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Le choix écologique
Les ordures municipales prennent de la valeur. L’industrie du traitement des déchets se met en place, augurant la fin des soucis du gouvernement face à la croissance du volume de déchets produits par les Mauriciens. Mais auparavant, le pouvoir devra rassurer l’opinion par rapport aux risques de pollution contenus dans certains projets. Et par la même occasion, arbitrer la guerre des déchets qui ne tardera pas à éclater au grand jour.
Maurice produit en moyenne 400 000 tonnes de déchets municipaux par an. Il s’en débarrasse essentiellement dans le dépotoir de Mare-Chicose. Celui-ci se remplit à vue d’œil. Du reste, il a été la source de pollution avec des conséquences sanitaires déplorables pour les habitants de la localité. Des raisons suffisantes pour que le pays envisage avec plus d’urgence d’autres options pour le traitement des déchets.
Deux promoteurs proposent de nouvelles avenues au pays. Un troisième devrait se manifester dans pas longtemps. Le premier projet est promu par Gamma Energy et son partenaire, Covanta Energy. Il propose de brûler 300 000 tonnes de déchets par an pour produire 20 MW d’électricité. Les installations mobiliseraient desinvestissements de l’ordre de Rs 5 milliards. Les entrepreneurs ont déjà une lettre d’intention signifiant l’accord de principe du gouvernement.
Le second projet est proposé par la Solid Waste Recycling Ltd. L’entrepreneur veut produire du compost à l’échelle industrielle. Environ 250 tonnes par jour. Il estime que 70 % des déchets municipaux se prêtent au compostage. C’est-à-dire, plus de 300 000 tonnes. Le gouvernement a déjà approuvé la production de quelque 140 tonnes par jour à titre d’essai l’année dernière. Le promoteur veut à présent passer à la vitesse supérieure.
La question qui se pose immédiatement, c’est de savoir qui des deux promoteurs aura accès aux déchets municipaux. Vu l’envergure des projets, il n’y a pas de coexistence possible. Sauf si chacun accepte d’opérer à une échelle inférieure de façon à utiliser moins de déchets.
Pour compliquer les choses, le projet de Gamma Energy commence à susciter la passion des écolos. Partout à travers le monde, les incinérateurs de déchets éveillent la peur de la pollution à la dioxine, cette substance cancérigène qui se transmet à la chaîne alimentaire. On se souviendra encore de la panique soulevée en Europe il y a quelques années, par la découverte de poulet contaminé à la dioxine sur le marché… Voilà quelques repères qui devraient mieux maîtriser les enjeux.
■ <B> Incinération</B>
Il s’agit de brûler les déchets. On a le choix entre quatre techniques. L’incinération de masse est de loin le procédé le plus simple et le plus couramment utilisé. Le Fluidised Bed Combustion (FBC) ou fluidisation, la pyrolyse et la gazéification sont les trois autres méthodes existantes. Le recours à l’incinération dans les pays avancés varie entre 2 % en Angleterre et 75 % au Japon.
L’incinération de masse consiste à alimenter les déchets pêle-mêle dans une trémie assortie d’une grille de foyer. L’incinérateur est généralement connecté à une turbine. Les gaz émanant de la combustion font tourner l’engin pour produire de l’électricité.
La fluidisation est une autre manière d’incinérer en masse. Elle est tenue pour être plus lente. Pour commencer, il faut trier la masse de déchets recueillie pour en séparer les composants qui ne brûlent pas. Le reste est mis en lambeaux, puis coulé sur un lit fait de sable et de dolomite à travers lequel on pompe de l’air. Il en ressort une masse fluide qui est plus efficiente à la combustion, générant plus d’énergie et moins de polluants. Cette technologie est moins polluante mais elle doit encore faire ses preuves commercialement.
La pyrolyse et la gazéification sont des méthodes nouvelles. Les déchets ne requièrent aucun tri au préalable. Cependant, ils doivent être broyés, processus coûteux en termes d’argent et d’énergie. Ces méthodes ne sont pas encore commercialement viables. Elles sont encore à l’essai, notamment en Allemagne et au Japon.
