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Le syndrome Amul

28 mars 2007, 00:00

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par Raj Meetarbhan

C?est sans complexe que le ministre du Commerce, Rajesh Jeetah, a annoncé au Parlement hier que ?le gouvernement interviendra encore sur le marché si la situation le requiert?. Cet homme qui s?est fait ébouillanter dans l?affaire du lait indien Amul et qui a reçu des coups pour avoir déséquilibré le marché des barres de fer, n?a pas tiré les leçons de ses maladresses. Il veut maintenant bétonner sa réputation d?aventurier en jouant avec le ciment. Il promet d?autres interventions de l?Etat sur ce marché.

Le principal effet négatif de l'interventionnisme d'Etat, c'est le signal qu?il envoie auprès des investisseurs. Le pays aura beau faire miroiter les avantages de l?ouverture et la libéralisation aux investisseurs, rien n?y fera si les agissements de Rajesh Jeetah continuent à les effrayer. Hier, au Parlement, le ministre a reproché au secteur privé de vouloir ?maximiser ses profits?. Sait-il que cela fait longtemps que les socialistes et les gauchistes ont réhabilité le mot profit ?

Il y a, plus que jamais, deux visions de l?économie qui s?affrontent au sein du gouvernement. Pour l?une, l?Etat doit créer les conditions permettant aux entrepreneurs de produire des richesses. Pour l?autre, l?Etat est dans son rôle quand il se substitue au privé et il importe ou commercialise des produits. Si ce choc entre le libéralisme et le travaillisme à l?ancienne tourne à l?avantage de ce dernier, l?environnement économique dans ce pays deviendra vite un frein au business. C?est la population qui en pâtira.

L?exemple des perturbations induites sur le marché du fer par la méthode Jeetah est troublant. La fermeture de la compagnie Desbro, après celle de Consolidated Steel, a ouvert la voie à un monopole exercé par le Sud- Africain Murray & Roberts. Cette situation, préoccupante pour les consommateurs, est la conséquence directe de la volonté politique des autorités de contrôler le marché. Une politique qui a été, comme prévu, contre-productive.

Dans le cas du ciment, également, le ministre engage le pays sur une pente dangereuse en forçant la STC à jouer davantage un rôle d?opérateur. Le problème, c?est qu?une compagnie d?Etat, placée sous la tutelle de politiciens est souvent incapable de prendre des décisions basées sur la rationalité économique. La crise actuelle à Mauritius Telecom illustre parfaitement cela.

Rajesh Jeetah a révélé, hier, que suite à une réunion tenue le 22 janvier, les deux importateurs de ciment, Holcim et Lafarge, avaient fait comprendre qu?ils n?allaient passer aucune commande étant insatisfaits de la marge de profit que le gouvernement leur avait accordée. A un moment où le secteur de construction est appelé à connaître un boom, on peut imaginer le désastre si le fer et le ciment arrivaient à manquer.

Certes, le marché doit être régulé, encadré. Le ?Competition Bill? annoncé depuis longtemps devra sanctionner les cartels, les collusions et l?affairisme. L?Etat peut intervenir, mais seulement pour garantir la concurrence et défendre les consommateurs. Il ne peut pas se déguiser en opérateur.

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