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Aslakha Callikhan-Proag explique Marcel Cabon

23 mars 2007, 00:00

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Aslakha Callikan-Proag publie /Rêve et réalité/, une présentation du Mauricien pluriculturel qu’est Marcel Cabon. Celui-ci, pour ceux qui ont eu le bonheur, le privilège, de le connaître, c’est le grand frère, le guide. Ils le respectent, l’admirent et essayent même de l’imiter.

/Rêve et réalité/ est tiré du mémoire de maîtrise d’Aslakha Callikan-Proag. Elle se livre, ici, à un véritable travail d’exégète. Sa constatation principale est que Marcel Cabon semble planer sur la réalité, pour revenir ensuite à celle-ci, retour qui invite de nouveau au rêve. Il y aurait donc trois périodes chez Cabon. D’abord l’attrait du rêve ; la préoccupation ensuite de la réalité et plus particulièrement de la souffrance des petites gens. La troisième période est plus cruelle. C’est celle de la désillusion qui n’exclut pas un certain retour au rêve.

Elle présente aussi davantage Cabon comme un décolonisateur que comme un indépendantiste. Il a, certes, combattu ouvertement pour l’accession de Maurice à l’Indépendance, notamment en dirigeant dans les années décisives 1960 le journal d’Aunauth Beejadhur. Elle retient davantage pourtant sa part spécifique dans l’ambitieuse mission de décoloniser la population mauricienne. Elle s’extasie devant ce Cabon n’ayant de cesse de décomplexer ses contemporains : “Non ! vous n’êtes en rien inférieurs aux autres peuples, y compris ceux européens.” Il explique inlassablement à ses lecteurs, à ses auditeurs, sinon aux Mauriciens, tant il passe pour le maître à penser d’une multitude dans les années 1960, que chacun doit avoir sa propre culture, sa propre identité. Cela suppose, par exemple, qu’on encourage et revalorise la littérature mauricienne mais aussi les différents aspects de la culture mauricienne. Il encourage énormément l’écriture qui est avant tout contribution à notre patrimoine littéraire. Elle précise que contrairement à tant d’autres intellectuels mauriciens, Cabon ne se gargarise pas de la prétendue supériorité d’une quelconque civilisation européenne.

N’y cherchons toutefois aucune hostilité ni rancœur contre la langue française et sa littérature. La langue de Molière, il l’adore. Il l’idolâtre et partage pleinement l’opinion de Senghor qui la considère comme la “langue des dieux”. Il se sert exclusivement de la langue française comme médium d’expression. Paradoxalement il se sert et abondamment du français pour faire passer son message de décolonisation culturelle. Il considère qu’une langue est, par nature, neutre. C’est l’usage, et même de l’abus dans certains cas, que l’on fait d’une langue qui range le locuteur dans un camp plutôt que dans l’autre. Sans scrupule, il se sert donc du français pour montrer ce qu’il y a de plus exaltant, de sublime dans les profondeurs du terroir mauricien mais que nous cherchons en vain dans la France profonde, par exemple.

Aslakha Callikan-Proag déplore seulement que Marcel Cabon n’a pu voir cette île Maurice meilleure et plus fraternelle que promettait notre indépendance de 1967/68.

Interrogée par la presse, elle avoue : Marcel Cabon est, pour elle, un pionnier du mauricianisme. Elle s’enthousiasme que, dans ses œuvres les plus ultimes, Marcel Cabon use des termes du terroir, d’expressions en créole ou en bhojpuri, sans fard ni effet exotique. Il ne recourt jamais à un exotisme réduisant ses personnages à l’indignité des animaux de cirque ou d’un zoo. Il ne s’attarde guère sur le pittoresque des gens et des choses pour ne jamais s’éloigner de l’âme qui les habite et qui les meut. Ce faisant, il fait heureusement sauter les plus hideux verrous d’un inacceptable compartimentage culturel, ethnique et religieux. Il nous ouvre les portes du mauricianisme.

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