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Le ?seafood? en eaux troubles
Climat défavorable, des coûts de production en hausse, la réponse des autorités vétérinaires de Bruxelles qui se fait attendre, et la libéralisation du marché européen à partir de l?année prochaine? Autant d?obstacles qui se dressent devant le seafood.
Pourtant, le secteur, générateur d?emplois, affiche une bonne performance. En 2006, l?investissement a augmenté d?environ 45 % et les exportations sont passées de Rs 4 milliards à Rs 7 milliards. Le secteur a en même temps généré l?année dernière quelque 2 150 emplois directs.
Ainsi, pour maintenir le cap de la croissance, le seafood devra obligatoirement faire face au phénomène El Nino dans l?océan Atlantique ? phénomène qui provoque la fonte des glaciers au Groenland et qui est responsable de la pénurie actuelle de thon à travers le monde, comme l?indique le rapport de la Food and Agricultural Organisation (FAO) daté de juillet 2007. Condition qui devrait, selon les scientifiques, persister jusqu?en avril 2008.
Les conséquences seront ainsi désastreuses pour l?industrie du thon. En raison de ces changements climatiques, le marché mondial de thon continue à faire face à un manque de matières premières, notamment les espèces yellow fin et skipjack, qui sont majoritairement utilisées par les deux plus grosses usines de traitement de thon à Maurice, Princes Tuna (Mauritius) Ltd et Thon des Mascareignes Ltd (TDM). Les thoniers européens opérant dans l?océan Indien connaissent, quant à eux, leur pire saison de ces 20 dernières années.
?Avec les changements climatiques, les thons nagent dans des eaux plus profondes, rendant la pêche plus difficile. Conséquence : une pénurie dans l?approvisionnement a sévi au début de l?année, et des prix qui flambent sur le cours du marché mondial. La pénurie est globale. Les coûts d?opération augmentent en même temps?, explique Joël Bruneau, general manager de TDM.
?Mais depuis juin et juillet, l?approvisionnement semble reprendre, ajoute-t-il. Les prises ont l?air de s?améliorer, mais c?est bien moins élevé, comparé à la moyenne pour la même époque l?année dernière. Les indications sont que la baisse des prix n?est pas pour bientôt. Nous avons pris les dispositions pour nous assurer d?un approvisionnement régulier.?
Problème d?un autre ordre, elles sont au moins quatre entreprises, à l?instar de Saurimarine Ltd, à attendre depuis plusieurs mois, une réponse des autorités vétérinaires de Bruxelles pour savoir si leurs usines répondent aux normes phytosanitaires européennes, ce qui les permettrait d?exporter vers l?Europe.
?Je suis inquiet. Nous avons adopté les normes phytosanitaires européennes. Notre dossier a été transmis à Bruxelles depuis mai de cette année mais nous attendons toujours. Le marché mauricien ne suffit pas. Nous comptons aussi travailler avec les pays du Moyen-Orient?, explique Thierry Gromand, directeur de Saurimarine Ltd.
A cette liste d?attente viennent s?ajouter les usines Indico Canning Ltd et Mer des Mascareignes Ltd (MDM), deux sociétés dans lesquelles le groupe Ireland Blyth Ltd est en partenariat avec des Espagnols et des Réunionnais.
<B>Doubler le nombre d?emploi à 10 000</B>
ICL se propose de faire bientôt sa demande auprès des autorités de Bruxelles pour obtenir l?autorisation de pouvoir écouler ses produits de pêche sur le marché européen. Elle compte fabriquer quelque quatre à cinq tonnes de produits à forte valeur ajoutée par jour, notamment des produits en pot de verre pour le marché européen et américain.
Les opérations de MDM ont été retardées par l?arrivée d?équipements. Il est prévu que l?usine démarre au début de l?année prochaine. L?entreprise compte exporter ses produits principalement vers les Etats-Unis, et le Japon, et, un peu moins sur l?Europe.
Alpha Foods Ltd, partenariat mauricien-ougandais, procède à l?installation de ses équipements. Cette société a également pris du retard dans ses opérations.
L?objectif annoncé par le gouvernement est de doubler le nombre d?emploi à 10 000 et la valeur des exportations à Rs 10 milliards au cours des trois prochaines années. Quelque 30 entreprises opèrent dans le secteur. Leurs investissements pour ces trois dernières années, atteignent environ Rs 3 milliards.
Froid des Mascareignes Ltd, qui fait partie comme la TDM de la compagnie Seafood Hub Ltée, filiale de IBL, a, pour sa part, fait de gros investissements ces dernières années dans la capacité de ses chambres froides.
Le secteur comprend aussi les services de réparation et de carénage de bateaux, les facilités de transbordement et de stockage, l?aquaculture et l?approvisionnement des bateaux en carburant.
La survie du seafood, notamment sur le plan des accords de partenariat économique, se jouera également à la réunion de Kigali, au Rwanda, du 17 au 24 septembre. Danielle Wong, directrice de la Mauritius Export Association, est d?avis qu?il est fort probable que le secteur privé y soit présent. Le dossier pêche sera une des principales questions qui seront discutées entre de hauts cadres de la Commission européenne (CE) et les représentants de l?AOA, notamment techniciens et ambassadeurs des pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).
?Les négociations pour arriver à un Accord de partenariat économique (APE) avec la CE sont menées au niveau de la région. Il est vital qu?un accord soit trouvé d?ici là. C?est une véritable course contre la montre dans laquelle on est engagé, au sujet des produits de pêche comme des produits agricoles et d?autres secteurs.?
Car si cet accord concernant les APE n?est pas signé avant le 31 décembre 2007, c?est le précédent General System of Preferences (GSP), qui risque d?être appliqué. Or, sous le GSP, les pays voulant exporter sur le marché européen sont soumis aux règles commerciales de l?UE alors que pour les APE, ce sont des négociations au niveau des régions avec l?Europe.
L?offre aux ACP en avril dernier d?ouvrir son marché à partir de l?année prochaine est sujette à ces APE.
?Ce sera une question de survie pour le secteur seafood car les tarifs et les quotas seront éliminés. Alors que pour les produits pour bien d?autres pays, il y a des barrières tarifaires jusqu?ici. Les produits mauriciens seront en compétition avec ceux d?autres pays. Nous risquons de perdre notre avantage tarifaire. Il s?agit de bien mener les négociations avec la CE?, estime Danielle Wong.
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