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A history of violence
Un fillm qui dérange. Une vérité qui fait froid dans le dos. Une fin qui surprend et qui laisse planer le malaise car il y a des chocs qui laissent plus de traces que d?autres. Celle de la guerre est indélébile. Nous voilà donc sur les traces de Jerry (impressionnant Jamie Draven dans son rôle de père au bord de la crise de nerfs), un rescapé de la guerre d?Irak, plus mort que vivant, qui va se lancer dans une spirale infernale.
En écrivant Badland, voilà déjà deux ans, Francesco Lucente, cinéaste canadien, secoué par les barbaries de la guerre en Irak, se met en tête d?écrire une histoire sur le traumatisme post-guerre de ces hommes, revenus des champs de bataille. « Je me disais que je me devais de raconter cette histoire parce que c?est une histoire contemporaine. Une histoire qui fait chaque jour des victimes parce que ceux qui reviennent de la guerre ne peuvent jamais retrouver une vie normale, » explique le réalisateur. Le projet fait son petit bonhomme de chemin dans sa tête. Il écrit, cherche des financements et se refuse à prendre position dans son film. « Nous ne nous aventurons pas à prendre parti. Notre objectif est de montrer les effets de la guerre d?un point de vue émotionnel et humain. » Objectif atteint, mais ?
Dans Badland, Francesco Lucente ne monte pas au front. Il ne s?engage pas, ne condamne pas, ne prend pas position. Il se contente de suivre son héros en quête d?une rédemption qu?il refuse de s?accorder. Si Badland prouve qu?il est à l?écoute des maux des Américains souvent forcés à livrer bataille en Irak, le film se contente de faire seulement la démonstration de cette souffrance.
Certes, cette démonstration est réussie. Elle est poignante et vraie. L?esthétisme est parfaitement maîtrisé, même que la caméra de Francesco Lucente se fait parfois discrète pour mieux cerner le malaise et le mal-être. L?extrême violence du scénario passe par l?évocation, pas la contemplation. Insoutenable pour les âmes sensibles et c?est là qu?interviennent les limites du scénario.
Décidé à chaque fois à trouver des circonstances atténuantes à la folie de son héros : épouse ignoble, patron profiteur, pauvreté insoutenable, trahison (même sa fille l?aurait trahi !), Badland, finit en plus sur une arnaque : ce qui est arrivé aurait pu ne pas arriver si ? Francesco Lucente évite d?aller jusqu?au bout de ce qu?il entreprend pour ne pas cautionner la violence.
Libre arbitre
A la place, il invoque le libre arbitre et la nécessité de faire les bons choix au bon moment. Badland veut secouer les consciences et réveiller sur le sens des réalités, mais il refuse toute implication. Le cinéma sert à faire avancer le débat et les réflexions encore faut-il que celui qui propose ce cinéma là ait le courage de ses opinions.
Une quelconque rédemption du héros est suggérée mais elle provoque un gâchis avec un retournement de situation final qui remet tout le film en question. Dans un polar ce genre d?astuce est salutaire, souvent bénéfique, mais pas dans un drame aussi contemporain et aussi délicat que Badland se propose d?être. C?est inutile dans un film qui dure presque trois heures.
Néanmoins Badland reste un drame a plusieurs morales et a plusieurs raisons.
« It illustrates the personal devastation war causes on families, » fait ressortir Francesco Lucente. En effet : « War ravages the soul », comme l?indique l?affiche du film. Mais à chacun de faire son choix sur la portée de ce film. Une chose est cependant sûre : Badland ne peut laisser indifférent. « There are no winners in war. I hope the public gets the message, » conclut Francesco Lucente. Au public de se faire sa propre opinion.
« BADLAND EN BREF »
A l?affiche au Star 1 au Caudan.
Produit par Copex International et Badland Corporation, coproduit par Claudia Dummer-Manasse. Acteurs principaux : Jamie Draven (vu dans Billy Elliott), Grace Fulton (des débuts remarqués à l?écran) et Joe Morton (vu dans Terminator II). Ce dernier a même écrit l?une des chansons qui figurent sur la bande originale. Bruce Spingsteen et sa chanson Devil and Dust figurent également sur la bande originale du film. La BO est très soignée. Elle contribue largement à la dramatisation du film.
Francesco Lucente est né le 15 avril 1960 à Calgary au Canada. Passionné de cinéma, il réalise son premier court-métrage The Old man, après avoir écrit le scénario et produit lui-même le film. « Je me suis toujours plu à avoir différentes casquettes. Dans ce métier là il faut savoir être électique. »
En 1978, il produit et réalise deux autres courts-métrages : Cloak and Dagger et Paint it black. Son premier long-métrage The virgin queen of St Francis High sort sur les écrans en 1987, suivi de The Inner voice en 1995. Il est nommé la même année dans la catégorie Meilleur film au Henri Langlois Film and Television Festival à Tours en France. Quatre ans plus tard, Frontline, son premier drame, est nommé dans la catégorie Meilleur scénario pour le King Arthur Screenwriters Award. Il a écrit le scénario de 2001 : A space travesty pour le comique Leslie Nielsen, mais son nom n?est pas crédité au générique. Badland, un projet cinématographique qu?il a longtemps porté, devrait permettre le coup d?accélérateur longtemps attendu à sa carrière. « Je n?en attends rien, sauf que le public comprenne le message. »
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