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Place aux architectes (II)

26 août 2007, 00:00

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Aujourd?hui place aux architectes de la société civile. Opérant au sein des ONG et des forces vives dans les quartiers et villages du pays, ils apportent leur précieuse contribution pour combler le déficit de c?ur dont souffre notre société envers cette catégorie de citoyens qui vit la transition actuelle de manière douloureuse. Ces architectes créent de la « valeur pour la société ».

Notre pays est confronté aux mêmes types de difficultés que beaucoup d?autres : pauvreté, systèmes d?éducation et de santé inadaptés, me-naces sur l?environnement, perte de crédibilité des institutions et hausse de la criminalité. Les problèmes so-ciaux qui en découlent méritent des actions appropriées de la part de ceux à qui la population a confié la responsabilité de diriger le pays. Autrement, la dépression sociale ira en s?accentuant. Or, visiblement l?État seul n?arrive plus à trouver des solutions aux aspects problématiques du développement que sont l?exclusion, la précarité et la drogue, et leurs fléaux associés que sont la violence, l?insécurité et le sida.

Comme elle ne peut plus compter uniquement ni sur le marché ni sur l?État, la société civile est en train de se prendre en main. Et les citoyens qui s?engagent sont animés par une conviction : le besoin d?espoir pour ranimer la flamme essentielle de la reconstruction sociale. La place et le rôle du secteur associatif sont vitaux dans ce processus de réanimation. D?où la nécessité d?un débat fertile sur la manière dont devraient s?articuler et se soutenir mutuellement les efforts de l?État, des entreprises, et du secteur associatif.

Le secteur associatif mauricien est vivant et fait preuve d?un dynamisme qu?il conviendrait de soutenir. Il compte plus d?une cinquantaine d?ONG importantes et crédibles, qui agissent sur le plan national. D?autres ONG ?uvrent sur une base locale et/ou régionale. Une autre composante est constituée d?associations de quartiers et de forces vives qui se développent à travers le pays. Elles sont actives dans différents domaines ? humanitaire, lutte contre la pauvreté, soutien scolaire et formation aux jeunes défavorisés, lutte contre la drogue, l?alcool et le sida, promotion des loisirs à travers le sport et autres activités culturelles.

Derrière des ONG comme PILS, Anfen, Apeim, APEA, ESJ, Caritas, Safire, Terre de Paix, l?Atelier Mo?zart, SOS Femmes ? pour ne citer que quelques-unes ? on trouve des femmes et des hommes qui sont des valeurs sûres. Ils consacrent leur temps et leur énergie avec persévérance et ténacité, et en y mettant le c?ur, au service de ceux qui en ont besoin. Qu?ils s?appellent Kamal Bondy, Nicolas Ritter, Edley Maurer, Alain Muneean, Juliette François, Au-drey d?Hotman, Sophie de Robillard, Yousouf Dauhoo, José Thérèse, Sheila Baguant, Janine Grant, Monica Mau-rel ou Cadress Runghen, tous ont choisi de servir concrètement leur pays. Et très souvent, c?est pour pallier les déficiences, dysfonctionnements, voire même la paralysie, de certaines institutions budgéti-vores de l?État.

Il y a un début de prise de conscience que le développement ne peut se faire sans l?engagement et le soutien du secteur associatif et une réflexion est en cours actuellement sur les nouvelles orientations pour rendre le secteur associatif plus efficace. Que ce soit sur l?encadrement approprié aux ONG ou sur les mécanismes à mettre en place pour dégager une synergie entre l?État, les entreprises socialement responsables et le secteur associatif, il faudrait veiller à ce que ces orientations soient pragmatiques.

Les animateurs d?ONG savent qu?ils doivent être vigilants contre toute tentative d?ingérence, voire de con-trôle de l?État. Si en théorie l?État est paré de toutes les vertus, tout le monde sait ce qu?il en est dans la réalité. Les architectes à l??uvre dans le secteur associatif savent que l?efficacité de leur action passe par la professionnalisation.

Des modèles de réussite à travers le monde, axés sur la recherche et la sélection de potentiels entrepreneurs sociaux, sont des sources d?inspiration. Ces entrepreneurs sociaux induisent un changement structurel en faisant évoluer les comportements et les mentalités. En redéfinissant plus précisément le rôle de l?État, en modifiant les pratiques et les mentalités du monde des affaires et en ouvrant des débouchés permettant à des individus de mettre à profit leurs compétences de façon nouvelle et constructive, le secteur associatif est en train de réorganiser de fond en comble les modalités d?intervention de la société civile. Un des défis à Maurice c?est justement de traiter les problèmes de façon systématique ? en amont et en aval ? afin de proposer des recettes plus efficaces.

Notre société a besoin de ses forces porteuses d?espoir, de vie et d?avenir, à l?exemple de ces citoyens engagés. Eux ne se contentent pas de beaux discours, d?analyses enjolivées de belles citations.

Eux ne jouent pas sur les affects ? le ressentiment, la peur de l?autre, la fuite devant la réalité. Eux ne veulent pas éliminer les « gros » et les « politiquement incorrects ».

Eux ne s?inventent pas à foison des boucs émissaires. Eux ne peuvent conduire le pays à la ruine à coups de « toujours plus avec moins d?effort ». Ils sont des valeurs sûres sur lesquelles le pays peut et doit compter. Il y en a d?autres !

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