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Biotechnicien, Chercheur

6 septembre 2007, 00:00

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Enfance dorée, milieux privilégié. Et un nom qui ouvre des portes. C?est cela l?enfance de Rattan Gujadhur. Un gosse de riche. Mal à l?aise dans le système éducatif. Mauvais élève au Mahatma Gandhi Institute, collège où il est admis.

Bon gré mal gré, son père lui paie des études en chimie, puis en environnement, en Angleterre. A son retour, Rattan n?a pas changé. Si ce n?est en nombre d?années. Son chemin a l?air tout tracé. Il est embauché chez Shell (Mauritius) comme Health and Safety Manager. Un train-train quotidien, à mettre en place des procédures en cas de déversement d?huile lourde, pendant quatre ans.

Et puis, une méchante appendicite dégénère. Rattan se fait opérer en Afrique du Sud. Sur son lit d?hôpital, à demi-conscient, son père Randhir ( actuel président de Mauritius Leasing), va le bousculer. Lui parler franchement. ?Mon fils, il faut que tu traces ta propre voie. Pour ça, il faut que tu partes, que tu t?éloignes de moi?.

Dur dur d?avaler un tel discours de la part du père que l?on admire. Avec le recul, Rattan Gujadhur, aujourd?hui cadre à succès, dans la biotechnologie, installé depuis sept ans en Amérique, le reconnaît : ?Je crois que c?est la meilleure chose que mon père pouvait faire pour moi, me secouer?.

<B>Découverte de l?Amérique</B>

Partir pour le nouveau monde. Là où votre nom est totalement inconnu. Où vous êtes juste ?another young indian fellow?, noyé dans la foule d?étrangers qui étudient aux Etats-Unis.

La découverte de l?Amérique est un ?choc? pour Rattan Gujadhur. Qui pourtant a voyagé. Qui a en poche un diplôme de chimie de l?université de North London. ?On ne vous donne pas une bourse pour rien?, raconte-t-il. La première année, il doit enseigner en même temps qu?il poursuit ses recherches. ?C?est dur de préparer un doctorat, quand on est marié, père de deux enfants en bas âge et qu?il faut travailler en même temps. Il y a beaucoup de sacrifices à faire. D?autant plus que le laboratoire universitaire est en compétition avec d?autres universités. C?est une véritable course contre la montre?.

Situation qui rend Rattan Gujadhur très critique à l?égard du système éducatif local. ?Le collège ne donne pas assez d?ouverture sur le monde. Tout en préparant mon doctorat, j?enseignais à ceux préparant une licence. Je me suis rendu compte à quel point ils sûrs d?eux. C?est parce qu?on leur a donné la liberté de s?exprimer. Ils n?ont pas été formatés par le rat race qui tue la créativité?.

Un an à assurer des cours, avant d?obtenir une aide à la recherche, ce qui lui permet de se consacrer entièrement à la science. Lui choisit de s?engager dans la chimie organique et inorganique, ce qui lui ouvre les portes de la spécialité pharmaceutique.

Ses recherches portent sur la fabrication d?ingrédients qui entrent dans la composition de médicaments. Tout part du palladium, métal blanc utilisé comme catalyseur, qui a un coût prohibitif. ?Le coût des médicaments peut baisser quand l?industrie a accès à des catalyseurs à meilleur marché?.

A force de manipuler les éprouvettes, c?est ?par accident? - modestie oblige ? que Rattan découvre et fait breveter, conjointement avec l?université de Massachusetts, un catalyseur à base de cuivre, le copper phosphine catalyst. Ce qui constitue une manière radicalement moins coûteuse de fabriquer les mêmes ingrédients qui nécessitaient auparavant l?utilisation de palladium.

?Depuis, on a vu que l?on pouvait avoir recours à divers applications pour produire une large gamme de médicaments?. Ce qui vaut à Rattan de faire la une d?une revue spécialisée, le Journal of organic chemistry, publié par l?American Chemical Society, en 2002. Après publication de l?article, le comité pour le doctorat de l?université de Massachusetts lui recommande d?écrire sa thèse au plus vite. Il sera évidemment reçu.

Avec un pareil cursus, le scientifique ne tarde pas à trouver de l?emploi auprès d?une compagnie allemande installée aux USA, Boehringer-Ingelheim. Cette fois on fait appel à ses services pour ?synthétiser les impuretés contenues dans des médicaments?.

?Synton avait besoin de quelqu?un qui produise des substances entrant dans la composition de médicaments traitant le diabète, ainsi que des antidépressifs, en tenant compte des impératifs économiques, des aspects de sécurité, de qualité et des lois en vigueur?.

Profitant de la mobilité dans le secteur pharmaceutique américain, Rattan Gujadhur change d?emploi au maximum tous les deux ans. Changeant d?orientation par la même occasion. Sa chance, c?est qu?à chaque fois, ?on? fait appel à lui. Après les impuretés, il entre dans le business des médicaments, en intégrant Synton. ?Ils avaient besoin de quelqu?un qui produise des substances entrant dans la composition de médicaments traitant le diabète, ainsi que des anti-dépressifs, en tenant compte des impératifs économiques, des aspects de sécurité, de qualité et des lois en vigueur?. Rattan Gujadhur y reste de 2003 à 2005.

Avant qu?il n?ait des contacts avec Palo Alto, laboratoire qui produit des médicaments traitant les maladies cardiovasculaires, notamment les angines. ?Ils voulaient étendre le champ de leurs activités et toucher au diabète de

type 2?. Deux ans durant, Rattan Gujadhur est engagé dans la synthèse de médicaments pour le traitement du diabète, notamment la fabrication d?une ?molécule qui aide à réduire le taux d?acides gras?.

Promu responsable de projet, le biotechnicien explique que si ?l?on découvre que la molécule est efficace, nous procéderons aux tests sur des animaux. Pour cela, il faudra produire des kilos de cette matière. C?est mon défi d?assurer la production tout en respectant le Food and Drugs Act américain?. A l?écouter détailler ses responsabilités, on se rend compte à quel point Rattan Gujadhur est conscient ?qu?il y va de la vie de millions de personnes?.

Alors qu?il a le nez dans le dossier diabète, ce Mauricien ? qui n?est pas revenu au pays depuis sept ans ? lorgne du côté de Gilead, une des plus grosses sociétés de bio-technologie au monde, spécialisée dans la fabrication de médicaments pour les séropositifs.

Retour au commencement. D?où lui vient cette fascination pour la science ? Rattan Gujadhur a un sourire énigmatique. Celui du fan inconditionnel de science-fiction. De Star Trek, de Star Wars. L?enfant pas intéressé par grand-chose, restait scotché à sa télé. ?Car qu?est-ce que la science-fiction ? C?est de la chimie?.

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