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Académiciens de la canne

3 juin 2007, 20:00

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J?ai côtoyé Robert Antoine, Raymond Mamet et Pierre Halais pendant de nombreuses décennies. Ce n?est donc pas de livres d?histoire que vient mon témoignage sur ces trois grands Mauriciens mais d?un vécu à l?ombre de ce que je qualifierai de trois grands tambalacoques, non des chênes, comme le veut l?expression, puisque ce dévoilement se déroule au Jardin botanique de Pamplemousses. Robert Antoine et Pierre Halais ont été au service de la recherche sucrière mauricienne pendant pratiquement toute leur carrière alors que Raymond Mamet a fait carrière tant dans la sphère agricole que celle de la santé publique dans le domaine de l?entomologie.

Robert Antoine est né le 10 mars 1920 à Rose-Hill. Après de brillantes études au collège Royal de Curepipe où il décroche la médaille d?or des sciences, il se joint au collège d?Agriculture de Réduit en 1940 et trois années plus tard, lauréat de sa promotion, une bourse lui est offerte pour des études universitaires. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, Robert Antoine s?embarque pour Londres et étudie au prestigieux Imperial College of Science and Technology. Pendant quatre ans, avec sa soif des connaissances nouvelles, entre deux concerts au Royal Albert Hall, les expositions au Tate Gallery, les visites au British Museum et d?autres musées de Kensington, entre deux parties de golf, Robert Antoine trouve quand même le temps d?étudier et de décrocher pas moins qu?un First Class Honours. (...) Cette mention lui ouvre les portes de l?université de Cambridge où pendant deux ans il étudie les sciences agricoles.

Malgré les offres alléchantes pour d?autres colonies, Robert Antoine choisit en 1950 de rentrer au pays pour occuper des fonctions d?agronome en chef des services agricoles où pendant quatre ans il met l?accent sur la production des cultures vivrières. C?est en 1955 que le conseil d?administration du Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI) lui offre le poste de chef de la division de pathologie. À cette époque, faisaient rage deux maladies : le rabougrissement et les stries chlorotiques, et la canne, disait-on, rentrait sous terre en jeune repousse. Déployant les ressources dont il a le secret, n?hésitant pas à faire ?bouillir? ou traiter à l?eau chaude les boutures de cannes, ces deux maladies sont vite ramenées sous contrôle. À peine se met-il à souffler, qu?en 1964 quatre calamités s?abattent sur nos champs : gommose, yellow spot, rouille, leaf scald. Ne cédant pas à la panique, alliant la législation aux mesures agronomiques très vite la situation est ramenée sous contrôle, ce qui d?ailleurs fait de lui en 1966, le Mauricien de l?année de l?express.

<I>?Les trois éminents scientifiques nous ont, par coïncidence, quitté en l?espace de six semaines en 1996. Leur départ, laissa un grand vide dans la recherche scientifique locale d?autant plus qu?ils ont été actifs jusqu?à pratiquement les derniers jours de leur vie.? </I>

Malgré ses nombreuses occupations et préoccupations, il trouve du temps pour écrire quelque 50 communications dont certaines sont même publiées par la prestigieuse revue scientifique Nature. Il parcourt le monde visitant les pays sucriers importants et moins importants. Ses services comme expert sont requis dans différents pays et des offres les plus alléchantes lui sont faites, mais en patriote il choisit de rester ici. Il mène une lutte sans merci contre une virose de la canne, dite maladie de Fiji, à Madagascar où il fait arracher des centaines de milliers de touffes de cannes, fait modifier la législation malgache pour protéger notre industrie mère, prend des mesures sur la vente de la canne à Tamatave, qui auraient pu en elles-mêmes aboutir à une révolution bien avant celle de 1974 dans ce pays. (...)

Il est donc tout à fait normal qu?en 1968 quand souffle le vent d?indépendance dans le pays et que le poste de directeur du MSIRI devient vacant, au départ du Docteur Octave Wiehe pour l?université de Maurice, que le conseil d?administration désigne Robert Antoine pour lui succéder. Le nouveau directeur s?avère infatigable. Son ardeur au travail, sa brillante intelligence, sa grande vision et surtout sa diplomatie font que le MSIRI se développe d?une façon extraordinaire, s?occupe des cultures autres que la canne, augmente sensiblement le personnel, installe le premier gros ordinateur, utilise les mûrisseurs pour avoir encore plus de sucre et plus vite, jette les jalons pour des projets d?envergure en mécanisation, en irrigation et en fertilisation dont nous récoltons les fruits aujourd?hui et j?en passe. Il est actif dans diverses institutions, notamment la Chambre d?agriculture, qu?il sert tout au long de son directorat. Au niveau international la réputation du MSIRI s?affirme davantage et la réputation de Robert Antoine, qui avait traversé nos frontières depuis longtemps déjà, lui vaut d?être appelé pour des nombreuses missions d?expertise par la Banque mondiale, la FAO, etc. En 1975, il plaît à Sa Majesté la Reine d?Angleterre de lui accorder le titre de Commandeur pour les nombreux services rendus. Il a aussi été l?objet de nombreuses distinctions. Ainsi, la médaille du MSIRI lui fut octroyée en 1978 et la médaille du centenaire de la recherche agricole à Maurice en 1993. Il a été aussi fait professeur à l?université de Maurice à laquelle il a été associé depuis sa création.

