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Rappel de l’oeuvre de M. Curé à l’occasion du décès de sa veuve
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Rappel de l’oeuvre de M. Curé à l’occasion du décès de sa veuve
Le mardi 6 avril 1982, au Trou aux Biches, meurt la veuve du Dr Maurice Curé. Afin de rendre un nouvel hommage posthume à celui-ci (à moins qu’il ne s’agisse en vérité d’une mesure électoraliste dans l’espoir de retrouver un semblant de virginité politique), la presse boolelliste tient à rappeler les faits saillants de l’inoubliable fondateur du Parti Travailliste. Pour cela, il fait appel à l’historien et biographe Moonindranath Varma. Pour ce dernier, la grandeur d’un homme dépend de son ardeur à défendre une noble cause. Un démocrate socialiste est quelqu’un qui croit dans la justice sociale et dans la souffrance des travailleurs. Il consacre un chapitre à Curé dans son livre, intitulé Profiles of Great Mauritians, comme il le fait pour Emmanuel Anquetil, Guy Rozemont et Renganaden Seeneevassen.
Maurice Curé voit le jour le 3 septembre 1886. Très jeune, l’engagement politique l’intéresse au plus haut point. Brillant élève du collège Royal de Curepipe, il est un des lauréats de la bourse d’Angleterre de 1906 avec Fernand Maingard et E. Osmond Barnard. Reçu docteur en médecine, il rentre à Maurice et se met au service de l’Action Libérale du Dr Eugène Laurent. Reconnaissant, ce groupe politique lui offre un poste de médecin de la municipalité du Port-louis. L’administration du gouverneur John Chancellor refuse d’avaliser et même d’avaler cette nomination municipale, prétextant des insultes qu’aurait proférées le jeune Dr Curé à l’adresse d’un constable anglais, crime de lèse majesté impardonnable.
La Première Guerre mondiale s’achève et Maurice Curé est parmi les Mauriciens à se réjouir le plus bruyamment de la victoire de la France sur l’Allemagne. Dans l’euphorie de la victoire et de la récupération française de l’Alsace-Lorraine, Curé est des premiers à se joindre au mouvement rétrocessionniste, voulant que, dans un geste de bienveillance et d’entente cordiale, l’Angleterre consente à restituer à la France de Clémenceau, de Foch, de Joffre et de Poincaré, son ancienne colonie, l’île Maurice, qui fut connue jusqu’en 1810 comme l’Isle de France. Manque de pot pour les rétrocessionnistes, leur requête coïncide avec un boom sucrier sans précédent, connu comme l’année des 90 shillings pour chaque 50 kg de sucre. Les barons sucriers de l’époque, pourtant des Franco-Mauriciens notoires pour la plupart, Henri Leclézio et Adolphe Duclos en tête, fournissent une énième preuve qu’ils ont des roupies à la place des yeux et s’accrochent désespérément aux bras d’une Angleterre, en proie à une pénurie de sucre sans précédent. Ils musclent le mouvement anti-rétrocessionniste, allant même jusqu’à demander au gouverneur anglais, Hesketh-Bell, de déclarer coupables de trahison et de sédition, les champions et hérauts de la rétrocession de Maurice à la France. C’en est fait alors des chances électorales des candidats rétrocessionnistes aux élections législatives de janvier 1921. Ils se font battre à plate couture par les candidats de l’oligarchie anti-rétrocessioniste, exception faite pour Port-Louis. L’oligarchie et le grand capital n’oublieront pas de sitôt le nom du Dr Maurice Curé qu’il considère, désormais, comme le plus terrifiant des épouvantails. Il aurait été déféré aux Assises, aujourd’hui, en 2007, en vertu de la haïssable POTA. Curé sera battu aux élections législatives de 1921, 1926, 1931 et 1936. En 1934, il parvient à se faire élire lors d’une élection partielle contre l’oligarque Amédée Hugnin. En 1924, il est battu aux élections municipales de Port-Louis, entre autres, par ses anciens compagnons rétrocessionnistes, Edgar Laurent et Raoul Rivet.
La défaite électorale de janvier 1936 sert de déclic à Maurice Curé. De partout on le presse de ne pas abandonner la lutte mais au contraire de s’engager davantage dans la défense des intérêts de la classe ouvrière. Justement des chômeurs songent à une marche de protestation. Maurice Curé se met à leur tête. C’est un succès qui donne à réfléchir. Il les convoque même, le 23 février 1936, au Champ de Mars, pour la fondation de son Parti Travailliste.
Ils sont près de 10 000 travailleurs à répondre à son appel, à se rassembler au Port-Louis et à être témoins de la naissance du PTr et d’une nouvelle espérance ouvriériste. Ils n’ont droit alors qu’à des salaires de 30 à 40 sous par jour. Ils doivent se contenter d’un riz de qualité inférieure, se plier aux exigences patronales et n’ont pas le droit d’adhérer à un mouvement syndical. Ils entendent leurs héros, Maurice Curé, réclamer publiquement, au gouverneur Wilfrid Jackson, la nomination au Conseil législatif de deux représentants de la classe ouvrière, la liberté syndicale pour l’ensemble de la classe ouvrière et le droit de vote pour tous. Voilà d’inoubliables revendications travaillistes et pourtant...
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