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Histoire d?eau

17 mars 2007, 00:00

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Par VOLCY

Une de nos hantises, à nous Mauriciens, c?est d?être privés d?eau et ce qui est paradoxal, c?est que cette peur subsiste alors même qu?il pleut des hallebardes. Il y a deux siècles, le sieur de Ségur, qui n?était pas un comte à dormir debout, faisait cette constatation:

«Tous les méchants sont buveurs d?eau;

C?est bien prouvé par le déluge.»

Étant un défenseur inconditionnel de Noé, qui vécut quarante jours sur les eaux sans en consommer une goutte, je souscris pleinement à cette assertion du bon comte conscient que le skipper patriarcal, qui faisait volontiers cul sec, avait d?autres cordes à son arche que de la piquette baptisée au H2O. Ce liquide incolore, qui fait partie du fol chlore local et que les gens au caractère bien trempé utilisent uniquement pour usage externe, est souvent l?objet de railleries de la part des biberonneurs d?élite. Je me souviens ainsi d?un homme politique falot, dépourvu d?épine dorsale et qui, après une brève éclipse, était revenu au premier plan avec une énergie encore plus diluée qu?avant et dont on disait: «Il a mis beaucoup d?eau dans son eau».

Parmi les appellations des corps para-extatiques qui concourent à notre bonheur, une des plus plaisantes c?est la Central Water Authority. Imaginez l?importance considérable que peut avoir un organisme qui a de l?autorité sur les eaux! La météo, par comparaison, fait figure de minable comparse destiné à subir les trombes cycloniques sans avoir voie d?eau au chapitre. Par contre l?Authority, elle, est capable de contrôler tous les liquides existants sauf, pour le moment, la mer.

Nappes phréatiques, précipitations intempestives, réservoirs, piscines inattendues, flaques mineures, tuyaux de courses, bouteilles/litres/chopines, autant d?éléments qui leur permettent de faire la pluie et le beau temps dans nos vies anodines sans que personne ne songe à dire y en a mare ou : «I don?t give a dam», phrase favorite de ceux qui ne pensent pas à la future Bagatelle. Un esprit chagrin prétend qu?un simple amendement au projet de l?oie permettrait d?étendre sa juridiction au corps humain afin de juguler les ampoules, l?oedème du poumon et les poches d?eau qu?on trouve sous les yeux des noctambules.

Je me demande pourquoi on s?acharne contre la CWA alors qu?on sait que les critiques passent sur elle comme une goutte sur une feuille de songe d?une nuit d?été. D?ailleurs, on a intérêt à ne provoquer ni elle ni la météo car, comme disait un mien aïeul, naturellement douillet, «Entre l?arbre et l?écorce, mieux vaut mettre le doigt qu?autre chose».

Toutes ces considérations un tantinet malveillantes m?ont été soufflées par un ami beaucoup moins tolérant que moi qui ai défendu le responsable de cette corporation avec force arguments. On pourrait même, lui ai-je suggéré, contacter notre chef bien-aimé s?il n?est pas trop débordé, pour l?inciter à ne pas effectuer un de ces sanzmans dont il a le secret en poussant le préposé à lève baquet allé. Ce serait facile pour le grand manie-tout, qui a le génie du wrong man in the wrong place.

Mais, a objecté mon ami, depuis sa nomination le roi du robinet ne semble pas avoir fait grand chose.

Fie-toi à l?eau qui dort, ai-je rétorqué. Il se prépare sûrement à agir.

En somme, ton jugement lui est favorable? a-t-il demandé.

Portant une estocade finale à mon contradicteur: «Je ne suis pas pour le liquider», ai-je déclaré. «C?est un cascadeur immobile qui souffre momentanément du syndrome de l?aqua ça sert mais ce n?est pas ce qu?on peut appeler une cruche et avec l?aide du temps il deviendra potable».

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