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Un rebelle assagi

15 mars 2007, 00:00

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Les proches de Moorari Gujadhur diront de lui qu?il a l?esprit de contradiction. Il le reconnaît volontiers. ?C?est vrai. J?aime choquer.? Sauf que dans ses nouvelles fonctions, il ne faut pas s?attendre à une révolution de palais. Il annonce la couleur en ces termes : ?On ne peut être révolutionnaire e craz tou. Il est possible de changer within?.

De rebelle donc chez l?avocat, il ne reste plus que ses cheveux désormais poivre et sel. Cet assagissement tient sans doute à l?accumulation des années (il a 48 ans) de même qu?à son expérience vécue.

C?est à un très jeune âge que Moorari Gujadhur a développé une allergie aux conventions. Et c?est probablement en raison de l?autorité paternelle. ?Il (NdlR: feu Madun Gujadhur) était un pater familias. Sa lepok la, tou papa ti parey. Nous nous sommes, par exemple, vouvoyés jusqu?à sa mort. Mais avec recul, je réalise qu?il n?était pas conventionnel non plus. Se asterla ki papa get football ar piti !? raconte-t-il, en faisant allusion à ses rapports avec ses quatre enfants.

Pas un manuel

Ce brillant élève du collège Royal de Port-Louis préfère abandonner la filière classique après la Form III et opter pour les sciences rien que pour n?être pas obligé de changer d?école et laisser ses amis derrière. ?Nou bann generasyon 1975. J?étais sur le pont de Grande -Rivière??

Autre exemple de cet esprit de contestation : sa mère l?exhorte à aller étudier le droit. Lui refuse. ?J?avais décidé que je n?allais pas faire le droit. Comme ça. Par esprit de contradiction.? Ses études secondaires complétées, il préfère prendre de l?emploi comme réparateur de téléviseurs et de postes radios chez Goupille et Compagnie. En parallèle, il suit les cours de City and Guilds pour devenir ingénieur.

Ce sera Jayen Cuttaree, à l?époque Junior de son père, qui le fera changer d?avis. ?Jayen venait de rentrer au pays après ses études supérieures en France et il avait ramené avec lui toutes ses affaires. Son téléviseur fonctionnait selon le système français et il fallait changer une pièce pour l?adapter au système en vigueur à Maurice. J?ai réussi à la changer. À chaque fois qu?il me voyait, il me disait : ?Tournavis pa al dan to lamin?. Je dois avouer que moi non plus, je n?étais pas trop à l?aise avec cet outil?. Moorari Gujadhur tiendra trois ans avant d?abdiquer.

C?est à l?université de Buckingham, en Grande-Bretagne, qu?il s?envole à 21 ans en vue d?étudier pour décrocher son LLB. C?est aussi dans ce pays qu?il effectue son barreau, fait un pupillage de neuf mois chez l?avocat Nigel Tozzi, ?à l?époque, une des étoiles montantes du barreau anglais?. Le Mauricien prête serment en 1987.

Marié à la Britannique Suzanne, également avocate, il regagne Maurice un an plus tard. Et pour ne pas faire comme tout le monde, il commence sa pratique non pas au cabinet de son père mais chez Sir Hamid Moollan, Queen?s Counsel. ?Je ne voulais pas travailler avec papa. On vivait déjà ensemble. Quand Sir Hamid m?a proposé de travailler avec lui, j?ai accepté, sachant que je gagnerai beaucoup, surtout en droit français. Ainsi, j?avais le meilleur des deux mondes. À la maison, je bénéficiais de l?encadrement de papa et au bureau, de celui de Sir Hamid?.

Il reste aux Moollan Chambers jusqu?à la mort de son père en 1995. S?il n?a jamais eu à affronter son père en Cour, celui-ci est demeuré son pire critique. ?Papa ne m?a jamais facilité la vie. Avec recul, je pense qu?il avait raison. Mais sur le moment, cela m?embêtait. Il ne me fournissait jamais les réponses et cela m?obligeait à aller faire mes propres recherches alors que moi, je voulais me divertir. Il venait me voir plaider en Cour et apre mo gaign kritik lakaz. C?était extrêmement difficile de lui plaire. Aujourd?hui, je me rends compte qu?il était très fier de moi, même s?il ne le montrait jamais?.

