Publicité

Duval : une alliance élargie gagnera

28 mars 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Enième interview de Gaëtan Duval à la presse avant les élections du 11 juin 1982. Il est intéressant de la relire avec un recul d’un quart de siècle. En ce qui concerne la période précédent le 11 juin 1982, il a tout faux ou presque. Au-delà de cette période, en revanche, il commence à voir diablement clair. A aucun moment, Gaëtan Duval n’anticipe pourtant une possible brouille entre Paul Bérenger et Anerood Jugnauth mais il pressent plus clairement l’inévitable travail de sape d’Harish Boodhoo qui finira par tout remettre en question y compris la victoire électorale la plus large et la plus complète qui soit des 60-0 du 11 juin 1982. Ce qui est impossible en mars 1982 deviendra possible, sinon en mars 1983, au moment de la cassure définitive du MMM, du moins dans les mois qui suivront. L’histoire est là pour confirmer que l’alliance élargie et victorieuse que Gaëtan Duval souhaite ardemment, s’il ne l’obtient pas en mars 1982, il l’aura en août 1983. Il s’agira de l’irrésistible alliance bleu-blanc-rouge.

Il explique qu’il se présente pour la 3e fois en 15 ans à des élections générales en tant que leader du PMSD, pour la bonne raison qu’il n’a pas trouvé quelqu’un capable de le remplacer à ce poste. Il a fait confiance en Eliézer François et l’a même nommé leader adjoint du PMSD. Mais ce dernier le déçoit à plusieurs reprises. Il recourt à des mesures administratives contre des habitants des cités ouvrières que Duval ne peut accepter. Ses prétentions politiques, que Duval juge ridicules, provoquent la rupture totale entre les deux hommes.

Duval dit avoir proposé mais vainement à son ami Philo Blackburn, d’intégrer son PMSD, d’en devenir le secrétaire général avec la possibilité de lui succéder comme leader de parti. Il considère que Philo Blackburn n’est pas libre puisqu’il demeure un employé de l’industrie sucrière. Il le sait sans assise populaire, tant au sein de la classe ouvrière qu’en celui des communautés d’origine indienne. Il ne contrôle même pas la bourgeoisie créole qui demeure divisée entre sympathisants du MMM, de Gaëtan Duval et d’une minorité d’intellectuels se ralliant timidement aux espoirs que représente le RPL. Ce sont des croyants mais non pratiquants. Le leader du PSMD dit se souvenir avec tristesse de l’échec d’un Edouard Lim Fat aux élections de décembre 1976.

Pour Gaëtan Duval, un leader politique ne se préfabrique pas. On ne l’obtient pas après des années de formation dans une université anglaise. On ne devient pas un leader politique parce qu’on est le “nominee” d’une partie du secteur privé.

Duval sait pertinemment bien qu’il ne pourra jamais remplacer Seewoosagur Ramgoolam dans le cœur d’une majorité de l’électorat hindou. Il sait, en revanche, qu’il peut apporter au leader inamovible du PTr ce qui lui manque le plus, à savoir un ministre des Affaires étrangères capable de canaliser toute l’aide et l’apport commercial, industriel et touristique de certaines puissances étrangères. Il sait que son PMSD jouit d’une sympathie certaine au sein de toutes les communautés ethniques de Maurice, qu’il apporte, à toute alliance avec le PTr et le CAM, la possibilité d’un mouvement, d’une relance économique.

Duval ne veut pas, en revanche, entrer dans une alliance hétéroclite condamnée à l’immobilisme et à la paralysie générale, sous prétexte qu’avant de remuer le petit doigt, il faudra obtenir l’accord obligatoire de Pierre, Paul, Jacques. Il ne se laisse pas arrêter par l’absence d’équipe solide autour de lui. Des conditions, trop favorables, en 1982, aux MMM-PSM, ne se prêtent pas à un ralliement digne de ce nom. Les choses peuvent évoluer. Ce qui n’est pas possible aujourd’hui peut le devenir demain.

Il ne voit pas l’alliance MMM-PSM durer indéfiniment. Il se méfie d’Harish Boodhoo, de sa formation au sein du Seva Shivir. Ce dernier fait alliance avec Paul Bérenger pour seulement régler ses comptes avec Seewoosagur Ramgoolam et la vieille garde du PTr. Il est prisonnier de ses partisans. Il est leur leader. Il doit donc les suivre. Il ne peut les conduire là où il veut. Il condamne l’indécision chronique de Seewoosagur Ramgoolam. Gaëtan Duval accepte même de collaborer avec un gouvernement dirigé par Jugnauth. Mais il ne fera jamais alliance avec Paul Bérenger.

Publicité