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?Maurice a le potentiel pour devenir la Silicon Valley africaine?

24 juin 2007, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B> Comment se porte le secteur du Business Process Outsourcing (BPO) et des centres d?appels ? </B>

Il va tellement bien qu?il n?y a pas grand-chose à faire de nouveau pour s?améliorer. Il faut juste se concentrer sur des passages importants, dont la formation. On est à un peu plus de 7 000 employés et le Board of Investment (BOI) estime que la barre des 10 000 sera franchie au début de l?année prochaine. Regardez l?état d?Ebène : on voit qu?on est en plein boom. On a du mal à trouver des mètres carrés pour de nouvelles sociétés. Tous les signes sont présents. Le secteur va très bien.

● <B> Sommes-nous en passe de réaliser le rêve de faire de Maurice cette fameuse cyber-île ? </B>

J?y ai toujours cru et je pense qu?aujourd?hui, cela commence à devenir une réalité.

● <B> Quels sont la position et le potentiel de Maurice ? </B>

Le monde francophone a commencé à externaliser une partie de ses services il y a cinq ou six ans. Parmi les lieux de production possibles pour le marché francophone, il y a le Maghreb ? le Maroc, la Tunisie, l?Algérie et un peu l?Egypte. Ensuite, il y a le Sénégal et le Mali. Puis on passe sur l?océan Indien avec Madagascar et Maurice. Tant que Madagascar, et surtout Tananarive, parce que c?est là où se trouve le bassin d?emploi, n?est pas connectée à un câble de fibre optique, elle aura du mal à être un compétiteur. Maurice a une carte naturelle à jouer sur l?ensemble des services, c?est-à-dire voix et données. Nous sommes en compétition avec le Maghreb et ces pays d?Afrique parce que les donneurs d?ordre étrangers sont décidés à délocaliser. Notre stratégie doit être la formation et ouvrir nos frontières à ceux qui ont l?expertise dans la région. Le but étant que ces décideurs se disent qu?il faut mettre le cap sur Maurice parce que c?est là que toutes les compétences se situent. L?idée est de bâtir la Silicone Valley africaine. Quand les meilleures écoles de formation seront là et quant les meilleures compétences africaines et régionales seront là, on n?aura plus rien à craindre.

● <B>Le gouvernement ne semble pourtant pas s?intéresser beaucoup au secteur. D?ailleurs, le thème a à peine été abordé lors du discours du budget? </B>

Je ne crois pas que ce soit le cas. Le rôle d?un gouvernement dans un marché un tant soit peu libéral, c?est de laisser jouer le marché. Il se cantonne plutôt à créer un environnement propice au développement de ce marché. Il y a déjà un environnement en place avec le BOI, qui agence tous les éléments nécessaires pour que les investisseurs viennent. Il nous faut juste accompagner le bassin de l?emploi pour qu?il réponde aux besoins de ces nouvelles entreprises. C?est là-dessus que nous travaillons. Le budget fait d?ailleurs une large place au secteur à travers l?Empowerment Programme avec, d?une part, la formation de 5 000 jeunes d?ici la fin de l?année pour les centres d?appels et, d?autre part, la transformation des compétences vers ce nouveau secteur.

● <B> Avez-vous le sentiment que les Mauriciens ont été séduits par le secteur, qu?ils y croient et qu?ils sont prêts à y travailler ? </B>

Nous n?avons pas encore réussi à vraiment démocratiser le domaine. Il reste encore très opaque dans le sens où les gens se font tout un monde du secteur des nouvelles technologies. En réalité, c?est un secteur très simple d?approche où il faut très peu de formation pour commencer à ?uvrer. C?est surtout un changement de mentalité et surtout d?attitude vis-à-vis de ce secteur qui est nécessaire. Au niveau de la formation, ce n?est pas trop compliqué à mettre en place mais là où ça devient difficile c?est au niveau des attitudes par rapport au travail. Dans le monde du business process outsourcing (BPO), nous sommes sur des horaires beaucoup plus souples et des exigences différentes des autres corps de métier. Les Mauriciens doivent apprendre à fonctionner dans un environnement de service.

?Après avoir parlé de Microsoft, IBM depuis vingt ou trente ans, on regarde le marché indien qui explose et nous à Maurice on se pose encore des questions ? (...) Il faut arrêter d?être des oiseaux de mauvais augure. Où sont passés ceux qui disaient qu?il n?y a aucun avenir dans le BPO ? Ayons le courage d?y aller. C?est un s peu aventurier.?

● <B> L?on sent une certaine inquiétude de votre part?</B>

Si on laisse les choses continuer ainsi ça risque de devenir grave. Certaines personnes sont décalées et ne comprennent pas. Elles demandent pourquoi il faut faire autant d?heures, pourquoi de telle heure à telle heure, pourquoi est-ce qu?on a 30 % de notre salaire qui est basé sur la performance. Pour être performant dans une entreprise, il ne suffit pas de faire acte de présence. Venir c?est une chose, mais la question qui se pose c?est qu?est-ce qu?on fait quand on est là ?

● <B> Est-ce aussi difficile que cela de changer les mentalités ? </B>

C?est un des facteurs que j?ai vu évoluer le moins sur ces trois dernières années à Maurice. Nous devons comprendre et accepter qu?on est dans une fin de cycle économique et on entre dans un nouveau cycle où d?autres aptitudes et mentalités sont nécessaires. Il y a une culture du travail, une culture de l?objectif à inculquer.

