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Police : les dessous d?un démantèlement
par Vinesen ABEL
Les jours de l?Anti-Piracy Unit (APU) et de la Police des jeux, étaient comptés. Des personnes, se disant proches du pouvoir, les avaient prévenus «qu?ils allaient disparaître». Plus précisément, il y a deux semaines, à la suite d?un raid dans une tabagie à Arsenal, le propriétaire qui y organisait des paris illégaux sur des matches de foot avait lancé aux éléments de la Police des jeux : «Zot ne pli pou egziste byinto.»
L?équipe de l?APU a aussi reçu la même menace d?un autre commerçant d?Arsenal, connu pour ses produits contrefaits. De plus, affirment les policiers de l?APU, il avait ajouté : «Mo finn depans Rs 2,6 millions dan kampagn elektoral.»
Personne ne pouvait penser que les dires de ces deux commerçants, entre autres, allaient se traduire concrètement par la dissolution de l?APU et de la Police des jeux. Pourtant les menaces et les intimidations ne datent pas d?hier. Il y en a souvent eu à la suite des opérations policières.
D?ailleurs les hommes de la Police des jeux, dirigée par les inspecteurs Navin Mohesh et Bhoraj Seebaluck, évoquent, d?autres menaces venant de trois commerçants de Ste.-Croix, de Triolet et de Plaine-Verte et d?un habitant d?îlot. D?autres policiers allèguent même qu?un homme d?affaires, dont le commerce avait été perquisitionné récemment, s?est rendu hier à l?hôtel du gouvernement?
De son côté, l?équipe de l?APU, menée par l?inspecteur Hector Tuyau, affirme se souvenir, entre autres, des pressions exercées après les arrestations dans le cadre de l?affaire du notaire Vinay Deelchand, du bookmaker Farook Joomun et d?un commerçant de la capitale qui les avait menacés avec une arme tranchante.
Selon les policiers de l?APU et de la Brigade des jeux, la goutte d?eau qui a fait déborder le vase est, sans aucun doute, l?opération conjointe menée au club privé Ritz à Baie-du-Tombeau où trois strip-teaseuses ont été arrêtées.
Hier matin aux Casernes centrales, le pôle d?attraction était les bureaux de l?APU et de la Police des jeux. Bon nombre s?enquéraient des raisons de leur dissolution. «Pran kouraz, manz ar li», pouvait-on entendre de la part de ceux qui témoignaient ouvertement de leur solidarité et de leur sympathie à leurs collègues des deux équipes.
Bilan éloquent
C?est un sentiment d?amertume qui règne chez les policiers de l?APU et de la Police des jeux. Durant toute la journée d?hier, ils étaient dans l?attente de connaître leurs nouvelles affectations. En attendant, les hommes de l?APU se sont attelés à vider leurs bureaux des pièces à conviction pour les faire transférer au quartier général de l?Anti-Drug Smuggling Unit à une centaine de mètres plus loin. Un policier devait même lancer : «Ou trouve loperasyon lev pake finn koumanse.»
Hier a été une très longue journée, aussi stressante qu?angoissante pour les policiers de ces deux unités. «Si nou dan enn mood parey, ou kapav imazin lanbians dan nou fami.» D?autres sont franchement indignés. «Nou pa finn bes lebra devan bann menas kar nou integrite ki pass avan. Nous sel pese, se nou travay onet e parski noun travers la linn ki pa ti bizin fransi seta dir pouvwar larzan sal.»
Selon un membre de la Police des jeux cette dissolution vient à point nommé. «Dans quelques semaines, ce sera l?ouverture des courses hippiques et les bookmakers illégaux pourront se faire des millions sans payer la taxe. À qui profite ce business ? Nous, on fait du bon travail et on nous casse les reins.»
Interrogé hier, le président du Mauritius turf Club (MTC), Gilbert Merven, répond : «Je crois que le Premier ministre et le Commissaire de police savent ce qu?ils font.» D?autres membres du MTC estiment que «c?est une grave décision qui aura des répercussions sur le monde hippique».
Le bilan de l?APU et de la Police des jeux, est éloquent. En deux ans d?existence, l?APU a effectué 544 820 saisies de CD, VCD et DVD et de 14 793 produits contrefaits. La Police des jeux, qui aurait eu un an bientôt, compte 102 interventions en 2006 où un total de Rs 1,9 million ont été saisies provenant des paris illégaux. Pour cette année, elle recense 22 arrestations pour paris illégaux et une saisie de Rs 187 000.
Ces policiers invitent les décideurs à comparer leur bilan aux autres équipes qui existaient depuis des années et censées mener le même combat. Ils estiment que la population mauricienne doit savoir «à qui profitera le crime».
Autre interrogation des policiers des deux brigades :«Ki pou arive dan tou sa bann kes ki noun fer la ?» Dans le sillage de l?enquête contre le bookmaker Farook Joomun pour paris illégaux, l?APU a fait jurer un affidavit en Cour suprême jeudi pour demander l?autorisation auprès du Mauritius Telecom pour que des numéros provenant et sortant des quatre portables et des deux téléphones fixes provenant des membres de la famille Joomun lui soient communiqués.
À 15 h 55 hier, personne ne savait encore officiellement où ils seraient mutés même si du côté de la Police des jeux, certains avaient eu vent de leurs futurs postes. Mais tous attendaient une communication du quartier général de la police.
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