senville, le député Kalianee Jugoo et Dinesh Ramjutun. Selon des experts, il est possible de stabiliser le glissement de terrain de Chitrakoot. Un tel projet coûtera environ Rs 500 millions et prendra environ une dizaine d?années. Aucune construction d?école ou reconstruction ne sera possible avant cette date, comme c?était le cas à La Butte.

?La région de La Butte a été stabilisée parce que c?est une région stratégique à l?entrée de Port-Louis. On ne pouvait permettre une avalanche de maison et un pan de la montagne s?écrouler et boucher cette entrée?, explique un autre expert. Reste à savoir si le gouvernement acceptera qu?une partie de Chitrakoot s?écroule dans la rivière des Lataniers...

QUESTIONS AU ?

Dr André Chan Chim Yuk Géotechnicien

Géotechnicien et professeur à l?université de Maurice, vous avez participé étroitement aux travaux qui ont mis fin aux glissements de terrain à La Butte. Estimez-vous qu?il est possible de stopper le glissement de terrain à Chitrakoot ?

Définitivement oui. Mais cela va coûter cher et prendre du temps. Il faut vous dire que mes constatations sur le terrain indiquent que ce glissement de terrain est de moindre importance que celui de La Butte. Chitrakoot a des spécificités qui présentent des avantages rapport à La Butte. Une première analyse du sol indique que la couche de colluvion est seulement de 12 mètres à Chitrakoot alors qu?elle est de 20 à 25 mètres à La Butte. Le sol de Chitrakoot contient moins d?argile que la région de La Butte. L?argile est un des facteurs qui favorisent le glissement, de même que l?eau. Le désavantage de Chitrakoot réside dans le fait qu?il y a beaucoup d?eau dans la terre dans cette région où il pleut beaucoup plus qu?à La Butte. Les piézomètres que nous y avons placés nous indiquent la présence d?eau à seulement trois mètres de la surface, en période sèche !

Expliquez-nous les relations entre la couche de colluvion, l?argile, l?eau et les glissements de terrain.

Si vous vous mettez debout sur une pente, vous glisserez sous votre poids. Si vous ne glissez pas, c?est qu?il y a une résistance à la force motrice. Les semelles de vos chaussures font en fait résistances à cette force motrice qui pousse à la glissade. Sur les pentes des montagnes ou au pied des montagnes, on a une couche de colluvion. La colluvion n?est autre que des débris de roches et de terre résultant de la dégradation de la montagne. Cette couche a tendance à glisser, mais il y a une résistance interne.

Il y a plusieurs paramètres qui déterminent cette résistance, à commencer par le degré de la pente. S?il y a beaucoup d?argile dans le sol, la résistance est moindre. Un sol rocheux aura plus de résistance et glissera moins.

L?eau souterraine diminue cette résistance, car elle va augmenter le poids de la couche de colluvion. Si on veut une analogie, je vous dirai de prendre l?exemple d?un homme se tenant sur une pente et qui ne glisse pas. Puis, on lui met de l?huile sous la semelle et un gros sac sur les épaules. La glisse est alors garantie parce que la force motrice va dépasser la résistance.

C?est ce qui s?est passé à La Butte ?

Oui. Le mouvement s?est accéléré avec de grosses pluies. En 1989 nos équipements indiquaient une pluviosité de 200 mm en une seule journée. Ainsi, d?octobre 1989 à janvier 1990, on a eu un glissement de terrain de 200 mm, ce qui est énorme. Il y a des bâtiments dans cette région qui ont été endommagés au-delà de tout espoir de réparation. Certains ont dû être démolis, comme le bâtiment Kalachand à la rue Moka, en face de Beechand.

Un autre bâtiment, beaucoup plus grand que le premier a été construit à la place du premier. Cela veut-il dire que le problème a été complètement résolu dans cette région ?

Oui. Nos équipements indiquent qu?il n?y a pas eu de glissement depuis dans la région.

Combien cela a-t-il coûté pour stabiliser cette région ?

Cela a coûté du temps et de l?argent. Environ Rs 400 millions en sus d?une aide japonaise. En fait, c?est un entrepreneur japonais spécialisé dans les travaux pour stopper les glissements de terrain qui avait apporté des équipements spécialisés que nous n?avons pas. Une partie des analyses du sol avait été effectuée dans les laboratoires de l?université. Les travaux ont été réalisés en deux phases, en 1988 et 1989, puis en 1997 et 1998 et a nécessité d?énormes moyens.

On a placé des équipements à Chitrakoot depuis trois mois. Quel est le constat ?

Aucun glissement n?a été noté ces trois derniers mois selon mes renseignements. Mais on craint la période de grosses pluies.

Ce glissement est limité à certaines zones. Peut-il s?étendre à tout le village et éventuellement au bas de la vallée ?

Difficile de le dire sans une analyse approfondie de cette région. Des glissements arrivent quand certaines conditions sont réunies sur certains types de sol.

Y a-t-il d?autres régions du pays, principalement celles se trouvant sur des pentes, qui sont menacées par des glissements de terrain ?

Autant que je sache, la région de Bambous-Virieux connaît aussi ce phénomène. Cette région est très peu habitée. Il y a surtout des champs sur ce terrain.

Est-ce qu?il n?est pas conseillé d?effectuer une étude de sol avant d?acheter et de construire sur des terrains en pente ?

Oui, c?est conseillé. Mais un individu ne peut le faire, parce que cela coûte cher. Des millions. Je crois que c?est aux promoteurs de le faire et les autorités doivent veiller à ce que ce soit clairement indiqué dans les rapport d?impact pour toutes les demandes de lotissements.

Comment on a stoppé le glissement de La Butte?

Stopper le glissement de terrain à La Butte a nécessité de gros investissements, du temps, mais aussi un travail titanesque. Au total, 500 000 mètres cubes de terre, soit un million de tonnes ont été enlevés de cette région pour réduire le poids qui pesait sur la couche de colluvion. La terre a été enlevée derrière l?école de la Montagne entre 1989 et 1990.

Ensuite, cinq puits profonds de 15 mètres et d?un diamètre de 3,5 mètres y ont été construits. Ces puits captent l?eau souterraine et les évacuent par un réseau de canalisation souterraine. Il y a 1 300 mètres de ces tuyaux sous terrains de 50 mm de diamètres. Creuser des trous pour placer ces tuyaux est un travail de haute précision qui a nécessité des équipements high-tech.

Selon des renseignements, ce réseau souterrain n?est pas bien entretenu, ce qui pourrait donner lieu à un retour de glissement de terrain dans la région.

En troisième lieu, environ 300 pieux en acier d?environ 35 mètres ont été enfoncés dans la terre. Ces pieux agissent comme des clous pour empêcher la couche de colluvion de bouger.

Les Japonais ont aussi fait construire 400 mètres de drains de surface dans la région pour que l?eau ne s?infiltre pas sous la terre.

Fissure de la terre et de l?âme à Chitrakoot

Chitrakoot tire son nom du jardin dans lequel le Dieu Ram a eu la révélation. Un lieu paradisiaque qu?on ne quitte pas. Difficile de faire bouger les vieux qui ont hérité maison et terrain de leurs ancêtres comme Soonainee Beeharry, 75 ans, assise sur le seuil d?une vieille maison créole qui peut s?écrouler d?un moment à l?autre. Elle regarde, en compagnie de sa belle-fille, Rekha, le châlit de sa varangue que le glissement de terrain a fissuré. Cette maison a pourtant résisté à maints cyclones.

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