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?Les préférences commerciales ont encouragé une mentalité d?assistés à Maurice?

20 mars 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B>Quelles sont les principales difficultés de Maurice à s?intégrer à l?économie mondiale ? </B>

Je voudrais d?abord rétablir certains faits: Maurice est déjà intégrée à l?économie mondiale. Nous n?avons pas beaucoup de ressources et devons importer la plupart des biens que nous consommons. Vu l?exiguïté de notre marché domestique, l?économie a toujours été tournée vers l?exportation.

Nous sommes en train d?aborder le débat sur la nécessité d?embrasser la mondialisation du point de vue des pays industrialisés. L?ouverture de l?économie mauricienne vers l?étranger est une réalité. Le pays a toujours été un comptoir pour les échanges de marchandises, de services et de capitaux.

● <B>Mais les conditions de cette mondialisation ont beaucoup évolué?</B>

Il est vrai cependant que nous sommes une économie vulnérable dans cette phase de globalisation. Il faut comprendre le contexte de ces préférences commerciales dont l?existence est aujourd?hui menacée.

Au moment où nous avons obtenu notre indépendance politique, nous avions la possibilité de choisir entre développer des niches et opter pour des préférences commerciales que nos anciens maîtres coloniaux mettaient à notre disposition.

Le Singapour, par exemple, a choisi d?exploiter un nouveau créneau en transformant sa base navale en un port stratégique pour la région du Sud-Est asiatique. Son port franc a connu un grand succès avec le développement de cette partie du monde.

Par contre, Maurice, a préféré prendre les marchés protégés que les Européens nous ont offerts. Nous avons négocié la Convention de Lomé et le Protocole sucre qui garantissent un accès préférentiel à nos produits dans leurs marchés. A mon avis, nous avons accepté un cadeau empoisonné. Ces accords ont finalement freiné notre développement. Les préférences commerciales ont encouragé une mentalité d?assistés à Maurice. Elles ont entravé le sens d?entreprise des Mauriciens et ont favorisé une addiction aux subsides. Lorsque le gouvernement vient dire qu?il va supprimer certaines subventions, il faut s?attendre à ce que la population commence à souffrir des ?syndromes de désintoxication?.

Le Protocole sucre était devenu l?élément central de la stratégie de croissance tant du gouvernement que du secteur privé. La politique de commerce extérieur du gouvernement était axée sur la défense des acquis de ce protocole.

● <B>Comment sortir de cette ère de protection pour devenir une économie plus compétitive ? </B>

Nous avons pu surmonter les difficultés économiques à différents moments de notre histoire depuis l?indépendance. La stabilité sociale et l?entente entre le gouvernement et le secteur privé ont joué un rôle très positif dans le développement.

Les problèmes économiques d?aujourd?hui ne sont pas insurmontables. La compétition internationale a toujours existé. Mais nous avons la chance ? ou la malchance ? d?être en partie à l?abri de ces forces grâce aux accords préférentiels. C?est l?heure pour les Mauriciens de montrer leur vrai potentiel.

Le problème est davantage social qu?économique. La société mauricienne est très fragmentée en sus d?être conditionnée à la mentalité de subsides. Tout le monde est à la recherche de ?so bout? et de faveurs. Le manque de solidarité de la nation en ces périodes de difficultés économiques peut provoquer une explosion sociale, voire communale. Les signes de violence et de brutalité deviennent de plus en plus fréquents. Cela est inquiétant.

Nous allons pouvoir résoudre les problèmes économiques en trouvant des solutions durables sur le plan social. La plupart de nos déficits structurels pourront être résolus si nous parvenons à nous défaire de la mentalité d?assistés, et si nous éliminons le gaspillage et la mauvaise utilisation des ressources à tous les niveaux de l?économie.

Le secteur privé revendique sa part de subsides sous forme de crédits bonifiés, d?avantages fiscaux et du maintien des cartels et monopoles, entre autres. Il faut un retour aux vraies valeurs pour sortir de l?impasse.

● <B>Quelles sont ces valeurs qui peuvent aider à retourner la situation durablement ? </B>

Il faut prôner la transparence, la solidarité, l?ouverture vers le monde, la saine concurrence, la discipline, l?esprit d?initiative et d?entreprise, la méritocratie et l?intégrité au sein de la société.

Nos décideurs ont manqué de leadership pour faire revivre ces valeurs. Ils ont adopté une posture de demandeur de charité vis-à-vis de nos anciens maîtres coloniaux pour la préservation des préférences commerciales. Face à la population, de l?autre côté, ils ont tenu un langage de sauveur.

Cette attitude a encouragé le clientélisme, le protectionnisme et les lobbies de tout genre. Il faut un terrain égal pour tout le monde. Il faut réduire les imperfections du système de marché en déclarant la guerre aux cartels, aux monopoles, aux subsides et surtout à la mentalité d?assistés.

Propos recueillis par <B>Akilesh ROOPUN</B>

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