Lorsque Robert Antoine se retire du MSIRI en 1980, il laisse une institution forte et viable. Il aurait pu raccrocher après une carrière si bien remplie et se mettre à ses passe-temps favoris que sont la lecture et la floriculture, mais il préfère continuer à se mettre au service du pays. Homme de vision, il avait toujours attaché une importance capitale à la formation. D?ailleurs de 1951 à 1968 il était chargé de cours en botanique et pathologie au collège d?Agriculture. C?est alors qu?il crée avec le concours du Programme des Nations unies pour le développement un centre de formation sucrière pour l?Afrique. Il a été et est beaucoup question de coopération Sud-Sud et ces jours-ci, on parle plus que jamais de formation ou de renforcement de capacité. Mais Robert Antoine y avait pensé bien avant et avait traduit toutes ces grandes déclarations bien souvent d?intention, en des faits concrets.

Nous formons en ce moment même la 28e génération d?agronomes et de technologistes sucriers pour les pays d?Afrique et ce centre de formation a été copié dans d?autres domaines y compris celui de la médecine humaine. En hommage à son fondateur, le centre porta le nom de Robert Antoine Sugar Industry Training Centre et récemment le bâtiment qui l?abrite a été désigné Robert Antoine Building.

De son centre de formation Robert Antoine est appelé par le gouvernement à d?autres responsabilités comme membre du conseil d?administration de la Mauritius Sugar Authority à sa création en 1984, président du Food and Agricultural Research Council en 1985 et d?autres fonctions encore que je passerai sous silence, la liste étant trop longue: Mauritius Research Council, Mauritius Standards Bureau, Prime Minister?s Derocking Scheme, etc.

Il convient donc cependant et à juste titre, de mettre l?accent sur le rôle qu?il a joué à l?International Society of Sugar Cane Technologists ou l?ISSCT auquel il se joignit dès 1955. Après avoir servi dans les différentes instances il devient le vice-président à l?échelle régionale de 1969-80, se fait élire au conseil exécutif en 1980 pour être le secrétaire-général en 1986. Il a été aussi vice-président de deux congrès à Cuba en 1983 et au Brésil en 1989. Robert Antoine joua un rôle prépondérant dans la refonte des statuts de la société qui lui a permis d?être fonctionnelle et d?accomplir pleinement son rôle. La récompense suprême survint en 1989 quand il fut élu, par acclamation, par les membres du conseil exécutif à la présidence de l?ISSCT. Le premier Mauricien à l?être. Ce fut un moment de joie et de fierté. (...) Oui, c?était la consécration d?une longue et fructueuse association avec la plus importante institution internationale de la canne à sucre au monde. Cela coïncida avec les célébrations marquant le 350e anniversaire de l?introduction de la canne à l?Ile Maurice. En 1983, il avait été fait membre honoraire à vie de l?ISSCT.

Robert Antoine a été aussi un membre actif de la Société royale des arts et sciences de Maurice pendant de nombreuses décennies, s?étant joint en 1955. Il a été président en pas moins de cinq occasions (1978-79, 1982-83, 1985-86, 1989, 1993-94) et, parmi ses réalisations, mentionnons la création de la réserve du Mondrain qui abrite des espèces endémiques dont certaines menacées de disparition. Et aussi la conservation des papiers Doyen qui font partie de notre patrimoine. Dans le domaine de la botanique et de la bio-conservation, notons qu?il a été la cheville ouvrière et un des trois premiers directeurs du projet Flore des Mascareignes initié en 1974 et qui sera vraisemblablement complété en 2009 et qui traite de toutes les espèces végétales de nos îles, un traité de référence qui sera valable pour plus d?un siècle.

