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Baudelaire : Nouvelle saison des fleurs

16 septembre 2007, 20:00

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?Les Fleurs du mal?, 1857-2007. 150 ans après, Emmanuel Richon choisit de braquer les projecteurs sur un aspect précis de l??uvre de Baudelaire. Le rapport entre ?le fait historique des souliers de la liberté? et ses choix de vie, ses choix d?écriture.

C?était cette semaine dans le cadre de la série de manifestations organisées pour marquer l?anniversaire de la parution des ?Fleurs du Mal?. Pour ne pas piétiner les fleurs, expliquons d?abord la symbolique des souliers de la liberté.

Emmanuel Richon s?appuie sur l?ouvrage éponyme d?Alain Romaine, sorti en début d?année. Où il explique qu?au ?jour de l?émancipation (?) l?aube trouva tous les hommes debout et chaussé. 30 000 paires de souliers neufs inauguraient l?ère nouvelle ; car plus encore que le parasol, plus que le chapeau (?), les souliers symbolisaient pour eux l?entrée en possession de leur nouvel état social?.

Si à Maurice l?abolition a lieu en 1834, dans la France de Baudelaire il faudra attendre 1848. Son ?uvre est déjà tracée bien avant l?abolition. Un décalage comblé en quelque sorte par le voyage de neuf semaines entreprit en 1841 par Baudelaire, alors tout juste âgé de 20 ans.

Contredisant Sartre qui a vu dans le destin de Baudelaire, ?un échec patent, l?absence totale de prise de position?, Emmanuel Richon s?est attaché à démonter à quel point ?la question de l?esclavage se trouve en filigrane dans ses pages littéraires ( ?) conçues avant l?abolition?.

Une étude basée sur deux textes en particulier : A une malabaraise et un extrait du Spleen de Paris intitulé La belle Dorothée. De quoi illustrer combien le poète ?fut ancré dans son siècle, qu?il avait su faire des choix cohérents, audacieux, et les assumer jusqu?au bout. En bref que la ?vérole? dont il était atteint ou la ?négresse? qu?il côtoya durant 27 ans ( ?) donnèrent à sa vie un destin à caractère exemplaire que l?on peut rétrospectivement considérer comme hautement politique et engagé?.

Empathie avec des femmes à la condition servile. Emphase sur leur beauté, notamment celle de leurs pieds nus, plutôt que sur ?les stigmates de l?univers meurtrissant du travail aliénant?. Les exemples ne manquent pas dans ces deux textes pour montrer la lucidité du poète dans son ?choix positif, éthique autant qu?esthétique ( qui le) séparent des moralisateurs aux jugements négatifs et dénonciateurs purement circonstanciés?.

?La littérature est pour lui une prostitution?

Critique sévère de Bernardin de Saint-Pierre, Emmanuel Richon l?oppose à Baudelaire. Reléguant l?auteur de Paul et Virginie au rang de ?moralisateur à souhait mais n?en tirant aucune leçon, prétendument contre l?esclavage mais ayant accepté pour son bénéfice personnel la domesticité servile durant son séjour à l?île de France ?.

Le conférencier fait cependant la part des choses. Baudelaire est ?loin de la dénonciation tonitruante?. Ce qui pourtant n?est pas incompatible avec la position du poète dans La Belle Dorothée. Prose où Dorothée l?affranchie s?en va nu-pieds. Se prostitue et entasse piastre sur piastre pour racheter sa jeune s?ur de 11 ans à son maître. Le conférencier ne se privera pas de rappeler que l?une des plus fréquentes déclarations de Baudelaire est que la littérature est pour lui une prostitution. Sans omettre une mention de Jeanne Duval, sa ?femme?.

A UNE MALABARAISE

Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hanche

Est large à faire envie à la plus belle blanche;

A l'artiste pensif ton corps est doux et cher;

Tes grands yeux de velours sont plus noirs que ta chair.

Aux pays chauds et bleus où ton Dieu t'a fait naître,

Ta tâche est d'allumer la pipe de ton maître,

De pourvoir les flacons d'eaux fraîches et d'odeurs,

De chasser loin du lit les moustiques rôdeurs,

Et, dès que le matin fait chanter les platanes,

D'acheter au bazar ananas et bananes.

Tout le jour, où tu veux, tu mènes tes pieds nus,

Et fredonnes tout bas de vieux airs inconnus;

Et quand descend le soir au manteau d'écarlate,

Tu poses doucement ton corps sur une natte,

Où tes rêves flottants sont pleins de colibris,

Et toujours, comme toi, gracieux et fleuris.

Pourquoi, l'heureuse enfant, veux-tu voir notre France,

Ce pays trop peuplé que fauche la souffrance,

Et, confiant ta vie aux bras forts des marins,

Faire de grands adieux à tes chers tamarins?

Toi, vêtue à moitié de mousselines frêles,

Frissonnante là-bas sous la neige et les grêles,

Comme tu pleurerais tes loisirs doux et francs,

Si, le corset brutal emprisonnant tes flancs,

Il te fallait glaner ton souper dans nos fanges

Et vendre le parfum de tes charmes étranges,

L'oeil pensif, et suivant, dans nos sales brouillards,

Des cocotiers absents les fantômes épars!

Charles BAUDELAIRE

PARCOURS

Emmanuel Richon, une carrière dans l?art

■ Emmanuel Richon est l?auteur de deux ouvrages publiés aux éditions l'Harmattan en 1993 et 1999 : ?Les Poèmes Mascarins? de Charles Baudelaire et ?Belle d'Abandon?, Jeanne Duval et Charles Baudelaire, portrait. Autre ouvrage paru en 2000 aux éditions Sham's à la Réunion, Charles Baudelaire dans l'océan Indien, ouvrage accompagné d'un CD.

Né le 26 juillet 1959 à Paris. Il fut chef de l'atelier de restauration du musée de la Marine à Paris, puis responsable de l'ensemble des collections de 1982-1995, avant de restaurer. Envoyé en mission de coopération muséologique avec le Mauritius Institute à Maurice en 1993. Entre 2001- 2002, il s?est occupé de la restauration de l'ensemble de la collection d'?uvres du Blue Penny Museum. Auparavant il a été coopérant du ministère français des Affaires étrangères en mission officielle auprès du ministère mauricien des Arts et de la Culture, de 1997 à 2001. Il s?est occupé de la restauration du musée de Mahébourg.

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