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«La semaine de 40 heures pose des problèmes pratiques»
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«La semaine de 40 heures pose des problèmes pratiques»
● <B>Que défend la Planters Reform Association (PRA) ? </B>
Nous avons créé l?association il y a deux ans parce qu?avec la réforme de l?industrie sucrière, nous avons réalisé que les associations qui représentent les petits planteurs ne faisaient pas le poids face au Mauritius Sugar Producers Association (MSPA).
● <B>Pourquoi ? </B>
Les associations des petits planteurs semblent avoir des agendas politiques. Mais la raison principale est qu?ils se sentent intimidés par des organisations comme le syndicat des sucres. Et je les comprends mais le problème c?est que les petits planteurs ne peuvent s?opposer à rien parce qu?ils n?osent pas et le syndicat des sucres fait ce qu?il veut. Quand le pauvre petit planteur entre dans le lobby de la chambre d?agriculture, il est déjà tellement impressionné et conditionné qu?il n?osera pas s?opposer à quoi que ce soit. Mais à la PRA, nous ne sommes pas impressionnés et n?avons pas peur de parler et de mettre en avant l?intérêt des planteurs.
● <B>De quels planteurs sommes-nous en train de parler ? Des moyens ou des petits ? </B>
Écoutez, les planteurs corporate ont leur MSPA et je veux que les autres aient une plate-forme. Tous les planteurs vont en bénéficier parce que nous avons tous en commun le fait que nous sommes des petits planteurs. Quand nous demandons que la contribution au Cess soit diminuée par exemple, cela bénéficie à tous les planteurs. Il est entendu que chaque planteur dépendant de la superficie de terres qu?il possède, a ses spécificités mais les objectifs dans les grandes lignes sont les mêmes.
● <B>Quels sont ces objectifs ? </B>
Je vous donne un exemple. Les planteurs avaient droit à une 4x4 hors taxe. La 4x4 du planteur est un véhicule utilitaire ? il s?en sert pour aller à un mariage, promener ses enfants et aller dans sa plantation. Le petit planteur aide à gagner des devises étrangères et on lui enlève l?un des seuls privilèges qu?il avait. Voyez comment le gouvernement traite les fonctionnaires et comment il traite les planteurs. Je suis content de voir que le Premier ministre et le ministre de l?agriculture ont une pensée spéciale pour les petits planteurs.
● <B>Justement, venons-en au «malaise» entre l?industrie sucrière et le gouvernement. Qu?en pensez-vous ? </B>
C?est dommage que cela arrive maintenant. Aucune industrie au monde ne pourra survivre seule avec une baisse de prix de 36 %. Nous essayons de nous en sortir tant bien que mal. Le petit planteur, lui, à la différence de ceux du corporate, est habitué à travailler dans des conditions difficiles. Il est venu à Maurice, a travaillé la terre dans des conditions difficiles et au fil des années, il a pu s?acheter des terres marginales - il ne s?en est pas approprié. Et en même temps, les petits planteurs ont commencé à diversifier leurs activités en donnant de l?éducation à leurs enfants et en produisant des professionnels pour le pays. Je crois qu?il faut aussi faire ressortir que le planteur est aussi le travailleur le plus honnête qu?il y a.
● <B> Dans quel sens ? </B>
Il produit de la canne qu?il envoie à l?usine. Une fois que la canne est à l?usine, le planteur n?a plus de contrôle sur son produit et ne peut que s?en remettre à la confiance qui le lie à l?usinier. Le planteur est aussi le dernier à recevoir les recettes du sucre. Tout cela fait que les 28 000 petits planteurs qui ont énormément contribué à l?économie, se sentent un peu laissés pour compte.
● <B>Pourquoi se sentent-ils lésés ? </B>
Il ne faut pas faire de la démagogie ; nous sommes de l?industrie sucrière mais certains d?entre nous sont grands et d?autres petits. Nos objectifs ne sont pas parallèles mais bien les mêmes. Mais il nous faut avoir notre dû.
● <B>Existe-t-il un sentiment de méfiance entre les différentes composantes de l?industrie sucrière ? les usiniers, les gros et les petits planteurs, les laboureurs ? </B>
Prenons pour exemple, l?usine de Beau-Champ avec qui je travaille. Nous avons des contacts réguliers avec toutes les parties prenantes et il n?y a pas de problème. La clé est dans le dialogue. C?est dommage que le secteur privé ait eu une telle attitude envers le gouvernement récemment mais bon, mettons cela de côté. La commission sur la démocratisation de l?économie a une tâche herculéenne devant elle et son président a raison de dire que la démocratisation de l?économie passe par la démocratisation de l?accès à la terre.
