Publicité

Le Marché et la beauté

28 septembre 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Elle a réussi là où des masses de jeunes filles trébuchent, voire échouent. Son parcours, elle le raconte avec délectation. Un rêve que Karen Nicolini revit à chaque récit. Parcours de mannequin qui pose ou défile de Port-Louis à Paris, de Thaïlande à Milan, de l'Europe à l'Afrique, en lorgnant du côté de l'Amérique.

Comme Viveka Babajee avant elle, la Mauricienne Karen Nicolini a réussi dans le mannequinat. Presque deux mètres de haut, élancée, elle se singularise par ses traits. Dès son enfance, elle avait déjà des atouts et un potentiel. Qu'elle a su exploiter? Gagnante du concours Top Model de la chaîne M6 en 2005, elle dit pouvoir aujourd'hui vivre aisément des ses cachets de mannequin. Karen et Viveka sont considérées comme des exceptions par les agences locales de mannequin et de casting.

«A Maurice, le mannequinat est un bon side-occupation et c'est tout», nous dira Jérôme Valin, producteur et réalisateur de documentaires et de spots publicitaires, installé à Maurice depuis 20 ans déjà. Tournant pour la télévision réunionnaise, mauricienne et française, il est en quête perpétuelle de nouvelles têtes pour Digital Studio, « ceux qui ont une tête particulière et qui savent jouer la comédie pour les spots publicitaires.» Mais eux aussi ne peuvent vivre de ce métier, du moins à Maurice, affirme encore Jérôme Valin.

<B>Remuneration</B>

«Le mannequin mauricien, Manish Achameesingh, a été choisi par Coca-Cola pour l'océan Indien. Tous les spots de cette boisson gazeuse, de Maurice aux Comores, en passant par l'Inde, Singapour etc., c'est Manish. Il a aussi tourné et posé pour plusieurs marques et compagnies. Mais il ne peut compter uniquement sur ce métier. Il a un autre boulot à plein temps», nous révèle Kit Acheemootoo, directeur de l'agence Heat.

Découvert par hasard par un photographe américain au marché central de Port-Louis, Kit a posé pour plusieurs campagnes publicitaires, dont des campagnes pour des jeans, avant de se transformer en «facilitateur» pour photographes et cinéastes étrangers venant à Maurice pour des photos ou des films publicitaires. Il a lancé une agence qui compte aujourd'hui 800 mannequins. «Je ne peux pas compter sur l'agence de mannequinat pour vivre. Je le fais pour le prestige de la boîte. Les défilés de mode ou encore les campagnes publicitaires (photo ou vidéo) ne rapportent presque rien. Le mannequin aussi ne gagne pas beaucoup. S'il y a un gros cachet, c'est une fois par an. En attendant l'autre gros cachet, il faut bien vivre», dit-il.

Kit forme les mannequins gratuitement, des jeunes, mais aussi des enfants et des vieux pour répondre aux besoins des agences de publicités et des cinéastes locaux et étrangers. Il vit d'autres activités, notamment l'organisation de fêtes, festivals, cérémonies et autres awards où certains mannequins spécialement formés sont utilisés pour l'accueil des invités. Souvent des invités de marque, des VVIP demandent un certain type d'accueil et d'encadrement, avec les bodyguards de l'agence.

<B>Eploitation

Mais Kit a toujours refusé d'organiser des défilés ou des spectacles pour les hôtels. «C'est très mal payé et on vous donne par exemple une tranche horaire de 45 minutes payée à Rs 3 000, quel que soit le nombre de personnes que vous faites défiler sur une chorégraphie bien à vous. C'est pour cette raison que certaines agences payent Rs 350 à des mannequins par défilé.» Mais si certains hôtels paient bien, entre Rs 15 000 et Rs 60 000, il déplore le fait que certaines agences de mannequin profitent de la situation pour s?enrichir, en exploitant les mannequins.

Un fait que confirme Annie. Elle a dépensé environ Rs 6 000 pour une formation et son portfolio, et a même « dû menacer d'aller en cour pour obtenir ce portfolio. Et après la formation, les défilés dans les hôtels ont commencé. Chaque défilé demandait au moins une semaine de travail et de préparation. On nous payait Rs 350 par défilé.» Selon elle, les agences vendent du rêve aux jeunes filles et les exploitent.

