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Violoniste traditionnel de Chamarel

19 avril 2007, 00:00

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Louis L?Intelligent est un des rares violonistes de notre île jouant encore les airs de valse, mazurka, polka, scottish et autres musiques d?antan. Musiques qui faisaient danser dans les bals ?lontan?, mariages et autres festivités données tous les week-ends il y a une cinquantaine d?années encore. Plus qu?un passe temps, le violon pour Louis c?est ?enn lamour?, une passion.

Afin de préserver cette part de notre patrimoine en perdition, le Pôle régional des musiques actuelles a choisi d?immortaliser le violon de Louis dans un prochain album qui sortira en 2008. Il compte illustrer la musique mauricienne d?antan au côté d?artistes tels que Marclaine Antoine et Fanfan. À travers sa collection ? patrimoine musical de l?océan Indien ? l?association réunionnaise entreprend de préserver cet héritage musical. Elle est aidée dans sa tâche de l?oreille aiguisée de Fanie Précourt, ethnomusicologue réunionnaise du Pôle régional et des micros de Philippe de Magnée, ingénieur du son belge. ?Ce sont des traditions en perdition issues d?Europe, amenées à l?époque coloniale et qui furent créolisées fin du 19e, début du 20e siècle et qui connaissent une influence africaine dans leurs rythmes?, explique Fanie Précourt.

La prise de son est faite en extérieur, dans la cour de Ton Louis, sous les étoiles, les grillons grésillant. Il est 20 heures. Après avoir sorti avec précaution son violon de son étui, Louis passe de la résine sur son archet. La guitare et le banjo s?accordent sur le violon, l?enregistrement peut commencer.

Valse, boston, mazurka, scottish, polka et séga. Des airs d?une autre époque résonnent dans la nuit de Chamarel. Après la valse que jouait déjà son père, Louis se lance dans le rythme effréné de la polka. Son visage s?illumine, ses yeux pétillent. Il est dans son élément, malgré la fatigue, l?essoufflement, les doigts un peu rouillés. ?Moteur inn fini large?, regrette-t-il. L?enregistrement est terminé pourtant, Louis entonne encore un et puis deux morceaux. Il était accompagné de ses deux musiciens : son cousin, Ange, à la guitare et Rémy, son fils au banjo. Celui-là est à ses côtés depuis l?âge de 12 ans. Enregistrer cet artiste qui porte en lui la tradition mauricienne et l?âme des musiques anciennes, c?est fixer la mémoire à jamais. C?est aussi le transmettre aux jeunes générations et le faire connaître à travers le monde.

Né à Chamarel en 1926, ce père d?une famille a quatre filles et trois garçons. Il a commencé à jouer du violon à l?âge de 15 ans. Pas de méthode ou de professeur pour apprendre, quand on naît dans une famille de violoniste. Louis est bercé depuis sa plus tendre enfance par les airs de violon et de banjo : ?Monn aprann par momem, sel kiksoz ki pa kav aprann.?

À l?époque, n?ayant pas son propre violon, il s?entraînait sur celui de son oncle et de ses amis. Il se souvient encore de son premier violon. C?est son oncle habitant Curepipe qui le lui a offert à l?âge de 24 ans. Il était parti vivre chez lui pendant une année et faire partie d?un ensemble de jazz. ?Mo tonton ti donn mwa enn trwa kar pou mo zoue ek monn gard li.?

Mais voilà que durant le cyclone Alix, sa maison à Chamarel s?envole. ?Ti bizin swazir : mo violon ou bie mo lavi?? C?est ainsi qu?il a perdu son premier violon.

Depuis, Louis en a eu plusieurs de violons. Il ne les compte plus. Si sa réputation le précède à travers l?île, il faut dire qu?il a d?abord sillonné le pays de bal en bal, de mariage en anniversaire, violon à la main. Il a fait vibrer ses cordes aux quatre coins de l?île.

Des airs connus ou des compositions. Louis aime ces musiques d?antan qui rythmaient les bals populaires et les mariages tous les week-ends. ?Ti zoue tou le semenn lontan. Dan bann mariaz sa kantite dimoun tiena, pena plas pou reste, dimounn danse mem !?

Accompagné de quelques amis musiciens, Louis se remémore avec plaisir ces fêtes lors desquelles il jouait jusqu?à 5 heures du matin. ?Ti zwe enn lanwit net, monn deza zoue enn lanwit tou sel ! Ti ankor zenn, ti gayar !?

Que ce soit dans des soirées dans un hôtel au Morne, des bals lontan, un mariage chez la famille Koenig à Mahébourg ou lors de l?inauguration du Caudan, Louis et ses groupes font danser des salles pleines à craquer ! ?La kaz ti an pay, ti dans lor planse, lipie lor planse ti fer enn lamizik mem.? Tantôt appelés le Chamarel Musical Group, tantôt le Black Minstrel.

Mais si aujourd?hui Louis est l?un des derniers violonistes jouant ce répertoire traditionnel de l?île, à l?époque, ils étaient nombreux. ?Pa tiena lagitar samarel sa letan la.? Mais aujourd?hui, il déplore qu?aucun de ses petits-enfants n?ait appris le violon, ceux-ci préférant gratter les cordes de la guitare. ?Pena personn pou pran la relev !? Louis est la mémoire d?une autre époque, d?une tradition en perdition.

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