Robert Antoine était un être hors du temps, un des fils les plus illustres de notre République, un Mauricien dans toute la dimension que ce mot comporte. J?ai rencontré Robert Antoine pour la première fois un samedi de juillet 1967 quand il m?a conseillé de me joindre à l?Institut de recherche. Depuis, nos rencontres ont été régulières de 1980 jusqu?à son décès en 1996. Lors de notre dernière rencontre, nous avion très peu parlé contrairement à nos habitudes. Pour cause, Robert Antoine étrennait sont nouvel ordinateur portable et s?était mis à 76 ans à surfer sur Internet pour consulter les bases de données. Le 18 septembre 1996, il m?entretint au téléphone sur les projets à être entrepris en biotechnologie et son décès devait survenir au petit matin le lendemain. Tel était Robert Antoine : un brillant scientifique, une carrière exemplaire, toujours à l?affût de nouvelles connaissances.

Robert Antoine était également un philanthrope qui a su concilier ses activités professionnelles avec celles du Rotary Club de Port-Louis où il fut membre fondateur et président en 1973-74. Au club, comme partout ailleurs, ses avis étaient sollicités et ses interventions recevaient la plus grande attention de tous. Parmi ses réalisations, mentionnons le concours Fleurir Maurice et la Rencontre avec les Métiers d?Art pour la sauvegarde de notre environnement et de notre patrimoine national, bien avant que ces sujets ne deviennent d?actualité. Robert Antoine avait aussi deux autres attributs importants : son sens de la politique et de la diplomatie ainsi que son sens de l?humour. Il nous arrivait de passer des heures à l?écouter raconter ses aventures et mésaventures, ses traits d?esprit pétillants et ses railleries. Il nous disait parfois avec malice qu?en tant que président du Mauritius Standards Bureau il avait travaillé entre 1980 et 1996 avec plus d?une dizaine de ministres successifs et s?était adapté à tous.

Le décès inattendu de Robert Antoine laissa un grand vide dans les milieux agricoles et plus particulièrement parmi ses proches collègues pour qui il était une source d?inspiration et un guide. Je suis de ceux qui peuvent témoigner avec émotion puisqu?il a modelé ma carrière et que j?ai pris ses fonctions tant au MSIRI qu?à l?ISSCT ou au Mauritius Standards Bureau. Robert Antoine était brillant dans toute la dimension de ce mot, ce qui ne l?empêchait pas de se mettre à la portée du plus humble. Il était d?une générosité hors du commun.

Comme Robert Antoine, Raymond Mamet fit ses études au collège d?Agriculture où il obtint un First Class Diploma. Il débuta sa carrière en 1934 au département de l?agriculture comme Technical Assistant dans le laboratoire de chimie agricole où il travailla sur le contrôle du ver blanc, qui causait alors des dégâts considérables à la canne. Il se joignit ensuite au laboratoire d?entomologie agricole et se retira comme assistant entomologiste, après 22 ans de service. Par la suite il fut nommé entomologiste en chef au laboratoire central du ministère de la Santé où il se distingua par ses travaux sur le paludisme, la filariose et la bilharziose et leurs vecteurs. Après une carrière bien remplie, Robert Antoine fit appel à lui pour prendre la responsabilité de la division des cultures vivrières, nouvellement créée au MSIRI, et il y demeura de 1970 à 1979. Puis il assuma les fonctions de conseiller auprès de l?association des producteurs d?anthurium. En 1981 il émigra en France, plus précisément à Bouleurs, où il demeura jusqu?à son décès survenu à Meaux le 1 septembre 1996. (...)

Raymond Mamet dévoua une bonne partie de son temps à l?étude des cochenilles, domaine dans lequel Maurice a une longue histoire, puisqu?en 1862 le fameux pou à poche blanche causa des dégâts considérables à la canne et fut l?objet de travaux de Donald D?Emmerez de Charmoy et Albert Daruty de Grandpré, ce dernier le grand-père de Pierre Halais (voir plus loin). Raymond Mamet s?en inspira et publia sa première communication en 1936 sur ce groupe d?insectes ravageurs. Cette publication de haute facture retint l?attention du professeur Ernest Green du British Museum, une autorité mondiale dans le domaine, qui y prit un intérêt particulier et prodigua des encouragements à Raymond Mamet dans les premières années de sa carrière de chercheur. D?ailleurs, Raymond Mamet y a toujours fait référence. Une série d?excellentes communications s?ensuivit sur les cochenilles à Maurice et dans les îles de l?Ouest de l?océan Indien. Il coopéra avec Alfred Balachowsky à Paris, une autre autorité dans le domaine. Renaud Paulian, alors directeur adjoint de l?Institut de recherche scientifique de Madagascar, incita Raymond Mamet à entreprendre des travaux sur les cochenilles de Madagascar, lesquels furent publiés en cinq volumes de 1950 à 1962 et qui demeurent les références pour Madagascar à ce jour. (...)