Son conseil : du moment qu'une agence vous demande de payer pour la formation, «cassez-vous». Allez vers les agences qui vous forment gratuitement. En général, ces agences ne vous exploiteront pas. Et si jamais il faut défiler pour Rs 350, tous les mannequins devraient refuser catégoriquement. Cette solidarité mettra fin aux exploitations.

Dommage, car les défilés dans les hôtels, du moins ceux qui payent bien, peuvent assurer un revenu assez confortable aux mannequins. «Si la réalisation des campagnes publicitaires ou les tournages des spots ne se font pas aussi souvent pour pouvoir assurer un revenu régulier aux mannequins et acteurs, les défilés dans les hôtels se font à un rythme très régulier, ce qui garantit un revenu régulier», nous indique Jérôme Valin.

«J'ai connu certains mannequins qui arrivaient à vivre uniquement de ces difilés», affirme Soraya Currimjee, de l'agence Haseena Model and Entertainment Agency. Elle organise beaucoup de défilés pour des hôtels. Elle est une pionnière dans le domaine du mannequinat à Maurice.

Elle a formé et vu défiler beaucoup de monde dans son agence à Floréal. «C'est un métier qui demande énormément de sacrifices, énormément de travail. Un mode de vie discipliné», explique-t-elle. Et les jeunes acceptent tout ce qui est imposé pour arriver à percer dans ce monde, surtout au niveau international, pour une carrière de courte durée. «Un mannequin, ça travaille entre 15 et 25 ans, après c'est la retraite. En général, car les spots de pub demandent des fois des moins jeunes et des très âgés», explique Jérôme Valin. «Souvent, après des années d'efforts et de travail, le mannequin met abruptement fin à sa carrière. Simplement parce qu'elle a rencontré un copain qui ne veut pas qu'elle défile. Ou simplement en raison du tabou des Mauriciens contre les mannequins et les défilés de mode.»

<B>Questions à karen nicolini

<B> Votre nom et votre look n'indiquent pas que vous êtes Mauricienne, ni votre accent d'ailleurs. Dites nous en plus?

Je suis bien Mauricienne. Mon nom me vient de mon époux, un golfeur professionnel italien. Je suis née Bocus et j'ai grandi à Port-Louis. J'ai fait des études ici. Un photographe étranger me repère un jour à Caudan et me propose de poser pour lui. J'avais 17 ans. Cela a été des séances de photos en Thaïlande où je suis repérée par un autre photographe. Ensuite, l'agence Ford à Paris, les défilés, Karl Lagerfeld qui aime me prendre en photo. Entre mes premiers pas en Thaïlande et les séances de photo avec Karl Lagerfeld, il y a eu beaucoup de travail. Ce qui m'a permis de surclasser les 200 concurrentes du concours Top Model de M6 en 2005.

<B>Votre physique est-il uniquement à la base de cette éussite ? La personnalité, le caractère, la culture jouent-ils un rôle dans tout cela ?

Bien sûr. J'ai étudié les lettres modernes, mais j'ai aussi quatre années d'études de droit à mon actif. Le caractère et la personnalité ont été, je crois, les facteurs déterminants lors du concours Top Model de M6. Néanmoins, j?entretiens mon corps, je mange sainement, je fais du yoga, un sport de combat. Il faut être discipliné.

<B>Pendant combien de temps ferez-vous ce métier ? Vivez-vous uniquement e vos cachets ?

Certainement. Je suis aujourd'hui bien implantée à Paris. Je fais ce métier depuis six ans et je voudrais continuer tant que je pourrai. J'adore ce que je fais. J'adore poser et défiler. C'est comme une seconde nature en moi. Du moment que je me trouve devant l'objectif, je sais ce que le photographe cherche. Je sais ce que je dois faire. Je suis très peu dirigée par le photographe.

<B>Vous êtes à Maurice pour deux ans?

Oui, j'ai suivi mon époux qui est venu travailler ici. Donc, je profite de ce séjour pour assurer la formation des mannequins, pour organiser des concours de mannequinat et des défilés. Je rêve d'en organiser, qui laissent les spectateurs bouche bée. Ceux dans lesquels la chorégraphie et la musique prennent une autre dimension. Ces défilés qui plongent les spectateurs dans le rêve et la féerie !

Publicité