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Métiers émergents : Formation tous azimuts
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Métiers émergents : Formation tous azimuts
L?économie mauricienne change de visage. Elle passe d?une industrie manufacturière et agricole à une économie de services. Les emplois dans les nouveaux secteurs tels que les technologies de l?information et de la communication (Tic) et les services financiers seront plus nombreux jour après jour. Avec les spas, le marché bouillonnant des bulles fait surface. L?environnement crée de l?emploi. Déchets et énergies renouvelables : les éco industries sont en plein essor. Des gisements d?emplois qui ne demandent qu?à être creusés. Il faut aussi compter sur les services à la personne (voir hors-texte), véritable vivier d?emplois à développer.
Le Human Resource Development Plan (HRDP) qui sera officialisé le 4 avril dresse une liste des besoins des employeurs dans les différents secteurs de l?économie. ?Nous avons sollicité la collaboration de 15 000 employeurs durant l?année écoulée pour établir ce plan et il en ressort que le Business Process Outsourcing tient le haut du pavé. Que ce soit la sous-traitance médicale, financière ou légale. Des firmes légales sont venues et viendront de plus en plus s?implanter à Maurice. Uniquement en ce qui concerne les centres d?appels, 2 000 emplois seront à pourvoir d?ici décembre.? souligne Somanun Seegoolam, directeur du Human Resource Development Council.
Les cabinets de recrutement confirment que les Tic demeurent un grand pourvoyeur de nouveaux métiers. S?ils n?ont aucun mal à trouver des informaticiens qui ont, certes, une excellente formation de base, ils peinent à dénicher ceux qui ont acquis une formation plus pointue. ?Il faut avoir des compétences dans des langages informatiques précis. C?est l?expérience et le travail de terrain qui sont essentiels et tel n?est pas encore tout à fait le cas dans ce domaine. Les clients ont du mal à embaucher des développeurs de logiciel.? C?est ce que relève Juliette Halbwachs, directrice du Service Bureau et d?Executive Search. L?infrastructure des Tic est bel et bien là mais il reste à en développer le contenu. Outre les webmasters et les netsurfers, il faut des web planners et des trafic managers. Ce qu?on voit présentement en Internet n?est que le balbutiement de ce qu?on y verra dans 10 ou 20 ans.
Manque de cadres spécialisés
Un métier nouveau en grande demande des sociétés internationales basées à Maurice est le manager en communication. Ce professionnel est tenu de communiquer avec les différents partenaires sur les projets de la société et s?occuper de la sous-traitance en général. ?Avec le phénomène de la globalisation et de l?implantation des sociétés étrangères à Maurice, la donne change dans toutes les sphères de l?emploi. Il ne suffit plus d?avoir un manager en ressources humaines. Les sociétés recherchent des experts en psychologie industrielle pour mettre en place les structures nécessaires afin de rendre la vie en entreprise plus agréable,? déclare Thierry Goder, manager du DCDM Recruitment Services.
Aujourd?hui avec la percée de l?offshore beaucoup de sociétés sont prêtes à embaucher un auditeur interne et ne le trouvent pas forcément aux dires des cabinets de recrutement. Ce fameux trust administrator s?assure que toutes les sociétés auxquelles il a affaire fonctionnent conformément aux régulations et lois en vigueur afin d?éviter les mauvaises surprises. ?Certes, dans la finance c?est primordial. Mais beaucoup de jeunes Mauriciens n?acquièrent que le diplôme de base en comptabilité comme il y a dix ans. Aujourd?hui, la formation doit être beaucoup plus pointue. Ceux qui se spécialisent dans un métier de risk management ont toutes les chances de se trouver un emploi très vite,? poursuit Thierry Goder.
?La carrière professionnelle progressera davantage à l?horizontale, dans des postes variés qu?à la verticale, en des promotions hiérarchiques.?
Même son de cloche du côté de Juliette Halbwachs qui déplore que dans le domaine de l?offshore, les offres piétinent beaucoup. ?Les employeurs me demandent des trusts administrators avec quatre ans d?expérience. Où vais-je trouver cela?? se demande-t-elle. ?Pourtant ils sont essentiels pour la bonne marche de l?entreprise. Ce sont de véritables chiens de garde pour surveiller la provenance des financements. Ils mènent des enquêtes et s?assurent que tous les paramètres sont respectés. Ce sont les incontournables compliance people.? Ceux-là sont plus aptes à gérer les dossiers des clients puisqu?ils doivent obligatoirement être détenteurs de diplômes en droit et de l?Institute of Chartered Secretaries and Administrators. Autre métier de l?audit dont la demande s?est accrue depuis un an c?est le contrôleur de coût.