● <B> On a l?impression que les autorités laissent le secteur évoluer comme bon lui semble. Aucune stratégie n?a été élaborée pour savoir vers quoi on va et comment on va y aller?</B>

Que les autorités ne sont pas assez présentes est indéniable. Il y a encore beaucoup à faire. C?est clair. Dans l?exercice de diversification de l?économie avec les nouveaux piliers qui se mettent en place, il faut revoir notre image de marque. C?est une affaire très sérieuse. Un gros travail qui va être fait pour repositionner l?image de Maurice et la mettre en phase avec nos objectifs.

● <B> Sur quoi faut-il concentrer les efforts ? </B>

Il faut une stratégie de communication précise. Etablir l?image qu?on veut donner de Maurice. L?image de marque de Maurice comme étant un pays à forte valeur ajoutée dans le secteur des technologies doit être construite. Si les clients n?ont pas cette perception ils ne viendront pas. Il faut faire du ?branding? sur Maurice et mettre en place une stratégie de communication avec des actions très marquées, dont des missions de grands industriels étrangers à Maurice pour qu?ils puissent toucher ce dont on parle.

● <B> Avec 7 000 employés, peut-on considérer que le secteur a vraiment décollé ? </B>

Après quatre ans, nous sommes arrivés à la fin de la phase de start-up. On aborde à présent la phase de développement qui sera également de cinq ou six ans. Puis on arrivera dans une ère de maturité où le secteur continuera à grossir mais avec des taux de croissance un peu moindres. L?époque qui vient est la plus intéressante. Les pionniers sont arrivés, ils ont débroussaillé le terrain et on y voit plus clair. Les marchés qui arrivent devant nous sont des marchés beaucoup plus importants. Des acteurs très puissants vont arriver, qui vont apporter beaucoup de bien au secteur et qui vont vraiment structurer la nouvelle économie mauricienne.

?Pour être performant dans une entreprise, il ne suffit pas de faire acte de présence. Venir c?est une chose, mais la question qui se pose c?est qu?est-ce qu?on fait quand on est là ??

● <B> Selon le rapport du BOI de mars dernier sur l?état du secteur, le cap des 10 000 emplois sera dépassé en janvier 2008. Combien de personnes le secteur pourra-t-il employer à terme ? </B>

Sur le plan mondial, ce secteur est tellement important qu?il pourrait facilement absorber toute la population active mauricienne si on décidait de le faire, mais il ne s?agit pas de faire un pays de téléopérateurs ou d?informaticiens. J?ai tendance à évaluer sur le court terme plutôt que de faire de la science-fiction, mais je crois que nous aurons dépassé allègrement la barre des 20 000 emplois directs d?ici la fin du mandat de ce présent gouvernement et cela non seulement en termes de quantité mais aussi en termes de qualité. Le niveau des professionnels sera très significatif et se différenciera très clairement de la génération de leurs prédécesseurs. Ce seront des gens qui gagneront très bien leur vie, qui seront structurés professionnellement et adaptés aux exigences du marché international.

● <B> Certains opérateurs s?inquiètent de l?envolée des salaires à cause de la pénurie de bras et de cerveaux?</B>

Lorsqu?on me parle des salaires des informaticiens, qui atteignent des sommets, je réponds que c?est tout à fait normal. On ne va quand même pas demander à quelqu?un de travailler pour une moyenne de Rs 7 000 ou Rs 8 000. Qu?est-ce que ce secteur peut faire ? Donner un boost très significatif sur les masses salariales et sur le salaire moyen à Maurice et heureusement?

Pour ce qui est du manque de bras, s?il y a une demande trop forte et que le nombre de candidats est insuffisant, il se passera quelque chose de très simple : les opérateurs iront ailleurs. Mais ce manque de main-d??uvre est symptomatique. Deux solutions ont été clairement identifiées par le gouvernement. Des actions très précises sont en chantier et ce sont des exercices de formation massive et de reconversion des compétences de ceux qui sont dans des secteurs en perte de vitesse. La deuxième mesure c?est d?ouvrir le pays à des compétences étrangères de haut niveau pour venir développer ce secteur. On doit arrêter d?avoir peur de l?étranger. Maurice a toujours été en interaction forte avec les flux internationaux et cela depuis qu?on nous a placés sur la route des Indes.

● <B> Certains jeunes hésitent encore à se lancer parce qu?ils se posent des questions sur l?avenir de ce secteur ? </B>

Après avoir parlé de Microsoft, IBM depuis vingt ou trente ans, on regarde le marché indien qui explose et nous à Maurice on se pose encore des questions. Il suffit d?ouvrir les yeux et de regarder. J?ai l?impression que tout le monde n?a pas encore compris cela. Il faut arrêter d?être des oiseaux de mauvais augure. Où sont passés ceux qui disaient qu?il n?y a aucun avenir dans le BPO ? Ayons le courage d?y aller. C?est un secteur qui exige d?être un peu aventurier. Il faut que les entreprises mauriciennes se souviennent de leur esprit de pionnier.

● <B> Il y a quand même un très grand optimisme dans vos paroles quant à l?avenir?</B>

Je ne vois aucun facteur fondamental qui soit négatif. Arrêtons de nous poser des questions, il faut y aller. Le secteur est là et il faut le développer. On n?a pas les moyens de perdre le temps à penser s?il y a un avenir ou pas dans ce secteur.

Propos recueillis par <B> Patrick HILBERT</B>

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