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Sans compromis!
par Nazim ESOOF
Lorsque les politiques s?en mêlent, il faut craindre le pire. La religion risque de ne plus être ce qu?elle est. En prenant l?initiative d?une plate-forme commune pour défendre le principe de l?utilisation des haut-parleurs destinés à l?appel des fidèles à la prière, des politiques de foi musulmane se posent comme défenseurs d?un ordre divin, sans une once de pudeur. Faire de la religion l?otage de leurs calculs et de leurs grandes intrigues électoralistes relève de l?inconscience. On court ainsi le risque de solder sa foi à l?aune des bondieuseries. C?est aujourd?hui le rapport que des nombreux Mauriciens ont développé avec les politiques dès qu?il est question ?de défense et de promotion? des valeurs religieuses.
Le débat est lancé et on ne peut plus l?escamoter. L?islam de plus en plus pose problème. Tant il est question de son inadaptabilité au monde moderne. De son opposition aux valeurs occidentales. De ses archaïsmes et arthritismes idéologico-dogmatiques. Du gouffre qui le sépare de la démocratie, du libre-échange, du droit? Dans notre petite île Maurice, les uns furètent du côté du complot. Les autres se laissent instrumentaliser. Le danger guette. Parce qu?il y a risque d?un faux débat, avec tout le monde se mettant d?accord pour ne pas froisser les susceptibilités des uns et des autres.
Or les vrais enjeux sont peut-être ailleurs. On a beaucoup parlé ces derniers temps du respect et du partage entre les religions. Ou encore du droit des croyants d?exprimer librement leur foi. Ce sont des libertés que personne ne peut contester. Mais il est aussi d?autres libertés dont on ne parle jamais, comme celles dont devraient légitimement jouir les athées et les agnostiques. S?est-on déjà demandé s?ils ne sont pas incommodés par le pharisaïsme ambiant qui caractérise ce pays?
Il est temps de remettre les choses à leur place. Ce n?est pas à Shakeel Mohamed ou à Sam Lauthan de venir défendre le haut-parleur du muezzin. L?islam peut facilement faire l?économie de ces croisés des temps anciens en mal de publicité. Qu?y a-t-il en fait à défendre? Le haut-parleur? Ou alors des chapelles d?électeurs à sécuriser? En tout cas, une chose est sûre. Il y a de nombreux politiques dans ce pays qui évitent de débattre des vrais enjeux de société.
Mais il n?est pas seulement question d?eux ici. Il s?agit d?un corpus de croyances et de pratiques qui interpelle une société dans sa maturité. Nous avons déjà commis un premier faux pas en laissant à des contorsionnistes la latitude de pourrir le débat. Mais il est encore temps de se rattraper. L?islam traverse déjà une crise d?identité plutôt profonde. Entre la dépossession de sens qui le menace et la tension existante avec des pensées hors des horizons de la charia, l?islam est souvent contraint à se défendre plutôt qu?à se laisser vivre. Ses apôtres contemporains apprendront-ils un jour à le dire, à le réciter en toute objectivité et sans ?illère aucune? Mais sans les haut-parleurs et sans compromis aucun.
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