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Un jardin adopté par ses visiteurs

8 août 2007, 20:00

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Aucune acidité à Pamplemousses. Juste le fond de l?air un peu frisquet. Mais cela ne dure pas longtemps. La marche aidant. Les enfants s?ébattent au soleil. Des parents ont pris congé. Pour profiter des vacances scolaires. Quand ils ont fait le tour des distractions à proposer aux enfants, devinez ce qui est arrivé en tête de liste ?

Alors qu?est-ce qui les attire aussi régulièrement au jardin botanique ? De quoi est fait leur attachement à ce lieu d?abord d?essence coloniale, mais surtout tropicale.

?Il n?y a pas de véhicules qui circulent ici, les petits peuvent courir librement?, explique Jacqueline Commarmond, grand-mère comblée d?une jolie Guilia, 4 ans. Venue en voisine avec son amie Jacqueline Corentin, à elles deux, elles ont quatre enfants sous leur surveillance.

Loïc, bien dégourdi pour ses quatre ans, s?amuse entre les racines d?un multipliant. ?C?est une cabane pour nous?, dit-il de sa voix enfantine. A laquelle Guilia fait écho pour dire avec autorité qu?elle aime les tortues. Si le jardin est avant tout botanique, il offre la possibilité aux visiteurs le loisir de s?arrêter au bord du bassin de poissons, l?enclos des tortues et celui des cerfs.

Un loisir facile d?accès. Mais surtout gratuit. Car à chaque visiteur mauricien interrogé, cette question revient systématiquement sur le tapis. Certes, un simple tour du jardin, à la rencontre des points de vue n?a pas valeur de sondage. Sauf que ce petit procédé empirique a pour effet d?associer dans le même souffle la sympathie pour un lieu et la question de l?accès.

Pas assez de bancs

Il semble que l?on vienne rarement seul au jardin de Pamplemousses. Trois profils se dessinent. Les tourtereaux ? ceux que nous avons vus étaient tous adolescents ? les familles et les groupes, pour qui ce lieu est l?étape d?une excursion.

Au pied d?un arbre, un couple se murmure des douceurs à l?oreille. Notre regard inquisiteur les inquiète un peu. La jeune fille nous précise qu?elle a 19 ans. Seul le garçon, apprenti mécanicien dans un garage de Port-Louis, consent à livrer son prénom : Ali. Avec sa copine, ce n?était pas prévu qu?il se rencontre ce jour-là. ?Enn kout flouk sa. Pa ti pe kone kot sa pou ale. Lerla mo dir nou vinn ici.?

Voilà comment Ali et sa belle ont atterri sous un arbre qui a déjà été témoin de pareils câlins. Si seulement il avait pu parler? C?est son écorce qui le fait à sa place. Une peau végétale dans laquelle sont gravés des prénoms et des c?urs. Que sont devenues ces amours ? Là n?est pas la question. Seul reste le choix de ces amoureux, celui de transformer le jardin en un nid douillet. Ali lâche : ?Pena assez banc.? Faut-il comprendre qu?il n?y a pas assez de bancs placés loin des regards indiscrets ? Mais trêve de mauvais esprit.

Les Boodhun eux, ont fait le déplacement de Saint Julien d?Hotman. Réveil à 4 heures du matin pour préparer du ?kari poul dans dipain?. Tout le monde est là, y compris la grand-mère, Chandraowtee, 77 ans, qui ne répond qu?en bhojpuri. Sheela, sa fille, explique : ?Li kontan vinn get mo ser ki travay ici?.

Chasse au trésor

Les visiteurs ne brandissent pas tous les symboles. Soit, ils expriment une résistance ?naturelle? d?avoir à payer pour une chose qui a toujours été gratuite. Soit, ils pensent à la charge additionnelle sur le portefeuille, car en plus des plats au pain, l?idée de prévoir Rs 25 par personne dans le budget de la sortie la rend presque moins attrayante. Car moins facile d?accès.

?Kifer pe rod kass enkor ar nou ? lavi pa ase ser ?? s?exclame une mère de famille. Eux, ce sont les Sunnassee de Médine Camp-de-Masque qui sont venus à douze. ?Il fallait une distraction dans la nature, aller au cinéma c?est devenu la routine?, dit cette inspectrice des casinos de Maurice qui, avec son mari, également dans les casinos, ont calé leurs congés aux mêmes dates pour être avec leur enfant.

Son dos forme un arc. Sauf que ce n?est pas des flèches qu?elle décoche, mais des coups de râteau. Pour ramasser les feuilles mortes du jardin botanique de Pamplemousses. Depuis deux mois qu?Yvonne Rose y est balayeuse (pour le compte d?une société de nettoyage), elle commence à connaître chaque recoin.

Justement, quand on lui demande lequel elle préfère, Yvonne Rose se redresse dans son uniforme orange et dit : ?Le bassin de nénuphars?. Est-ce parce que c?est le seul coin que cette habitante de Pamplemousses qui ?ret zis lot kote zardin? n?a pas besoin de balayer ? Yvonne sourit. Avoue que c?est vrai, ?tou lezour ou ladan mem, mo pa pou tro vinn promne isi?. Avant de se souvenir des joies vécues lors d?une chasse au trésor, avec ses petits-enfants.

Entrée à Rs 25

Un tarif de Rs 25 pour les Mauriciens et de Rs 100 pour les touristes. C?est là le droit d?entrée que le SSR Botanical Garden Trust Fund Board étudie. L?entrée sera cependant gratuite pour les enfants de moins de cinq ans et les personnes de plus de 60 ans. Il est aussi prévu que les photographes ou autres personnes, notamment les peintres, désireux d?effectuer des travaux dans l?enceinte du jardin, devront payer une somme bien plus importante par journée.

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