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Rendre à Dieu ce qui est à Dieu
par Raj Meetarbhan
L?exploitation politicienne du jugement Lam Shang Leen sur les haut-parleurs dans les lieux de culte risque de perturber la cohésion sociale. Des dirigeants politiques de tous bords qui n?hésitent pas à faire de la religion leur fonds de commerce se sont ligués depuis samedi pour réclamer une révision de la loi afin de rendre caduc le jugement. Leur démarche pourrait semer dans notre société harmonieuse les graines de la discorde.
Le principal activiste du mouvement qui cherche à pousser le gouvernement à réagir dans le but de neutraliser le jugement Lam Shang Leen se trouve être le député de la majorité, Shakeel Mohamed. Voilà un parlementaire qui n?a participé à aucun grand débat public depuis son élection en juillet 2005 et qui se réveille seulement quand il y a un enjeu à caractère religieux. Le débat sur les grandes orientations économiques, qui a intéressé l?ensemble de la population, ne l?avait guère inspiré. Visiblement, cet élu de Rivière-des-Anguilles?Souillac ne croit pas trop à la séparation du spirituel et du temporel et ne craint pas de dénaturer notre République laïque.
En fait, la forte mobilisation qui a suivi la récente décision de justice peut étonner dans la mesure où le juge Robert Ahnee avait déjà rendu un jugement similaire il y 20 ans. (Voir détails en page 4). Il avait alors statué que personne ne peut dépasser les limites de ses droits et de sa liberté pour piétiner celles des droits et des libertés des autres. Le droit de pratiquer la religion de son choix doit être exercé, selon lui, ?in a civilized society as ours in such a way as not to cause inconvenience to others.? De toute façon, ironisa le juge, Dieu n?est pas sourd.
Certes, la justice n?a rien à voir avec la manière dont les citoyens organisent et pratiquent leur religion. Mais elle a un rôle important à jouer quand un conflit surgit entre deux groupes. Or, puisque toutes les grandes religions qui existent à Maurice prônent la fraternité, chaque groupe devrait naturellement respecter le droit à la quiétude d?autrui. Des compromis sont nécessaires. Les rares citoyens qui n?ont pas compris qu?une société multiconfessionnelle exige ces compromis remettent en question l?entente et la coexistence entre les Mauriciens.
Chacun doit vivre sa foi sans attenter aux droits élémentaires des autres. Le respect réciproque et la confiance mutuelle sont les conditions indispensables pour une cohabitation harmonieuse dans une société pluraliste. Par exemple, ceux qui considèrent que l?avortement est contraire à leurs préceptes religieux devraient exercer leur foi et le vivre sans chercher à priver les autres de ce droit.
Notre richesse, c?est notre capacité à vivre ensemble. Mais il incombe aux religieux d?instaurer le dialogue entre eux pour que la diversité de leurs pratiques ne soient pas une source de conflit. Quant aux politiciens, leur devoir est de rendre à Dieu ce qui est à Dieu.
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