Mais qui dit nouveau métier, dit formation obligatoire. ?Former tous azimuts, c?est notre seule planche de salut. Nous avons des ressources mais elles sont encore basiques. Et l?expérience des employés dans ces nouveaux domaines est forcément limitée,? constate Juliette Halbwachs.
L?employé modèle de demain se doit d?être polyvalent, excellant dans toutes les facettes de son métier. Sa carrière ne sera plus caractérisée par une date de début et de fin dans un seul et même job. Elle progressera plus à l?horizontale, dans des postes variés qu?à la verticale, en des promotions hiérarchiques. C?est du moins l?avis des experts. Aussi, se profile de plus en plus un responsable de formation au sein même des entreprises. ?La demande d?un training manager est toute nouvelle mais elle devient récurrente. Preuve que la formation continue sera une notion incontournable dans le monde du travail de demain,? précise Thierry Goder. C?est aussi ce qu?a aussi démontré l?enquête du HRDC. ?Lors de l?élaboration du HRDP le constat est tel que les employeurs déplorent un manque évident de gens formés dans les secteurs émergents. Et cela prendra du temps pour le faire,? s?inquiète Somanun Seegoolam.
Ajouté à cela, il y a une question d?attitude au travail. Ceux qui ont été formés mais qui ont abandonné leur emploi pour un travail plus ?traditionnel?. Le syndrome du 9 heures ?16 heures a la dent dure. Les horaires de nuit font peur. Les parents ne veulent pas que leurs enfants travaillent tard. Pourtant les secteurs émergents doivent opérer sur la base de 24/24 et sept jours sur sept. ?Les multinationales étrangères nous font le reproche de ce stéréotype mauricien du 9 heures - 16 heures. La mentalité doit changer si nous voulons véritablement nous engager à travailler à un niveau élevé,? estime Thierry Goder.
Pendant qu?on assiste à la naissance de certains métiers, on se demande pourquoi d?autres tardent à faire surface. La Mauritius Institute of Health dispense, certes, des cours concernant le diabète aux professionnels mais pourquoi n?a-t-on pas de diabétologue dans un pays avec un taux si élevé de diabétiques ? ?C?est que les jeunes ne choisissent, hélas, pas leurs filières par rapport à la demande.? répond Somanun Seegoolam. Le HRDP de l?HRDC et la List of Indicative Priority Field of Study de la Tertiary Educational Commission viennent remédier à cela. Les jeunes s?apprêtant à commencer leurs études et les institutions de formation publiques et privées sont invités à les consulter. ?Comme dans tous les pays, à Maurice aussi, il y a forcément un décalage de temps entre un métier qui émerge et la formation dispensée en ce sens. Mais, globalement nous réagissons bien. Par exemple, l?université de Maurice a instauré un Msc. en Finance et Risk Management ou un diplôme en sciences marines pour pallier le manque de formation dans ces domaines,? nous assure Dr Praveen Mohadeb, Acting Executive Director de la Tertiary Education Commission.
D?autres métiers dans des secteurs émergents pour lesquels il est opportun d?avoir une formation adéquate se profilent à l?horizon. Des experts en tout genre pour la construction des bâtiments et la réhabilitation du paysage. Les autorités sont de plus en plus conscientes de l?environnement et de l?aménagement du territoire surtout avec les Integrated Resorts Schemes. Le développement du secteur foncier est aussi en pleine effervescence. C?est ce que révèle le HRDP.
