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CHA : les maisons du bonheur
Elle respire le bonheur. Devenir propriétaire d?un terrain, cela, May Coret, 68 ans, ne l?aurait jamais imaginé. Depuis mercredi, jour où elle a appris que les résidents de l?ex Central Housing Authority (CHA) pourront être propriétaires de leurs terrains après que le projet de loi, le State Lands (Amendment) Bill a été voté au Parlement, elle jubile.
La sexagénaire voit la vie sous un autre angle. « Zame mo ti a kroir », soupire-t-elle, en jetant un regard sur la maison de Cité Vallijee qu?elle a occupée depuis sa jeunesse. C?est entre ces murs qu?elle a élevé ses trois enfants, eux-mêmes aujourd?hui chefs de famille. Même si elle avait l?habitude de dire « chez moi », désormais cela prend un tout autre sens.
Il est vrai que la maison et son entourage immédiat ont bien changé depuis qu?elle et sa famille en ont franchi le seuil. Quatre chambres sentant encore la peinture, une cour caillouteuse parsemée d?arbustes et des chiens errants comme invités indésirables. Il a fallu du temps et des sacrifices pour que la maison devienne leur sweet home. Son mari forgeron, travaille alors dur pour payer les Rs 25 mensuelles à la CHA.
May, malgré le fait qu?elle a trois enfants à élever, tient à contribuer au budget familial en travaillant dans une biscuiterie à la rue Moka. Lorsque la dernière traite de la maison a été payée beaucoup plus tard, les Coret ont eu envie d?espace. « Nous avons alors contracté un prêt pour agrandir la maison, car nous souhaitions que les enfants vivent chez nous après leur mariage », affirme May. Une varangue, pour se prélasser quand il fait beau, est ajoutée à la demeure qui commence à avoir de l?allure.
Leur patience est récompensée
Elle a un pincement au c?ur en pensant que ses enfants ont choisi d?avoir leur propre demeure. « Je les comprends. Ce n?est pas facile quand on n?a pas un coin à soi. » Elle se remémore alors sa propre expérience et les événements qui l?on conduite à Cité Vallijee. Comme beaucoup de foyers modestes, le sien avait été touché par le cy-clone Carol dans les années 60. « J?étais déjà mère de deux enfants. Notre maison détruite, nous avons dû trouver refuge ailleurs? »
Et c?est dans un wagon que la petite famille élit alors domicile. May vivra deux ans chez ses beaux-parents, avant qu?on ne vienne lui annoncer un jour qu?elle doit se présenter à la poste pour récupérer une lettre. « Je l?ai lue à plusieurs reprises, et je n?arrivais pas à croire ce que mes yeux voyaient : j?allais avoir une maison. » C?est sous l?impulsion de sir Seewoosagur Ramgoolam, alors Premier ministre, et de sir Abdool Razack Mohamed, ministre du Logement et des Terres, que ces maisons à faibles coûts furent construites sur des terres de l?État.
Mais la famille Coret préfère habiter Port-Louis, lieu où elle a vécu pendant des années. « Les autorités nous offraient une maison à Cité Richelieu, que nous avons refusée. J?ai alors entamé les démarches pour obtenir une maison ici. » L?attente est insupportable mais les Coret tiennent bon et finalement, leur patience est récompensée.
L?histoire de Dario Antoine, 45 ans, est à peu près la même. Sauf qu?il avait, lui, six mois lorsqu?il a emménagé à la maison sise à la rue Florida, Cité Vallijee. Et elle ne ressemble plus à la demeure qu?il a connue étant enfant. Il y a quelques années, un étage a été ajouté par son frère. Avec son balcon fleuri, sa peinture toute fraîche, c?est une jolie maison que nous montre l?un des deux propriétaires des lieux.
D?une terre aride à un jardin fleuri
« Je vous avoue que je ne reconnais plus le quartier, tout a changé », confie cet employé de la municipalité. Rares sont les maisons et les cours qui n?ont, en effet, pas connu d?amélioration. « Sakenn inn fer so ti zefor, pez nene bwar deluil pou progrese. » La maison que leur ont léguée leurs parents n?avait que quatre chambres et, comme toutes ces maisons à l?époque, elles ne comprenaient pas de cuisine.
Le toit en tôle laissera plus tard la place à une dalle en béton. Et pour permettre la construction d?un étage, il a fallu renforcer les fondations et ajouter des colonnes pour soutenir le poids supplémentaire. De plus, la clôture en tôle et en bois a été remplacée par un mur en béton, et la cour, auparavant une parcelle de terre aride, est aujourd?hui un jardin fleuri.
La débrouillardise et l?envie d?avancer ont ainsi été la devise des Antoine. « Aujourd?hui je suis un homme heureux. Notre mère s?est battue pour avoir un coin. C?est à nous désormais de continuer son ?uvre et de la parfaire », confie Dario. Pour sa famille et lui, l?acquisition de ce terrain, après s?être acquitté de Rs 2 000, viendra couronner toutes ces années d?efforts et de sacrifices.
Du côté des squatters?
D?un côté, il y a des heureux et de l?autre, ceux qui n?arrivent pas à trouver la lumière au bout du tunnel. Davilla Phokeerdass ne sait plus à quel saint se vouer. Propriétaire d?une maison à Curepipe, elle l?a confiée à une agence immobilière en 2005 pour qu?elle soit louée.
« J?ai compris que le ministère de la Justice cherchait une maison. Et j?ai cru qu?elle allait servir à l?installation d?un bureau », dit-elle. Mais ce sont trois familles d?anciens squatters d?un terrain de football à Camp-Levieux qui y élisent domicile. Le contrat de location, effectué au nom de François Ecroignard, alors attaché de presse du ministre de la Justice, Rama Valayden, mentionne une location d?un montant de Rs 4 500. Davilla Phokeerdass allègue que plusieurs mois de location lui sont dus et que les démarches pour récupérer son argent ont été vaines. Nous n?avons pu obtenir une déclaration du ministre de la Justice à ce sujet.
« Cela nous désole de voir cette dame dans cet état. Mais j?espère que nous aurons bientôt notre maison », affirme Monique Nanette l?une des occupantes de la demeure. Il y a toutefois un espoir. En effet, 76 familles seront relogées dans trois mois à Bambous, le temps que les travaux d?aplanissement soient terminés. C?est, du moins, ce qui a été annoncé vendredi au cours d?une réunion entre les sans-logis et les autorités concernées.
« Zot inn dir nou ki terin ki ti pou donn nou avan pa ti bon. Aster finn gaign enn lot terin Bambous », explique notre interlocutrice.
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