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Le premier rôle
En haut de l?affiche, c?est lui qui annonce la bonne nouvelle. Qui désamorce la bombe. Et ce sont les autres qui écopent de la colère de la rue ou qui campent les mauvais rôles.
Que ce soit à Port-Louis, à Rose-Hill ou hier, à Flacq, les manifestants se sont toujours montrés hostiles aux ministres Dharam Gokhool et Rama Sithanen. Mais rarement a-t-on entendu des attaques personnelles contre le Premier ministre lui-même. Pourtant, c?est lui qui préside le Conseil des ministres, l?instance suprême de prise de décisions majeures pour le pays ; des décisions qui ne peuvent être entérinées que collectivement. Sauf qu?on a souvent vu que le cabinet n?est solidairement responsable qu?en théorie.
Alors, dans la pratique, Navin Ramgoolam se doit de souffler le chaud et le froid. Et il se défend plutôt bien face au public. Le fin stratège multiplie les prouesses depuis qu?il est revenu au pouvoir. Avec un ambigu de formations politiques et un discours résolument populiste, il a raflé, coup sur coup, trois élections depuis septembre 2005, a fait voler en éclats l?opposition, est devenu proche de sir Anerood tout en conservant des relations « civilisées » avec ses principaux adversaires politiques et plus récemment, a conquis le c?ur de tout Rodrigues.
Davantage que son mimétisme idéologique ? de l?Alliance sociale version préélectorale au budget de rupture post-électoral, subtilement distillé comme « budget Sithanen » : il y a un énorme fossé d?où surgissent les voix contestataires ?, le Premier ministre, avec son sourire qu?on dit ravageur, exerce un charme magnétisant sur ses interlocuteurs.
Ce jeudi encore, il a démontré ses talents. Navin Ramgoolam a fait tomber la veste et a reçu, dans une ambiance incroyablement décontractée, deux des dirigeants de la plate-forme nationale pour l?éducation, accompagnés d?une douzaine d?élèves triés sur le volet. Du coup, il a réussi à scinder en deux le mouvement grandissant qui rassemblait non seulement des élèves et des parents, mais aussi les différentes couleurs de l?opposition. Et ainsi a court-circuité la manif prévue le lendemain à Centre-de-Flacq. Le résultat est probant : le nombre de manifestants ? et d?animateurs de la plate-forme ! ? a chuté de manière conséquente, de quelque 6 000 dans les villes à environ un millier vendredi, à Centre-de-Flacq. À l?issue de la marche, Yahya Paraouty (évité au Trésor) et Paul Bérenger reconnaissaient, entre leurs piques, qu?il y a eu « un pas en avant ».
Ce pas politique en avant, dans l?imaginaire collectif, c?est Ramgoolam qui l?a fait.
En amont au Conseil des ministres. Mais à chaque man?uvre, il y a un dégât collatéral. Aujourd?hui, c?est Xavier-Luc Duval qui encaisse ; il ne comprend pas pourquoi le budget de la promotion touristique a été sacrifié pour désamorcer la crise estudiantine. Et il s?en prend ouvertement au budget de « Monsieur Sithanen ».
Celui-ci ne désire plus polémiquer, même si on édulcore petit à petit son remède pour soigner les finances publiques. Adouci lui aussi depuis sa démission annoncée (puis avortée après un tête-à-tête avec le Premier ministre), il préfère souligner que le principe de ciblage ? une nécessité en cette période de redressement économique ? est finalement appliqué à bon escient : ceux qui ont les moyens (les secteurs hôtelier et bancaire) aident ceux qui n?en ont pas. Mais pour que ce principe soit bien assimilé, il devrait d?abord être digéré au Conseil des ministres. Ce qui n?est pas encore le cas, à entendre les hic. Et les quiproquos qui en résultent.
Mais, encore une fois, ce désaccord intra-gouvernemental sera attribué à la presse qui, dans le casting ramgoolamien, campe toujours le mauvais rôle. Ramgoolam, lui, s?attribuant l?exclusivité du beau rôle, en stigmatisant tous les autres figurants qui osent brouiller son image de premier.
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