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Le Parti Travailliste à? Belle Rive

15 mars 2007, 00:00

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Mars 1982, le Parti Travailliste, dirigé politiquement par Sir Seewoosagur Ramgoolam, et stratégiquement par Sir Kher Jagatsingh, secrétaire général inamovible, et par son fidèle et dévoué adjoint, l?idéologue James Burty David, décide de démarrer en fanfare sa campagne électorale 1982. Et quel endroit plus propice pour un départ sur les chapeaux de roue que Belle-Rive (toujours en attente de liaison routière directe avec la Plaine Magnien), Belle Rive où tout commence car y fut conçu le Père de la Nation et où il fit ses premières dents.

Sur la route de Sans-Souci à Belle-Rive, les autobus de la Pillay Express roulent à tombeau ouvert pour transporter la garde et l?arrière-garde travaillistes afin d?assurer la claque devant soutenir le moral et l?enthousiasme des innombrables orateurs, jamais à court de superlatifs flatteurs et idolâtres.

Réglé comme une horloge helvète, l?enfant du pays, le Premier ministre de Maurice, plus connu sur place comme Kewal Ramgoolam, arrive à Belle-Rive à 15 h 55. Commencent les salamalecs. C?est à qui l?enguirlandera mieux que les autres. La MBC filme fébrilement.

Devant l?estrade où se battent les personnalités et autres V.I.Ps. présents pour y prendre place, trône un superbe gâteau rose, à défaut d?être rouge, et qu?encadrent deux clés en sucre, comme les cierges dans nos lieux de culte. La Vacoas Marathi Band entonne le Glory O Mother l?Inde, signal de départ pour d?innombrables Vive Chacha ! SSR ne sait où donner de la tête.

Devant le micro, James Burty David donne le ton : ?Date symbolique ! Place symbolique?. La suite de la cérémonie le prouvera. Il s?en prend à ceux qui doute de la paternité ramgoolamienne de l?Indépendance que nous a imposée une Angleterre ne voulant plus de nous, terrorisée qu?elle est après la double lecture des rapports Titmuss et Meade, des pontes de la L.E.S. La foule présente est, au dire de l?orateur, la meilleure preuve que l?architecte de notre Indépendance voit le jour à Belle Rive. Et pan ! (interjection prédestinée) pour ceux qui veulent confisquer cet exploit politique en leur faveur. Il promet qu?un PTr victorieux reviendra célébrer dans cette localité les fruits d?une victoire électorale bien méritée.

Tonnerre d?applaudissements. Nouvelle procession de ceux voulant enguirlander notre oncle national. Jugdish Seenundun lui offre la casette enregistrant toutes les chansons qu?il a composées en son honneur. Satcam Boolell, député de la circonscription, prend la parole. Il fait appel aux hindous mais aussi aux chrétiens (blancs non compris), musulmans, chinois et blancs et leur demande de faire confiance au PTr. Une menace pèse sur notre Indépendance. Nul étranger ne doit mettre son nez dans nos affaires. La foule lit bien les signes sur les murs. Elle réclame bruyamment l?expulsion des étrangers voulant s?ingérer dans les affaires intérieures de Maurice. Chômage il y a, concède SSB. Mais seul le PTr peut créer des emplois, improductifs de préférence. Un gouvernement MMM fera fuir à jamais les investisseurs.

Sir Rabindranath Ghurburrun se livre alors à une envolée poético-lyrique que soulignent de grands moulinets manuels. Il parle en hindi. La foule s?écrie : Guette Rajesh Khanna. L?orateur répond du tac au tac et promet l?arrivée de l?acteur indien Shatrugan Sinha. Le délire est à son comble. Il finit à peine sa phrase que l?estrade... s?écroule sous le poids des grosses légumes travaillistes et de la multiplication des envolées lyriques et autres métaphores.

La culbute est aussi générale que prophétique. L?on peine à relever un Premier ministre plus ébouriffé que jamais. Les moins amnésiques rappellent le précédent de l?avenue Queen-Elizabeth (plafond d?une estrade s?écroulant sous le poids des tapeurs du PMSD, sur la tête de Michel Debré et de l?élite curepipienne, des pontes de ce parti et du PTr, incident spectaculaire ayant pourtant échappé à Sir Veerasamy Ringadoo et à Mgr Giraud). Ce spectacle affligeant écoeure Jagatsingh qui lance des regards furibards tous azimuts. A. V. Chettiar (morituri te salutant) trésorier général du PTr, cherche désespérément la chaîne en or qu?il portait précédemment en cour. Tous se demandent si le PTr pourra se relever de ce malencontreux incident.

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