Ces travaux sont largement consultés tant par les scientifiques que les praticiens agricoles. La taxonomie demeura son domaine de prédilection et ses travaux englobèrent quatre groupes importants, notamment les pucerons, les aleurodes, les cicadelles, et les thrips. Il publia au total 110 communications tant sur les ravageurs agricoles, que sur les espèces d?intérêt médical et les cultures maraîchères et floricoles.

À son retour en France en 1981, Raymond Mamet travailla assidûment sur la bibliographie de l?entomologie aux îles Mascareignes pour la période 1771-1990, donc plus de deux siècles, qu?il publia en 1992 et aussi un second volume qui parut en 1993 sur la période 1619-1771. Bien sûr ces volumes représentent des références non seulement pour Maurice et les Mascareignes mais aussi au niveau mondial. Il travailla au fait jusqu?à son décès. En 1971, il fit don de sa riche collection de cochenilles au Museum national d?histoire naturelle de Paris, laquelle collection peut être consultée à ce jour. En récompense pour sa contribution à l?avancement de la science, il fut fait Commandeur dans l?Ordre des palmes académiques en 1994, une distinction méritée et dont il était fier. Comme Raymond Mamet a décrit dans ses publications 52 genres et 194 nouvelles espèces d?insectes, il est normal que quatre de ces genres et 31 de ces espèces portent son nom.

<I> ?(...) sans grands moyens et sans laboratoires sophistiqués, mais avec intelligence, motivation et enthousiasme, ils ont joué un rôle déterminant le progrès de l?industrie sucrière mondiale.? </I>

Raymond Mamet s?est joint à la Société royale des arts et sciences en 1934, a été membre du conseil d?administration en 1940, secrétaire de 1966 à 1968. Il a été fait membre honoraire en 1980. Il était aussi membre de la Société entomologique de France, membre correspondant du Museum national d?histoire naturelle de Paris, et de l?Académie malgache, membre de la Société royale de l?Afrique du Sud et de la Société royale d?entomologie de Londres.

Raymond Mamet était un scientifique méticuleux et doué, qui était toujours prêt à aider et à donner des conseils. Il avait en horreur le travail mal fait et à peu près, et montrait sa désapprobation envers ceux qu?il pensait manquaient d?intérêt dans leurs professions.

Le troisième scientifique que nous célébrons est Pierre Halais que j?ai côtoyé quotidiennement pendant cinq ans de 1967 à 1972 dans le département de chimie agricole lors de mes premières années au MSIRI. (?)

Né à Curepipe le 10 octobre 1907, Pierre Halais était le fils de Louis Halais, bibliophile érudit et petit-fils, par sa mère, d?Albert Daruty de Grandpré, scientifique distingué. Il grandit donc dans une ambiance familiale où le désir de la connaissance faisait partie de la vie quotidienne. Après des études scolaires au Couvent de Lorette de Curepipe, au collège St Joseph et au collège Royal, il passa trois années au collège d?Agriculture, dont il obtint le diplôme en 1928.

Sa vocation de chercheur le conduisit, dès 1930, à la Sugar Cane Research Station du département de l?agriculture où l?étude des sols et des besoins de la canne en éléments nutritifs devint rapidement sa spécialité. C?est ainsi qu?il comprit très vite l?importance de la technique dite du diagnostic foliaire, mise au point en France par Lagatu et Maume pour la vigne, et réussit, en 1936, à l?adapter à la canne à sucre pour en déterminer les besoins en éléments nutritifs. Rapidement adopté à Maurice et dans tous les pays sucriers, le diagnostic foliaire reste, aujourd?hui encore, ce que Pierre Halais lui-même décrivait comme, je cite, ?la meilleure façon d?interroger la plante?. Il l?interrogea si bien qu?il devint vite une autorité, internationalement reconnue dans le domaine de la nutrition de la canne. Il se joignit à la Société royale des arts et sciences dès 1933.

Les dirigeants de l?industrie sucrière, ayant réalisé la valeur de Pierre Halais, qui n?était alors qu?assistant à la Sugar Cane Research Station au département de l?agriculture, lui proposèrent d?équiper un laboratoire dont il aurait la charge, afin d?utiliser la technique du diagnostic foliaire sur une échelle nationale. Dans ce laboratoire, créé en 1947, situé à l?étage du cinéma Ritz à Curepipe, le travail à la rigueur scientifique s?accomplissait dans une ambiance de bonne humeur. Guy Rouillard dit y avoir assisté à des extraits d?opéra car Pierre avait une jolie voix de ténor léger. D?ailleurs, il se fit entendre sur les ondes de Radio-Maurice à ses débuts dans les années? 30.