Le secteur des services à domicile : un créneau à prendre
Il faudra désormais compter sur les métiers de services à la personne. Juan Gonzalez a su saisir cette opportunité au vol. Cet Espagnol originaire de Malaga mais amoureux de l?Ile Maurice depuis 14 ans s?est improvisé chef à domicile. Il n?a pas hésité à délaisser une longue carrière dans l?hôtellerie pour s?installer à son compte. 22 ans passés dans les Clubs Med d?une dizaine de pays. C?est d?ailleurs dans celui de Cancun qu?il rencontre Danielle, sa femme, une Mauricienne qui y travaille également. Finalement, il décide de s?installer à son compte. ?Je ne gagne pas encore des mille et des cents mais je ne regrette pas mon choix. L?avenir est dans les petites entreprises et celle-ci est vraiment une entreprise familiale. C?est un concept nouveau et je suis le seul à faire des spécialités mexicaines et espagnoles à Maurice.? Effectivement, un vent espagnol souffle dans votre cuisine quand ce chef à domicile y débarque. Sombrero, nappe colorée, guitares, décorations en tout genre, musique de circonstance. En plus d?inviter l?Espagne dans votre assiette, Juan Gonzalez crée une véritable ambiance rehaussée de son accent chantant. Sont confectionnés tacos, nachos quesadilla et bien entendu, la paella aux fruits de mer qu?il prépare sur un paellera au diamètre vertigineux. ?J?apporte tous mes récipients et le client est sûr d?avoir des produits frais puisque tout est préparé devant lui. C?est un véritable repas-spectacle que j?offre au client et à ses invités.? Il concocte la paella pour 4 personnes comme pour 500 personnes, affirme-t-il, lorsqu?il s?agit de mariages et de fiançailles. Il est quotidiennement aidé dans sa tâche par son assistant, Bruno Mikale, un neveu par alliance. Un ancien athlète de haut niveau, recordman de 800 mètres qui aujourd?hui excelle en cuisine ibérique. ?Comme les Européens et les Américains, les Mauriciens, de nos jours, courent derrière le temps. Hommes et femmes sont pris par leur boulot. Ils sont, donc, contents de trouver des personnes dont le métier est de leur rendre la vie plus facile. Le secteur des services à domicile est un créneau à prendre. Que ce soit un coach, un coiffeur et dans mon cas, un chef,? fait ressortir Juan. Au départ, ce dernier voulait avoir un restaurant mais il n?a pas pu trouver les fonds nécessaires pour concrétiser son rêve. ?Il est très difficile d?avoir son propre business à Maurice. Alors j?ai trouvé l?alternative qui finalement me sied bien. J?ai plus de temps à consacrer à ma femme et à ma fille Maria qui commence à mettre la main à la pâte. Elle aime bien mon métier de chef à domicile. C?est peut-être nouveau à Maurice mais ailleurs c?est très en vogue.?
Questions au Prof. Indur Fagoonee
vice-chancelier de l?université de Maurice
● Depuis l?émergence des métiers liés au web, les employés qui, au début, étaient des autodidactes, des amateurs éclairés, peuvent-ils aujourd?hui compter sur une formation adéquate de l?université pour devenir de véritables professionnels?
L?UoM a commencé depuis peu à mettre en place des programmes ?professionalisants?, d?un type nouveau, en partenariat avec l?industrie. Cela avait commencé avec la Compagnie Mauricienne de Textile pour le textile, mais se poursuit actuellement avec l?ensemble du secteur ICT, en particulier les ICT Enabled Services, le BPO et le Knowledge Process Outsourcing, comme le recommande d?ailleurs une étude récente du Mauritius Research Council.
● Quels sont donc les nouveaux cours de formation dans ce domaine et dans d?autres domaines pointus qui sont nécessaires pour la nouvelle économie mauricienne?
On peut citer dans ce domaine les formations accréditées existantes telles que les programmes de l?Académie Régionale CISCO, en opération depuis déjà trois ans, les formations ORACLE et maintenant des cours spécifiques pour les télé-opérateurs de centres d?appels avec Infinity et d?autres opérateurs, ainsi que des programmes destinés aux développeurs BPO, avec Accenture. Citons, par ailleurs, les maîtrises professionnelles du Virtual Centre for Innovative Learning Technnologies pour la formation aux métiers du e-Learning (MSc Computer Mediated Communication & Pedagogies), plusieurs Short Courses en Multimedia, Créativité Numérique, et le programme du Centre for Professional Development and Lifelong Learning pour la formation à la gestion portuaire, etc.
● Comment vous organisez-vous au sein de l?université pour faire face à cette constante évolution de la société?
Un gros effort a été fait depuis le début de mon mandat, pour favoriser les approches au niveau des entrepreneurs. Citons, entre autres, la mise en place très prochainement d?une Business School et aussi l?initiative de notre Lifelong Learning Cluster. Cela afin de promouvoir la diffusion flexible et en ligne d?une version professionnelle abrégée de plusieurs de nos programmes académiques. La demande pour ces formations serait plus forte que ce que nos ressources nous autoriseraient si nous nous limitions à une approche traditionnelle.
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