La pyrolyse est une méthode de décomposition chimique des déchets à très haute température. Les gaz qui en émanent sont ensuite brûlés dans des chambres à combustion. La gazéification implique de brûler les ordures dans un environnement appauvri en oxygène.
■ <B> Potentiel polluant de l’incinération</B>
L’incinération des déchets est tenue pour être un procédé hautement polluant. Gaz toxiques et acides, escarbilles et autres particules, dont la très redoutée dioxine, sont les séquelles décriées par les défenseurs de l’environnement. Les principaux polluants sont :
Les gaz toxiques et corrosifs relâchés par les cheminées des incinérateurs, les plus craints. Ce sont des gaz acides tels que les acides chlorhydrique, fluorhydrique et le dioxyde de souffre de même que les gaz carboniques et nitriques.
Le mercure et un peu de cadmium sont relâchés sous forme de vapeur. D’autres métaux tels que l’arsenic, le chrome, le cobalt, le plomb et le nickel entre autres sont émis sous des formes solubles et moins solubles.
Des substances organiques sont émises notamment quand la combustion n’est pas complète. Elles prennent la forme de vapeur ou de particules. Parmi elles, la dioxine, substance cancérigène qui se transmet facilement dans la chaîne alimentaire. Fatigue, malaise, troubles du système nerveux ou cardiaque et maladies du foie sont parmi les autres séquelles. On a identifié 419 types de composés apparentés à la dioxine, dont 30 seulement sont considérés comme ayant une toxicité importante, la TCDD étant la plus toxique.
Les escarbilles et autres particules polluants, souvent pas du tout biodégradables et contenant des composants métalliques, échappent également des cheminées. L’objet de préoccupation spéciale sont ces micro-particules ultra fines responsables de troubles respiratoires, difficiles à repérer et donc à prévenir. En Angleterre, il y a quelques années, une étude leur attribuait 8 100 décès et 10 500 admissions à l’hôpital par an.
Il est possible de faire fondre les cendres, incluant les escarbilles, de façon à prévenir la liquation (séparation des métaux contenus dans les résidus). La fonte réduit d’au moins de moitié le volume de déchets à traiter. Le Japon travaille sur des technologies qui permettraient d’utiliser la scorie (résidu à base de silicate) comme agrégats dans l’industrie de la construction. Cependant, cette transformation consomme beaucoup d’énergie.
■ <B> Recyclage</B>
En général, tout peut être recyclé. Le hic consiste à rendre l’opération commercialement viable. L’activité se décline en trois phases : la collecte des déchets à être recyclés, la production d’objets recyclés et la commercialisation de ceux-ci.
La collecte est un processus problématique, du moins à Maurice. Il implique une certaine organisation. Chaque communauté a ses préférences. Mais en général, quatre méthodes ont fait leur preuve : dépôts en bordure de trottoirs, dépôts dédiés où le consommateur vient déposer les déchets spécifiques, des guichets où le consommateur peut vendre ce déchet et une formule de dépôt remboursable. Le plastique, le verre et les déchets électroniques se prêtent le plus à ce type de procédé. Les technologies à l’étude comprennent entre autres celles qui impliquent le tri automatique des bouteilles plastiques selon leur couleur.
La première étape consiste à trier et à nettoyer les objets recyclables. Ceux-ci sont ensuite envoyés à des unités de fabrication où ils sont utilisés, seuls ou mélangés à d’autres matières, pour produire des objets commerciaux. Dans les pays développés, de plus en plus de produits sont fabriqués à partir de matières recyclées : journaux, serviettes papier, aluminium, plastique, chopes de bière ou de soda, conteneurs de détergents etc. On innove notamment en utilisant des produits recyclés pour l’asphaltage, la fabrication des tapis, des bancs de parc ou encore des ponts pour piétons…
Les Etats-Unis recyclent un tiers du volume de déchets municipaux produits annuellement. Le recyclage prend de l’ampleur, plus particulièrement la transformation de matières spécifiques comme le plastique ou le papier : 50 % de tout déchet en papier, 34 % de toutes les bouteilles plastiques, 45 % de toutes les canettes de bière et de soda, 63 % d’acier d’emballage et 67 % de tous les appareils électroniques sont recyclés.
