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M. Varma raconte J. Koenig, S. Bissoondoyal et A. R. Mohamed

19 avril 2007, 00:00

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En avril 1982, la presse boolelliste met en exergue le livre que fait paraître M. Moonindranath Varma, The rise and the Fall of three Leaders (Sookdeo Bissoondoyal, Jules Koenig et Sir Abdool Razack Mohamed). Le fait que ces bienfaisantes biographies ne sont plus disponibles dans nos meilleures librairies plaide en faveur de leur réédition toutes affaires cessantes. Nos principales maisons d?éditions, dont Le Printemps et celles de l?océan Indien, font plus que ce qu?elles peuvent dans ce domaine mais elles ne peuvent sous-estimer sans risques certaines contraintes commerciales, d?autant plus qu?elles ne peuvent guère compter sur une quelconque assistance financière de l?Etat. Ce manque de rééditions de nos livres de référence doit interpeller chacun de nous : l??uvre existe, fin prête après des années de recherches, rédigée, mais épuisée après une première parution, pas assez ambitieuse faute de moyens financiers, toujours disponible cependant à de nouvelles éditions pour peu qu?un éditeur ou l?Etat s?intéresse à de tels projets si bénéfiques. Il existe, par ailleurs, de nouvelles générations de lecteurs que de telles rééditions pourraient intéresser. Il y a les jeunes qui ne pardonnent pas à leurs aînés de n?avoir pas pensé davantage à eux, en investissant en leur faveur dans l?acquisition de livres aussi précieux. Il y a ceux qui disposent aujourd?hui d?un pouvoir d?achat, qui hier encore, leur faisait défaut. Il y a les nombreux abonnés de nos rares bibliothèques publiques qui désespèrent de pouvoir y trouver des livres aussi intéressants pour notre histoire politique contemporaine que Rise and Fall of three Leaders de Moonindranath Varma.

Ce dernier connaît pourtant des choses fort intéressantes et sait surtout les raconter dans un langage accessible au plus grand nombre. Cet historien se double, en effet, d?un pédagogue né qui sait naturellement se placer à la hauteur de ses lecteurs pour captiver leur attention et la maintenir intacte jusqu?à une dernière page, arrivant toujours trop vite. Il sait raconter et jette de surcroît son dévolu sur trois dirigeants politiques, sur trois meneurs d?homme, trois maîtres à penser, sur trois êtres charismatiques aux yeux de deux tiers de la population mauricienne, à une certaine période de notre 20e siècle. L??uvre n?est pas irréprochable, diront les détracteurs de M. Varma. Qu?ils se mettent à l??uvre et nous prouvent qu?ils peuvent faire mieux que lui. Nous ne demandons pas mieux.

M. Varma rappelle que Sookdeo Bissoondoyal ne possédait ni voiture, ni téléviseur, ni téléphone. Exemple impossible à suivre, diront les rodeurs de boutte qui peuplent aujourd?hui notre arène politique. Ministre des Administrations régionales à la fin des années 1960, il se rend à pied à son bureau ministériel, sans éprouver le besoin de s?accompagner de gardes du corps. Jeune, il se laisse influencer par le parti du Congrès indien de Nehru, par Mohandas Karamchand Gandhi, par Subhas Chandra Bose. Son aîné, le professeur et missionnaire Basdeo Bissoondoyal, renforce encore cette influence indienne bénéfique sur le jeune instituteur qu?il est en début de carrière.

Sookdeo (né en décembre 1908) et Basdeo (né le 15 avril 1906) travailleront ensemble à l?émancipation des masses hindoues et d?origine indienne, le premier personnifiant davantage l?aspect politique de cette lutte commune et le second son volet religieux. La carrière pédagogique et politique de Sookdeo Bissoondoyal est, entre autres, marquée par des walk-out retentissants pour, entre autres, dénoncer une mesure néfaste au recrutement des enseignants de langues orientales. Il sera plus d?une fois emprisonné pour ses idées politiques. Ses élections législatives répétées dans le Sud, en 1948 et en 1953, et à Rose Belle en 1963 et en 1967, la fondation de son parti, l?Independant Forward Bloc (IFB), le 13 avril 1958, le ministère des Administrations régionales en 1967-70, sont d?autres étapes marquantes d?une carrière politique exemplaire. Ses discours au Parlement sont volontiers provocants et insolents. Ses interventions dans les rassemblements publics frisent la sédition. Il ne fera cause commune avec Seewoosagur Ramgoolam que pour l?Indépendance.

Moonindranath Varma explique sa défaite au No 13 aux législatives du 20 décembre 1976 par sa rigidité excessive et son intransigeance, par sa méconnaissance du potentiel politique de Guy Rozemont, par la trahison de plusieurs politiciens formés par lui, par l?absence de toute aile syndicale au sein de l?IFB, par un attachement excessif à la vie politique indienne, par son hostilité viscérale à Ramgoolam et à son PTr, par la faiblesse de sa communication et de ses relations publiques.

Moonindranath Varma estime pareillement que Jules Koenig fut meilleur homme et légiste que politicien. Autant peut-on le féliciter pour la solidarité qu?il manifeste à l?égard de Maurice Curé, des dockers, de Goolam Mahomed Dawjee Atchia, privé de mairat en 1936 par l?Union mauricienne, autant comprend-on mal son hostilité au suffrage universel et à d?autres avancées démocratiques et constitutionnelles.

Razack Mohamed se lance dans la politique en raison des déceptions que lui cause G.M.D. Atchia, acceptant de composer avec l?Union Mauricienne et l?oligarchie après avoir été ostracisé par elles. Il se fera le champion d?une communauté musulmane, sinon d?origine indienne, refusant l?aval d?une autre communauté, fût-elle dominante, pour désigner ses dirigeants et porte-parole. Il finit par créer le CAM en 1958 et à faire cause commune avec le PTr.

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