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Rama Poonoosamy, directeur de l?agence Immedia :?Ena dimounn per ?enn sel lepep, enn sel natyon??

2 avril 2007, 00:00

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20 bougies pour Immedia. Dans quelle direction comptez-vous aller ?

Je souhaite continuer, essayer de faire mieux. (Sourires). OK, Progre bizin kontinie pou Immedia ousi. L?important est de créer, de partager. C?est le sens que je donne à la vie : partager ce qui est beau, ce qui est bien, ce qui est bon.

Vous êtes producteur. Susheela Raman et Cesaria Evora se produisent à la Réunion ce mois-ci, Diam?s en mai, Olivia Ruiz en juin. Pourquoi pas à Maurice ?

Pour Cesaria Evora, la dernière fois qu?elle était dans l?océan Indien, nous étions intéressés et puis cela ne s?est pas fait. Le pouvoir d?achat à La Réunion est plus élevé. Culturellement, La Réunion est plus active grâce aux différents types de soutien aux événements artistiques mis en place là-bas. Vous avez le Conseil régional, le Conseil général, les mairies et l?Office départemental de la culture qui ont tous des budgets pour la promotion dans toutes les sphères d?activités.

Le théâtre à La Réunion n?a rien de comparable à celui de Maurice. En 1982, quand on avait défini la politique culturelle, on avait pensé à la dimension du soutien à la création, on avait organisé les Assises de la culture, mais on a eu juste neuf mois. Les artistes peintres avaient demandé la détaxe d?équipements pour le théâtre, le festival national reconnaissait le créole et le bhojpuri à partir de 1982.

Immedia produit le festival de théâtre de Port-Louis. C?est devenu un moment attendu en août de chaque année. Quel regard jetez-vous sur le théâtre ?

Les bonnes volontés existent. Il y a eu un certain nombre de productions bien que peu de jeunes aient émergé. C?est parce qu?il y a moins de gens qui font du théâtre qu?il y a 20 ans. Moins de gens vont au théâtre à cause de la diversification des activités de loisirs.

Par contre, depuis la création des spectacles d?humour, il y a 11 ans, le terme ?imoris? est entré dans le vocabulaire local. C?est un mot qui n?existait pas auparavant. Il y a encore des gens, qui viennent acheter des places de spectacle en demandant des ?biye spektak imer (NdlR : comprenez ?humeur? pour ?humour?)?. Humoriste est devenu un métier chez nous.

Vous parlez de diversification des loisirs. Que répondez-vous à ceux qui disent qu?il y a un manque de loisirs à Maurice ?

C?est sûr qu?il y a moins d?événements que dans une métropole. Mais ces gens qui disent qu?il n?y a pas suffisamment d?activités culturelles, est-ce qu?ils assistent aux événements même s?ils sont rares ? Quand il y a des activités, lerla mem dimoun la ena enn mariaz ou soi laniverser so zenfan. Si les salles sont remplies et qu?il y a une demande pour d?autres représentations, on peut comprendre. Les gens sont sélectifs. Il faut leur proposer quelque chose de suffisamment attractif pour qu?ils se déplacent.

Et sur la question du prix des billets jugé souvent trop cher ?

Pour tous les concerts, Immedia s?associe à des sponsors pour financer la production d?une part et subventionner en partie le prix du billet d?autre part, justement en raison du pouvoir d?achat du Mauricien moyen. Nous offrons une palette de prix pour les billets, notamment pour les concerts au centre de conférences à Pailles. Ce n?est pas toujours possible, dépendant du lieu où se tient l?événement. Beaucoup de Mauriciens se souviendront que pour le concert de Dorothée et Les Musclés, le billet était à Rs 100. C?était en 1992. Ils étaient épuisés en deux jours.

Nous avons parlé d?artistes qui marchent en France. Venons-en à ?Kosté pep mizikal?. C?était votre concept en 2005. Avons-nous une réelle conscience indianocéanique ?

Nous sommes plus sensibles à ce qui vient de l?Inde, de l?Europe et de l?Amérique. C?est un constat. Nous le sommes moins pour ce qui vient d?Afrique. Est-ce que les radios diffusent des chansons comoriennes ? Il y a certainement plus de couverture au niveau de La Réunion et des Seychelles. Même Madagascar est moins présente. Pourtant, il y a eu des efforts, dont ceux de Cassiya.

La société mauricienne a changé. Li kouma enn fami ki rann vizit so bann pros me parski li ena sans al pli loin li zoinn so bann pros pli rarman. Les rapports culturels sont dynamiques, donc changeants. C?est une question d?intérêt, de tendance, de contraintes économiques. On pense à ce qui est plus lucratif, c?est normal.

Tout cela me rappelle Rann nou later, rann nou lamer, une chanson de l?époque, qui parlait de rapprochement des îles.

?Kosté pep losean indien??

Vous parlez de Patrick Victor. Je l?ai invité au moins quatre fois à Maurice, dont une fois au Boum Mizikal en 1991. J?ai aussi invité Gilbert Pounia de Ziskakan? C?est l?aspect historique. C?est à partir des années 70 qu?il y a eu une prise de conscience. L?ouverture au monde a commencé par l?océan Indien, même par rapport à Rodrigues. C?est important de construire des ponts entre les humains. C?est d?ailleurs ce qui avait été défini dans la politique culturelle en 1982.

Vous avez été ministre des Arts et de la Culture. Que vouliez-vous entreprendre ? Que reste-t-il de ce que vous aviez démarré ?

Ena enn koze ki dir, ?si ou pa konn 82 ou sagrin, si ou konn 83 ou regrete?. C?est en 1982 que nous avons vécu l?un des plus grands moments du mauricianisme. Bien sûr, il y en a eu d?autres, comme pour les Jeux des îles en 2003. Avant, les gens étaient plus conscients de la nécessité de construire l?identité mauricienne. Une mouvance culturelle a accompagné notre croissance économique.

Aster ena dimoun per ?Enn sel lepep, enn sel nasyon?. Certains y ont associé des choses justement pour faire peur aux gens.

Je suis avant tout un humain, c?est par accident que je suis né à Maurice. Je me souviens du 12 mars 1968. Je n?ai pas pu aller à Champs de Mars ce jour-là parce qu?en janvier, il y avait eu les bagarres raciales. Quand j?ai vu hisser le quadricolore sur ma télé en blanc et noir, j?ai fait le v?u de contribuer aux efforts nationaux pour faire reculer le communalisme. J?avais 16-17 ans. J?ai commencé dans le sport. C?est un principe qui a guidé ma vie. Le mauricianisme, c?est l?esprit d?ouverture. (Rama Poonoosamy s?excuse par la suite, dit être ?mal placé? pour commenter la politique culturelle actuelle).

Sous quelle forme existe le mauricianisme ?

Il y a un courant unitaire caractérisé par l?ouverture, une façon positive et mûre et voir les choses. Bien sûr, il y a des courants contraires recroquevillés sur eux-mêmes. Pour revenir à la politique culturelle définie en 1982, c?était de faire confiance au génie mauricien, de reconnaître que nous avons un génie créateur. C?est dans cet esprit par exemple que nous pour les 15 ans de l?Indépendance le lever de drapeau à minuit.

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