● <B>Pensez-vous que c?est la raison pour laquelle le secteur «corporate» de l?industrie sucrière serait insatisfait ? </B>
Je le pense. Et ils ont tort. L?industrie sucrière a contribué à tous les secteurs de l?économie. Cela a été possible grâce au Protocole sucre. L?acteur principal du Protocole sucre est l?état. Les autres parties prenantes étaient là bien sûr mais dans des seconds rôles. Aujourd?hui quand il y a la remise des prix, ils ne peuvent pas venir demander le prix du rôle principal. C?est donc tout à fait normal que l?état demande des terres à l?industrie sucrière.
● <B>Ce malaise est-il dû à cela ? </B>
Le malaise est dû au fait qu?un modèle économique est arrivé à sa fin.
● <B>Parlons de la centralisation. Quelle répercussion le report de la fermeture des trois usines sucrières aura-t-il sur la réforme? </B>
Mon inquiétude est que nous n?arrivons pas à satisfaire les conditions de l?Union européenne. Cela dit, il y a beaucoup de fine tuning à faire par rapport au Multi Annual Strategy Plan. On dit qu?il y a consensus mais autant que je sache, il n?y a pas de consensus. C?est cet état des choses qui a soulevé tous ces débats au Parlement. Chacun doit avoir ce qui lui est dû. Pour que la politique de démocratisation aille de l?avant, il faut faire de la discrimination positive. On ne peut pas venir dire aux planteurs qu?on leur donne des chances égales alors qu?ils ne sont pas à égalité avec les autres. Ainsi qu?on ne vienne pas dire que la demande pour des terres est déraisonnable !
● <B>Êtes-vous de ceux qui pensent que le gouvernement a trop fait pour l?industrie sucrière ? </B>
L?industrie sucrière continue à faire des largesses par rapport à ses hauts cadres et continue à gaspiller de l?argent ? par exemple, ils ont des bureaux à l?étranger qui ne servent pas à grand-chose ? et ils ne peuvent pas payer le coût social du VRS.
Je pense qu?on aurait dû rectifier le tir depuis assez longtemps et réaliser que dans tout cela, ce sont les petits planteurs qui ont été laissés pour compte. L?état a un devoir moral envers les petits planteurs. Mais maintenant, le plus grand souci des petits planteurs est de voir comment ils vont participer ensemble avec les grands dans toutes les activités liées aux dérivés du sucre.
● <B>Avez-vous l?impression qu?il y aura des objections ? </B>
Je ne sais pas mais disons que j?ai remarqué une certaine attitude que je déplore. Il semblerait que les usiniers nous rendent service en achetant la mélasse et la bagasse. Ils disent que deux ans de cela, on jetait la bagasse et la mélasse. Mais maintenant on en a besoin ! Que ceux qui ont investi engrangent ce qu?ils ont à gagner mais qu?on arrête de nous donner ce prix dérisoire pour un produit dont ils ont besoin.
● <B>Et il n?y a pas d?opposition par rapport à la proposition du gouvernement concernant l?actionnariat des petits planteurs dans les clusters ? </B>
Non, je ne pense pas parce que ce sera une win-win situation. Nous sommes 28 000 et ce chiffre n?est pas négligeable ni économiquement ni politiquement. Nous avons eu le coup de main de l?état dans cela et je suis satisfait.
● <B>Êtes-vous satisfait de la façon dont la réforme de l?industrie sucrière est en train de se faire ? </B>
Il y a encore des fine tunings à faire mais puisque la réforme est essentielle à notre survie, nous n?avons pas le choix. Nous avons toutes les ressources pour réussir et il faut maintenant avoir des checks and balances pour que tout se fasse de façon équitable.
● <B>La semaine de la semaine de 40 heures profiterait-elle à la réforme ? </B>
La semaine de 40 heures va nous poser des problèmes pratiques. Cela voudra dire que nous ne pourrons pas récolter un vendredi puisque la canne restera tout un week-end au moulin et que ce n?est que le lundi que l?usinage pourrait débuter. à l?heure qu?il est, il faut travailler et ce système n?aide définitivement pas.
● <B>Cette inconsistance n?est pas la seule, l?industrie sucrière étant un sujet éminemment politique. Cet aspect des choses vous gêne-t-il dans votre travail ? </B>
Bien sûr. Laissez-moi vous donner un exemple. Nous sommes toujours en train de subventionner le prix du sucre sur le marché local et industriel ? un secteur en difficulté comme l?industrie sucrière est en train de verser des subventions à Coca-cola et à Pepsi-cola !
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