Lors de la création du MSIRI en 1954, Pierre Halais y continua ses travaux de recherche et le jour même où il prenait sa retraite en 1972, il effectuait encore des analyses dans son laboratoire. En sus de cette carrière officielle, les compétences de Pierre Halais lui valurent des postes de conseiller et de consultant à Maurice et dans divers pays dont la Réunion, Madagascar, et également en Afrique.

Les activités de Pierre Halais ne s?arrêtaient pas là. Il avait le don de la synthèse et pouvait extraire l?essentiel d?un article scientifique sans s?encombrer de détails superflus. C?est ainsi qu?il publia dans la Revue Agricole des analyses synthétiques des publications techniques comptant plus de 500 articles permettant ainsi aux techniciens d?aller aux sources de ces communications. Dans cette même revue, il publia quelque 120 articles des plus divers, traitant de sujets allant de la nutrition de l?homme à la culture de l?hortensia.

Pierre Halais prit part à huit congrès sucriers internationaux où il était tenu en haute estime. Ses contributions à la recherche, proprement dite, sont contenues dans les rapports de la Sugar Cane Research Station de 1930 à 1946 et dans ceux du MSIRI à partir de 1954. À cet institut, il perfectionna les méthodes d?analyses rapides pour le diagnostic foliaire, se livra, entre autres, à des études sur la climatologie et les sols de Maurice et préconisa l?emploi du silicate de chaux. (...) Spécialiste de l?agroclimatologie, il publia en 1969, en collaboration avec Edwin George Davy, la carte agroclimatique de Maurice qui demeure un ouvrage de référence jusqu?à ce jour.

Il aimait partager ses connaissances et avançait sans cesse de nouvelles idées, parmi lesquelles il fallait choisir celles qui avaient une portée pratique. En 1978, la médaille du Jubilé d?Argent du MSIRI lui fut octroyée, alors qu?en 1993, à l?occasion du centenaire de la recherche agricole à Maurice, la médaille d?or lui fut décernée.

Les qualités de Pierre Halais furent aussi reconnues en France par sa nomination au grade de Chevalier de l?ordre du mérite agricole ; mais ses mérites, son importante contribution au progrès de l?agronomie de la canne à sucre et sa renommée n?affectèrent jamais sa modestie, ses relations toujours cordiales avec ses collègues, sa convivialité. Pierre Halais, qui a disparu dans sa 90e année le 13 octobre 1996, laisse le souvenir d?un homme de science émérite et modeste, un chercheur désintéressé de grande intégrité. Son sens de l?humour et la sincérité de son amitié faisaient de lui un collègue des plus estimés. (...)

Les trois éminents scientifiques nous ont, par coïncidence, quitté en l?espace de six semaines en 1996. Leur départ, laissa un grand vide dans la recherche scientifique locale d?autant plus qu?ils ont été actifs jusqu?à pratiquement les derniers jours de leur vie. Une vie riche d?enseignements non seulement sur le plan scientifique mais aussi de par leur passion pour la recherche et leur sens du patriotisme. Ils étaient d?authentiques Mauriciens qui nous ont rappelé les vraies valeurs sur lesquelles toute société doit être bâtie et ils ont été des points de repère tangibles sur la route à suivre.

Bien souvent sans grands moyens et sans laboratoires sophistiqués, mais avec intelligence, motivation et enthousiasme, ils ont joué un rôle déterminant dans le progrès de l?industrie sucrière mondiale. Ils étaient d?une grande intégrité et possédaient la rigueur scientifique nécessaire pour faire avancer la recherche. Nous sommes fiers, particulièrement au MSIRI et à la Société royale, de les avoir comptés parmi les nôtres. L??uvre de toute leur vie au service du pays justifie leur inscription sur la Colonne Liénard pour répondre au v?u de Joseph François Charpentier de Cossigny, mise à exécution par François Liénard de la Mivoye : ?honorer la mémoire d?un nombre considérable de personnes qui a concouru à son bien-être, en y faisant progresser l?agriculture, ou en l?enrichissant de plantes ou d?animaux utiles ou intéressants??

En servant l?île Maurice, ils ont personnifié ce que notre poète Robert Edward Hart a si bien dit et qui est, à mon avis, la plus belle ode à notre attachement à la terre natale :

?Mon âme est ancrée au port de ma naissance Mon âme jadis voyageur Et qui sait que tout ciel est le ciel Mais que le ciel de la patrie est seul divin?.

Jean-Claude AUTREY 26 mai 2007

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