■ Compostage </B>
Le compost est une matière organique qui peut être utilisé comme complément nutritionnel pour ou remplacement à la terre pour cultiver des plantes. C’est un processus naturel qui a existé depuis la nuit des temps. Il se produit quand les plantes meurent et pourrissent pour nourrir le sol. Le procédé industriel consiste à soumettre cette biodégradation à des hautes températures de façon à éliminer les germes et graines de mauvaises herbes qui survivent au processus naturel.
Selon les scientifiques, le compost est rempli de vertus. Il aide à supprimer les maladies et les prédateurs s’attaquant aux plantes. Pas nécessaire donc de recourir au contrôle chimique. Les rendements des cultures sont meilleurs. Il enrichit les sols appauvris, atténue l’impact d’une éventuelle contamination du sol, filtre et purifie le sol de tout polluant, absorbe et élimine jusqu’à 99.6 % de polluants chimiques présents dans l’air…
Aux Etats-Unis, l’industrie du compostage prend de l’ampleur, mené par l’investissement privé. Le problème du compostage industriel réside cependant dans la collecte et le tri du déchet ménager organique.
■ Dépotoir</B>
Un dépotoir peut être assimilé à une énorme baignoire aménagée à même le sol. Les parois sont enduis d’une doublure imperméable afin de prévenir toute fuite de matières polluantes. La grande préoccupation est d’isoler les déchets des cours d’eau, de surface ou souterrains. Pour ne rien laisser au hasard, on construit un dépotoir à double fond. C’est comme installer une baignoire à l’intérieur d’une autre.
Pour qu’un dépotoir ne représente aucun danger à l’environnement, il doit aussi disposer d’un système pour la collecte du “leachate”. Celui-ci est le liquide émanant des déchets en décomposition, mélangé à l’eau de la pluie et contenant généralement une forte concentration de polluants.
Il est aussi important de bien choisir le site, en fonction de l’hydrogéologie du terrain. Il s’agit d’éviter les sites où les aquifères sont trop facilement accessibles au leachate. En même temps, la nature du sol doit être telle que si jamais il y a fuite, il sera facile de prédire dans quelle direction elle ira de sorte à pouvoir rapidement prévenir les dégâts.
Du plastique spécial, doublé d’une couche d’argile, est utilisé pour isoler les parois du dépotoir. L’argile est au préalable traité chimiquement pour prévenir des craquelures naturelles. Le problème est que le plastique se dégrade avec le temps, aidé par la décomposition des déchets. Le traitement chimique de l’argile n’est pas fiable non plus dans la durée.
Il est tout aussi important d’avoir un système performant pour pomper le leachate et le traiter à temps. Sinon, la pression sur les parois isolantes du dépotoir s’accentue et les risques de fuites aussi. Il faut savoir toutefois que les tuyaux se bouchent en dix ans tout au plus. La boue, la croissance de micro-organismes et l’action corrosive des déchets en décomposition en sont responsables.
Pour empêcher la formation du leachate, les dépotoirs doivent avoir une couverture. Elle est généralement composée de plusieurs couches de matières protectrices visant à protéger le dépotoir contre la pluie. Le plastique ou l’argile constitue la première couche. S’ensuit une couche de terre sur laquelle on fait pousser de l’herbe et des plantes.
Mais là encore, la couverture n’est pas entièrement fiable. Elle est attaquée par l’érosion, la végétation, les organismes vivants se trouvant dans les déchets notamment, le soleil et l’activité de décomposition des déchets à l’intérieur, entre autres. A tout moment donc, il y a danger de fuite. Quel que soit le niveau d’entretien.
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