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Prêt à tout supporter

13 août 2007, 20:00

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Malgré le match nul qu'ils considèrent comme une défaite, les supporters malgaches continuent à croire en leur équipe. Ils étaient plus de 40 000 dans le stade à soutenir les Barea et il fallait une heure et demie d'attente pour acheter les derniers billets. Certains ont déboursé 1 000 ariary (environ Rs 18) pour ne voir que le dernier quart d'heure.

Ravelo, 27 ans, employé de poste, ne regrette pas de s'être levé à 4 h 30 du matin pour être parmi les premiers à récupérer un précieux sésame pour le stade de Mahamasina. ?J'étais le 20e ce matin là dans la queue et j'ai tout de suite eu mon billet à l'ouverture du guichet. Après j'ai refait une nouvelle queue pour rentrer dans le stade. Et là, j'étais beaucoup plus loin?, dit-il en riant.

Il est vrai que les billets étaient en prévente depuis un mois dans les stations-service et que les spectateurs les plus prévoyants ou les plus chanceux étaient déjà bien en place quand Ravelo a acheté son billet.

Les portes du stade se sont ouvertes à 9 heures. La queue ceinturant l'enceinte de Mahamasina était alors impressionnante. Bien 2 500 m de longueur sur plusieurs rangs. Les queues en fait. D'un côté, on patientait pour entrer dans le stade et tout s'est passé assez rapidement, puisqu'en un peu plus d'une heure la majorité des places était occupée, soit deux heures et demie avant le coup d'envoi du premier match.

De l'autre, il fallait s'armer de patience pour acheter le billet de base, donnant accès aux gradins populaires. Raymond, venu de Manakara (700 km au sud-est de Tana) n'a pu arriver très tôt au stade et se retrouve assez loin dans la queue. Il s'inquiète pour savoir ?s'il reste des billets? car il a un peu peur qu'on lui refuse l'entrée ?faute de place?. Il est vite rassuré, 16 000 billets étaient aux guichets pour cette rencontre et il y en a eu pour tout le monde. Mais tout le monde n'a pas pu voir, loin s'en faut, l'intégralité de la rencontre.

Au coup d'envoi, Samuel Demars et son ami malgache Pety, ont encore 672 personnes devant eux avant d'accéder au guichet (20 minutes d'attente). Et plus d'un millier derrière. C'est le seul Européen que nous avons croisé aux abords du stade. En stage humanitaire avec Géo topo inter (une association de géomètres), le Rennais est venu ?supporter Madagascar?, ce qui fait visiblement plaisir à Pety, élève-géomètre. Les deux hommes ont beaucoup de travail et ont profité du dimanche pour se rendre au stade.

Un peu plus loin, un curieux manège se déroule sous nos yeux. Un gendarme en tenue de combat (casque et matraque) et un jeune homme procèdent à un échange de billet avec une dame dans la foule. Malgré nos questions, nous n'en saurons pas plus. Probablement une transaction au noir... Personne ne veut nous répondre et la barrière de la langue n'aide pas.

Le colonel de gendarmerie Clément Ratsironhavana dirige le dispositif de sécurité autour et dans le stade. 200 gendarmes et policiers sont déployés à l'extérieur et 75 à l'intérieur. ?C'est un dispositif exceptionnel, explique-t-il. Pour un match international ordinaire, nous aurions été 75/80?.

L'une des priorités des forces de l'ordre est ?la sécurité de tous, des spectateurs comme des participants aux Jeux?. Un périmètre de sécurité a d'ailleurs été instauré autour du stade pour canaliser la foule dans lequel on n'entre pas. Un dispositif que ne comprend pas Haja, chauffeur de taxi et habitant du quartier. ?J'ai déjà vu beaucoup plus de monde pour un match des Barea. Contre la Zambie en 1995 ou le Congo en 2002 en coupe d'Afrique, il y avait plus de monde?.

Ordinateurs et scanneur

L'autre priorité est la répression du marché noir, un phénomène qui ne touche pas que le football. Dans la matinée, plusieurs revendeurs ont été arrêtés et amené au commissariat. ?Les patrouilles ont saisi 510 billets et arrêté une quinzaine de jeunes. Ce sont des gens méfiants, mais ils sont assez reconnaissables, sacoche, lunettes noires, portables?. Des billets sont vendus au noir, mais cela ne va jamais chercher très loin. ?Pour un ticket d'entrée de 1 000 ariary, cela va de 1 250 à 3 000 ariary (trois fois plus) selon le client. C'est un petit business de rue?.

Il faut dire que le public qui vient assister au match de football, contrairement peut-être aux autres sports collectifs, est ?très pauvre et vient des quartiers très populaires?, explique Haja, notre chauffeur de taxi. ?Pour payer ce billet d'entrée, il se sont préparés à l'avance, un peu comme les sportifs?. Autant dire qu'ils n'ont pas d'autres moyens que de patienter des heures au soleil pour acheter un ticket.

D'autant qu'il y a toujours le risque d'acheter un faux billet et d'être refoulé à l'entrée, même si le colonel le reconnaît, ?nous avons renoncé à utiliser les lecteurs ultraviolet car ça ralentissait la fluidité de la file d'attente?. Des faux billets, il y en a aussi. La veille dans un quartier de Tana, la police a arrêté deux malfrats qui fabriquaient des faux billets à l'aide de deux ordinateurs et un scanneur, saisis lors d'une descente. Ceux-là risquent assurément plus que les simples revendeurs à la sauvette.

A la mi-temps du match, il restait encore 2 700 billets à vendre et le dernier client au guichet est passé alors que dans le stade on en était à la 75e minute. Qu'importe, tous voulaient voir les Barea même s'ils ne faisaient guère d'illusion sur l'issue du tournoi. ?Depuis qu'ils ont changé de nom, explique François de Toliara (Tuléar), ils n'ont pas gagné de matches internationaux. C'est désolant?.

Mais il reviendra, comme Justin de Moramanga, qui regrette d'avoir raté le début ?parce que je suis allé au karaté?, comme Christian et Fleurette, une des rares femmes à venir assister au football, qui ont eu une heure et demie d'attente. Comme Vola ou Solo, bien décidés à ? venir dormir sur place pour rentrer au début?.

Aujourd?hui, pour le match contre les Comores, ils promettent qu'ils seront à l'heure. Et espèrent que les Barea le seront aussi.

Pierre-Yves VERSINI Le Quotidien de la Réunion

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