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Faut-il croire les sondages ?

20 avril 2007, 00:00

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Si les sondages n’existaient pas… il faudrait s’en passer. Et certains commentateurs de la vie politique pensent même que cela serait peut-être beaucoup mieux. Soit dit en passant, les enquêtes sur les intentions de vote ont un peu trop tendance à être prises pour argent comptant, c’est-à-dire pour des pronostics exacts et fiables à 100 %. Ce qu’elles ne sont pas, loin de là, tout le monde s’accorde à le dire. Tous les responsables des instituts qui les réalisent le rappellent à chaque occasion. Brice Teinturier, directeur général adjoint de TNS-Sofres, a d’ailleurs expliqué lors de son passage sur l’antenne de RFI, récemment, que les sondages offrent avant tout “un matériau extraordinaire pour comprendre ce que pensent les français”. Essayer de déterminer des tendances, de suivre les évolutions de l’opinion, c’est à cela que servent les enquêtes en période électorale. Il ne s’agit pas de donner le résultat de l’élection avant le jour dit.

Car qui dit sondage dit marge d’erreur, une fluctuation que l’on évalue aux alentours de 3 %. Ce qui signifie que lorsque l’on annonce un duel à 51% contre 49 %, ou même 52 %-48 %, rien ne permet de savoir si le candidat donné premier sera finalement celui qui remportera la victoire. En d’autres termes, quand les sondages donnent Nicolas Sarkozy vainqueur devant Ségolène Royal, dans l’hypothèse d’un second tour de la présidentielle où le candidat de l’ Union pour un mouvement populaire (UMP) et la candidate socialiste se retrouveraient, il est en fait impossible d’affirmer que ce n’est pas l’inverse qui se produira !

<B>Souvenez-vous de 2002</B>

Les échantillons de populations sur lesquels sont effectués les sondages peut expliquer certaines fluctuations. Il est, par exemple, difficile d’y représenter significativement les jeunes qui sont peu joignables sur les téléphones fixes, ces derniers étant des adpetes invétérés de téléphones portables . Il ne faut pas oublier, qui plus est, que ce ne sont pas les données brutes recueillies auprès des sondés mais des résultats “redressés” qui sont rendus publics. En d’autres termes, les responsables des instituts rééquilibrent les rapports de forces entre les différents candidats en fonction de certains critères. Il y a donc une part d’interprétation.

Les sondeurs savent, par expérience, que les intentions de vote en faveur du Front national sont sous-évaluées, car les sondés avouent difficilement voter pour ce parti d’extrême-droite. Le résultat du premier tour de la présidentielle de 2002 a d’ailleurs illustré de manière flagrante cette situation, lorsque le candidat de cette formation, Jean-Marie Le Pen, s’est qualifié au nez et à la barbe de Lionel Jospin.

Des sondages,encore des sondages…</B>

Ce “séisme” dans la vie politique française a d’ailleurs été à l’origine d’une virulente attaque sur les sondages organisée autour du thème : à quoi servent-ils s’ils ne sont pas capables de pointer une aussi forte progression d’un candidat ?

Ce à quoi les sondeurs ont répondu qu’ils avaient noté dans les derniers jours une hausse des intentions de vote en faveur de Jean-Marie Le Pen et une baisse significative de celles en faveur de Lionel Jospin. Autrement dit, qu’ils avaient identifié un possible inversement de tendance. Pour autant, aucun institut n’avait pris le risque de placer Lionel Jospin en troisième homme. On peut se demander alors si c’est en raison des méthodes de redressement et si la publication des données brutes auraient permis de sentir l’évolution, ou s’il y a eu minimisation du phénomène en cours ?

L’épisode de 2002 n’est pas unique en son genre. On se souvient, par exemple, qu’en 1995, Edouard Balladur a été présenté pendant des mois par les sondages comme le candidat de droite le mieux placé pour remporter la présidentielle, mais qu’au final c’est Jacques Chirac qui a été élu. Faut-il conclure qu’il y a une part de manipulation dans les sondages, que les méthodes ne sont pas fiables et, peut-être, qu’il n’est pas sain d’en faire un élément aussi déterminant dans les campagnes électorales ?

Toutes ces questions ont été posées mais il semble qu’en 2007, le débat a été tranché plutôt en faveur des sondages. Selon le décompte de la Commission des sondages, des centaines d’enquêtes ont déjà été publiées à ce jour, alors qu’en 2002, on n’en avait réalisées “que” 193 pour la présidentielle. Toujours plus de sondages, mais aussi des sondages de plus en plus précoces. Ils ont, en effet, certainement pesé cette fois-ci sur le processus d’investiture, notamment au Parti socialiste. La candidature de Ségolène Royal a vraisemblablement profité des enquêtes qui ont mis en évidence sa cote de popularité dans l’année précédant la désignation. De même, ils ont certainement participé à renforcer la position de son adversaire de l’UMP, Nicolas Sarkozy, dans son camp. Leur duel a, en fait, été envisagé avant même qu’ils soient officiellement désignés.

Les sondages réalisés par les 6 principaux instituts ont, jusqu’ici, placé la plupart du temps Nicolas Sarkozy en tête des intentions de vote pour le premier tour, avec Ségolène Royal souvent juste derrière, parfois à égalité, de rares fois devant. Mais ils ont aussi révélé une progression fulgurante de François Bayrou, qui est venu ravir la position d’outsider à Jean-Marie Le Pen.

A J-3 la question reste toujours posée. Qui sera le (ou la) prochain (e) président (e) de France ? Les résultats nous dirons si les sondages avaient raison.

<I>Source : RFI</I>

LE COEUR OU LA TÊTE ?

<B>Le vote subtil</B>

■ Un premier tour, on choisit ; au second, on élimine. Ce principe simple est battu en brèche par le “vote utile”. Chaque électeur devient stratège, spécialiste de mécanique électorale. Je vote Bayrou au premier tour parce que lui seul peut battre Sarkozy au second. Je ne choisis pas Voynet, qui a ma préférence, pour ne pas permettre à Le Pen d’être qualifié... Le vote utile est de plus en plus subtil. Beaucoup d’électeurs ne se demandent pas pour qui ils voteront dimanche prochain, mais comment : avec le coeur ou avec la tête ? Mais le coeur a ses raisons, il n’en fait pas qu’à sa tête. Et un tête-à-tête avec soi-même conduit parfois à des coups de coeur inconsidérés. “Il faut voter pour ses convictions, il faut voter avec ses tripes”, nous dit Olivier Besancenot, qui introduit une difficulté supplémentaire. De là que certains indécis finissent par voter avec leurs pieds... Heureusement, les douze candidats nous ont un peu facilité la tâche. Désormais, ils sont tous favorables au vote utile. Et ils le disent : au premier tour, le vote utile, c’est moi.

<B>Robert SOLÉ</B> © Le Monde 2007. Distribué par The New York Times Syndicate</I>

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