Cette tactique d?éducation à la dure a été payante car elle lui a permis de ne pas se contenter de peu et de toujours viser le niveau le plus élevé dans tout ce qu?il entreprend.

Moorari Gujadhur a longtemps fait du droit pénal, prenant plaisir à mener un contre interrogatoire serré dans l?optique de confondre un témoin à la version douteuse ou encore d?arriver, par sa plaidoirie, à renverser la tendance d?un bench qu?il sent hostile. Mais depuis le début des années 90, il s?occupe surtout de droit des affaires, comme son épouse. ?C?est un hasard, même si le droit pénal commençait à me lasser par son côté répétitif. On m?a confié une affaire de droit commercial. Puis une autre et ce type d?affaires se sont enchaînés. Ce qui me plaît avec le droit des affaires, c?est qu?en sus de sa dimension internationale, il est très exigeant et interpellant intellectuellement. Il m?aurait été impossible dans la pratique de cumuler le droit pénal à celui des affaires.?

Professionnaliser le barreau

Récemment, Moorari Gujadhur a fait une dérogation à son mode de fonctionnement, acceptant de défendre Isabelle Maigrot dans l?affaire d?assassinat de Vanessa Lagesse. ?Je l?ai fait car j?avais le sentiment qu?il y avait eu un procès par la presse. Et je suis heureux d?avoir pu faire libérer Isabelle Maigrot.?

Quelques heures à peine après son élection non-contestée comme président du Bar Council, il déclarait qu?il fallait dépolitiser cette institution. Déclaration bizarre de la part d?un proche du Mouvement militant mauricien (MMM) et qui pourrait être perçue comme dénigrante vis-à-vis de ses prédécesseurs. Moorari Gujadhur ne partage pas cet avis.

?Je ne l?ai pas dit pour dénigrer mes prédécesseurs. Je crois avoir été en partie élu par réaction. D?après moi, mes confrères ont craint la nomination d?Anil Gayan, qui a fait de la politique active. Je suis proche du MMM mais je crois aussi avoir prouvé que je ne mélange pas ma profession et la politique. Comme il n?y a pas eu d?opposition à la proposition d?Ivan Collendavelloo me concernant, je réalise que la profession l?a réalisé et me respecte.?

Il ne faut pas s?attendre à ce que Moorari Gujadhur casse la baraque à la tête du Bar Council. ?Lorsque j?étais jeune, j?avais rencontré un célèbre Queen?s Counsel anglais et je lui reprochais de faire le jeu du système en l?ayant intégré. Il m?a répliqué que c?est en étant à l?intérieur du système qu?il peut mieux défendre les gens. À l?époque, je ne l?avais pas compris. Aujourd?hui, cette déclaration a pris toute son importance à mes yeux. Je suis convaincu que l?on peut changer within.?

S?il trouve qu?il y a de bonnes choses au sein du barreau mauricien, il craint qu?il n?y ait relâchement des ?higher moral standards? vu son agrandissement. ?En 1991 par exemple, il n?y avait que 98 avocats au barreau. Aujourd?hui, il y en a 300 à 400. Le barreau s?agrandit et j?en suis favorable. Mais il faut garder le respect des higher moral standards, surtout pour les jeunes avocats qui commencent à exercer et qui manquent d?encadrement. Enn ou de ase pou gate nom 300 dimounn?, estime-t-il.

Il trouve par exemple que les avocats devraient se garder de faire des déclarations à la presse sur leurs affaires en Cour. ?En Grande-Bretagne, ou kapav perdi ou rob pou sa ! Je veux que lorsqu?un avocat se met debout et parle en Cour, sa parole ne soit pas mise en doute. Si le système a fonctionné, c?est parce que les avocats ont su garder des high moral standards. Cela doit continuer. Plus le barreau sera respecté, plus les avocats voudront être membres de ce groupe exclusif.?

Même s?il n?a qu?un an à sa disposition et qu?il sait que cette tâche peut se révéler herculéenne, il veut soulever un débat sur l?éthique. ?Je pourrai organiser une conférence sur l?éthique. Je jetterai l?idée et la laisserai germer. L?important est de ne pas avoir peur des idées. Il faut bien commencer quelque part.? Ainsi soit-il?

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