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Chauffe ?Mâ Ravane?
La peau qui chauffe. Celle du dos qui se cambre. Du front humide. Des pieds qui frappent les planches de la salle des fêtes du Plaza. Jusqu?à brûler. Là où la peau des doigts griffe la peau des ravannes.
Talipot répète. C?était cette semaine à Rose-Hill. La compagnie réunionnaise au départ, mais indianocéanique dans sa démarche présentera Mâ ravane, version finale les 3, 4 et 5 mai au Plaza. Version finie du work in progress présenté en juillet.
Notre corps a gardé en mémoire les pulsations des ravannes tour à tour frappées puis caressées. Des images sont revenues, comme celle de Yannick Nanette frappant une ravanne avec ses dreadlocks. Excitation. De retrouver les chaises placées en cercle autour d?un rond de galets.
Coup d??il circulaire. Si Talipot travaille sur la mémoire des corps, la nôtre repère les ravannes mises à chauffer devant les projecteurs, dans un coin de la salle des fêtes du Plaza. Retrouve l?odeur d?encens, catalyseur des séquences de transes.
Un genre impossible à catégoriser
Les corps des danseurs-comédiens?musiciens sont là. Le costume dépouillé suggère qu?ils sont plus musclés que lors du work in progress présenté en juillet 2006. C?est aussi cela Talipot. L?impossibilité de catégoriser dans un genre. La volonté impérieuse ? on le sent au ton tranquille mais sans appel ? de Philippe Pelen Baldini, chorégraphe et metteur en scène.
C?est Falihery qui s?y colle. L?élève de Tana écoute le ?maître? de St-Denis. ?Ze me souviens.? C?est l?accent malgache dans toute sa fragilité. Philippe Pelen le reprend. Une fois, deux fois. Sourit. Décortique le geste. ?C?est très joli, mais trop compliqué.? Le danseur recommence. Une fois, deux fois. La directive : ?Simple, plus simple. C?est la ravanne la connexion, pas autre chose.?
Leçon de choses. ?De toute façon, elle fait ce qu?elle veut la ravanne. Un coup elle est chaude, froide, tendue, pas tendue, grosse peau, petite peau?? Le metteur en scène, lui, ne laisse pas refroidir les peaux. Ni humaines. Ni celles de l?instrument. Il pousse sa matière jusque dans ses retranchements.
Place à Prema Santhanagopal, Sri-lankais de la troupe. ?Tu prends trop de temps pour t?installer.? Il se concentre. Exécute son mouvement : une transe qui monte pendant qu?une ravanne lancée par terre tourne sur elle-même avant de s?effondrer.
Lancée de travers, elle vient buter contre son pied. Le danseur s?arrête. Les yeux de Philippe Pelen Baldini se rétrécissent. ?C?est moi qui décide quand il faut arrêter.? On reprend. ?Là, je vois juste un mouvement accordé à un son. Qu?est-ce que tu sens monter en toi ?? Timidement Prema ose : ?Un bourdonnement?. Le chorégraphe corrige : ?Pour moi, c?est comme un volcan réunionnais. Mets plus de puissance.? La coulée de lave est prévue pour le courant de la semaine.
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