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Feuille de déroute
<B>Par Akilesh ROOPUN</B>
La feuille de route de la réforme sucrière rencontre un nouvel obstacle. Les sucriers accusent le gouvernement de changer les règles du jeu à une conjoncture cruciale de la réforme, soit à un moment où trois usines, en l’occurrence Mon-Loisir, Mon-Trésor et Riche-en-Eau s’apprêtent à entamer leur dernière coupe.
Les autorités viennent imposer de nouvelles conditions pour autoriser leur fermeture. Les producteurs devront céder à l’État entre 1 500 et 2 000 arpents de terre pour des projets d’intégration sociale. Mais ces producteurs estiment que c’est trop demander et que dans ces conditions, le dégraissage des effectifs n’est plus économique.
Déjà, sous la formule précédente, il y a eu des grincements de dents. Ils se sont plaints de ne pas avoir reçu une part équitable des mesures d’accompagnement de l’Union européenne, ces enveloppes allant essentiellement au financement du coût social des licenciements programmés.
Outre le dégraissage des personnels et la centralisation continue des opérations usinières, l’industrie doit investir massivement pour se moderniser et diversifier ses sources de revenus dans de différents créneaux tels la production énergétique, la production de l’éthanol et le raffinage des sucres. Le Multi Annual Strategy Action Plan (MAAS), le document de base de la réforme sucrière, préconise la conversion des usines qui resteront en des “flexi-factories” dans un contexte du “cluster” canne à sucre.
Cette reconversion demande des ressources considérables et les producteurs devront davantage s’endetter pour obtenir le financement nécessaire.
Les nouvelles exigences du gouvernement viennent mettre un frein au processus de restructuration de l’activité sucre. Pour rentrer dans les frais avec la baisse de 36 % du prix du sucre, il faut un secteur beaucoup plus léger en termes de coûts, et flexible en termes d’activités.
Les autorités tergiversent trop sur ce dossier au point de mettre en péril cette réforme vitale. Il est temps que l’activité sucre devienne un business comme un autre. Le “voluntary retirement scheme” (VRS) 2 et les départs sous la centralisation, sont une étape décisive dans la réalisation de cet objectif car ils permettent au secteur de disposer de la main-d’œuvre surnuméraire. Encore faut-il s’assurer que les coûts sociaux ne soient pas trop onéreux.
Il est vrai que les producteurs obtiennent eux aussi des “faveurs” en contrepartie de leurs “concessions”. Le prix auquel ils revendent de l’électricité au Central Electricity Board est subventionné. Leurs différents projets de développement immobilier, tels les “integrated resorts schemes” promettent des retours lucratifs.
Le cours des actions sucrières à la Bourse ne semble pas être perturbé par les instabilités dans le secteur tant à Maurice que sur le marché européen. Ceux qui achètent ces titres misent davantage sur les opportunités de développement immobilier et foncier des sociétés sucrières que sur celles du sucre et des filières annexes.
Tout cela ne peut en aucun cas justifier les tentatives d’empêcher la réforme selon les termes énoncés dans le MAAS. Certes, les ajustements sont possibles, mais ils doivent être strictement guidés par des considérations économiques. Comme par exemple, une demande accrue de l’éthanol sur le plan mondial comme substitut au carburant de l’automobile.
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