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Une manifestation pour ?faire avancer le débat?

19 mars 2007, 00:00

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Tout est parti d?un forum-débat, organisé le 8 mars dernier, dans le cadre de la Journée internationale de la Femme et intitulé Women?s right to safe abortion : Who cares ? Les commentaires émis et les questions soulevées par le ministre de la Santé, Satish Faugoo, ce jour-là n?ont pas manqué de faire réagir tous ceux qui sont contre l?avortement. Et l?Eglise catholique a organisé, samedi, une manifestation à Rose-Hill pour dire non à toute forme de légalisation.

L?évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat, n?y est pas allé de main morte. Reprenant une des interrogations de Satish Faugoo, portant sur le droit de la femme à un ?avortement médicalisé?, il estime que ?l?Etat ne devrait pas imposer son point de vue sur l?avortement. Il devrait plutôt rester neutre et respecter le pluralisme comme il se doit dans une société laïque,? Satish Faugoo, actuellement en mission à l?étranger, souhaite toutefois remettre les pendules à l?heure face à ce branle-bas de combat : ?Je pense qu?il est temps de provoquer un débat sur la question jusqu?à ce que la société mauricienne soit prête à accepter certaines choses. J?avais posé la problématique pour des cas exceptionnels. J?ai voulu susciter une réaction sur un sujet tabou mais qui mérite toute notre attention. J?insiste toutefois que la question de légalisation n?est pas à l?agenda du gouvernement pour l?instant.?

Le premier argument soulevé par le ministre ? argument contesté par l?Eglise ? est la légalisation de l?avortement dans des cas de conception lors de viol ou d?inceste. Pour Mgr Piat, il s?agit d?abord de promouvoir la ?mise en place d?un dispositif de soutien et d?accompagnement pour ces femmes en détresse?. Outre l?accompagnement, il prône adoption de ces enfants, d?autant, dit-il, qu?il y a un bon nombre de couples qui ne peuvent concevoir. L?adoption est aussi vue comme un recours par la directrice du Bureau d?éducation catholique, Gilberte Chung.

Mgr Piat relève aussi que 5,3 % des avortements recensés à Maurice, selon une enquête de 1993, sont pratiqués sur des femmes ayant conçu dans des circonstances pénibles. ?En se focalisant ainsi sur le petit nombre de cas de détresse, on passe à côté du vrai problème révélé par l?enquête. Le problème est que 94,7 % des femmes qui se vont avorter sont des femmes mariées.? Il faudrait donc, selon lui, que l?on puisse prendre des mesures, pour agir sur la ?vraie cause de la banalisation de l?avortement, c?est-à-dire la mauvaise gestion de fertilité chez les couples.?

Mgr Maurice Piat, affirme aussi que l?expérience a démontré qu?une légalisation ?ciblée? n?est pas souhaitable. Aux Etats-Unis, note-t-il, cette loi devient vite caduque. ?La pression est tellement forte que les législateurs étendent de plus en plus les cas d?exception?, soutient-il.

Le deuxième argument soulevé par le ministre ? et qui a été commenté samedi, est le droit de la femme à un avortement médicalisé ? toujours dans les cas spécifiques. Satish Faugoo se demandait, lui, ?comment résoudre le problème des ?unsafe back street abortions? qui résultent en une série de complications qui mettent la vie de la femme en danger.? Mgr Piat répond que ?derrière cet argument, il y a une revendication du droit de la liberté de conscience. L?Etat ne peut invoquer le respect de la liberté des citoyens pour renoncer à son devoir de protéger les droits des plus faibles, dont l?enfant.?

L?interruption thérapeutique en cas de handicap important, comme la trisomie 21, est un des arguments pour ceux qui sont en faveur de la légalisation. Ce qui avait amené Satish Faugoo à se demander s?il n?était pas temps de penser à offrir des services de qualité pour des interruptions thérapeutiques de grossesse. Gilberte Chung, dont un des enfants souffre de ce handicap mental, est révoltée qu?on puisse penser en ces termes-là : ?Kenny, mon fils est venu m?apporter beaucoup de bonheur?, soutient-elle, résolument dans le camp des ?anti-avortement?.

Pour le ministre de la Santé, la manifestation de samedi, est importante à plus d?un titre : ?C?est ce que j?ai voulu : faire avancer le débat. C?est après le débat que pourrait par la suite émerger un consensus?, soutient-il.

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