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La passion du vin
Clifford Oxenham, président, directeur général d’E.C. Oxenham and Cy. Ltd, a une double raison de sabler le champagne ce mois-ci. La première est que la compagnie familiale qu’il dirige, d’une main de fer dans un gant de velours, fête ses 75 ans. La seconde est que ce septuagénaire est l’un des décorés de la République. Il est en effet depuis hier Grand Officer of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean pour services rendus au secteur industriel. Portrait d’un homme d’affaires qui a poursuivi l’œuvre de son père – qui était de mettre le vin à la portée de tous les Mauriciens – tout en sachant diversifier les activités de la compagnie.
Clifford Oxenham a le même âge que la compagnie qu’il dirige. Pourtant, le temps semble n’avoir eu aucune prise ni sur l’un, ni sur l’autre. L’homme se tient droit comme un i et se déplace toujours d’un pas alerte. Si le yoga qu’il pratique dès 4 h 30 le matin et ses quatre kilomètres de marche l’après-midi n’y sont pas étrangers, sa consommation quotidienne de vin a assurément sa contribution. “Je bois presque une bouteille par jour”, confie-t-il.
Ce patriarche a de quoi être fier du parcours accompli par la compagnie qu’il dirige. C’est d’abord la seule compagnie familiale d’avant et d’après-guerre encore en activité jusqu’ici. Ensuite, au fil du temps, E.C. Oxenham and Cy. Ltd est devenue le leader dans la vente de vins fabriqués localement et dans celle des vins importés d’Afrique du Sud. Mais ses débuts ont été laborieux.
C’est le père de Clifford Oxenham, Edward Clark, ingénieur mécanique de formation mais curieux et touche-à-tout dans la pratique, qui a l’idée, après s’être documenté sur la fabrication du vin, de tenter un essai. A l’époque, il n’y a que le vin français qui soit disponible sur le marché et son prix n’est pas à la portée de tous les Mauriciens.
Edward Clark y voit là un créneau à exploiter. Ses essais s’avèrent concluants. D’où son exclamation “Eurêka”, mot grec signifiant “j’ai trouvé”. C’est ainsi qu’il baptise le vin de son cru “Eurêka”. Vin local qui coûte un quart du prix des vins français commercialisés en ce temps-là. Les Mauriciens font un très bon accueil au vin Eurêka. “C’est de là que tout est parti”, raconte Clifford Oxenham.
3000 litres par jour</B>
La fabrique E.C. Oxenham and Cy. Ltd opère alors avec une trentaine d’employés à la rue La Poudrière, à Port-Louis, et produit alors 3000 litres de vin par jour. Son centre d’embouteillage se trouve à la rue Edith-Cavell. Seize ans après ce départ fulgurant, le fondateur de la compagnie meurt subitement. Son fils aîné, Nutcombe, qui a tout appris de son père, reprend le flambeau.
C’est en 1952, après des études secondaires au Collège du St. Esprit que Clifford Oxenham rejoint son frère aîné dans l’entreprise familiale. Comme ce dernier, il apprend tous les rouages de la fabrication du vin avant de prendre la direction de l’embouteillage et des ventes. Etant convaincu que pour connaître un métier à fond, il faut se retrousser les manches et mettre la main à la pâte, Clifford Oxenham tire le vin de ses mains, nettoie les bouteilles avec la brosse à biberons, s’active sur la machine à capsuler, aide à descendre les cuves de 200 litres des camions et conduit même ces imposants véhicules lors de livraisons. Ses employés qu’il considère comme “des amis”, n’en sont que plus admiratifs.
N’étant pas homme à fuir devant les responsabilités, en période de production, il reste à l’usine avec eux jusqu’à 5 heures. La fabrique a quitté la rue de La Poudrière pour un bâtiment à la rue Harris, Port-Louis. A un moment donné, l’embouteillage vient l’y rejoindre. En 1964, Nutcombe Oxenham décide d’importer des concentrés de pur jus de raisin d’Afrique du Sud pour la fabrication du vin. Ainsi naît le Cordon, autre vin bien accepté de la population.
Statut d’importateur </B>
Nutcombe Oxenham bute toutefois sur la réticence des hôteliers à accepter son vin. Le premier hôtelier à baisser sa garde et à lui faire confiance est le groupe Beachcomber qui négocie pour obtenir une étiquette personnalisée. Depuis, d’autres hôtels lui ont emboîté le pas.
Clifford Oxenham décide qu’il est temps pour lui d’apprendre la gestion et la comptabilité. Aussitôt pensé, aussitôt exécuté. En 1982, la compagnie devient l’importateur et le distributeur exclusif de vins sud-africains de la marque Bellingham. Trois ans plus tard, il obtient les mêmes droits pour les vins français d’Antonin Rodet. En 1987, E.C. Oxenham and Cy. Ltd produit du brandy, du rhum et d’autres spiritueux après l’obtention de son permis de distillateur. Mais la compagnie ne se contente pas de cela. Elle va jusqu’à importer du whisky, devenant l’importateur et le distributeur exclusif de Whyte and Mackay.
Pour Clifford Oxenham qui a pris le relais de son frère Nutcombe, qui s’est éteint voilà trois ans, l’investissement dans les spiritueux coule de source. “Nous suivons la rivière. C’est toujours de l’alcool.” En 1989, la compagnie emménage dans le local qu’il occupe aujourd’hui à Phoenix. Dans le but de parfaire la production de vins et d’avoir des nez au sein de la maison, trois Oxenham vont étudier l’œnologie à l’université de Dijon, en France. Ils sont Edward, dernier frère de Clifford Oxenham, Patrick, son neveu, et Steve, son avant dernier fils. Mais on retrouve les membres du clan à d’autres postes-clés de l’entreprise. Brian, autre fils de Clifford Oxenham, est responsable de l’embouteillage. Il est assisté par son frère, Frédéric. Un autre fils de Clifford Oxenham, Sylvan, exerce comme comptable. Son assistant est son cousin Christopher. Alan Oxenham, neveu de l’actuel P.-d.g., s’occupe des ventes et de la publicité.
Clifford Oxenham reconnaît qu’il n’est pas toujours aisé de travailler en famille. “Nous avons des prises de bec mais c’est ce qui fait la beauté des échanges. On finit par s’entendre pour le bien de tout le monde.”
E.C. Oxenham and Cy. Ltd a diversifié ses marchés d’importation. A l’Afrique du sud, la compagnie a ajouté le Chili et l’Espagne comme fournisseurs de concentrés de pur jus de raisin pour la fermentation et la vinification de sa production locale. La compagnie fait aussi de la mise en bouteille de conteneurs de 10 000 litres de vins chiliens et espagnols. Si les ventes de ces derniers sont appréciables, ses best-sellers demeurent ses vins locaux “Bordofin” et “Eurêka”. “Ce sont ces marques-là qui nous font vivre”, confie le patriarche.
<B>Rhum agricole</B>
Durant toutes ces années, les Oxenham ont dû lutter contre la concurrence d’autres importateurs et les promotions des grandes surfaces. Ce qui a toujours fait la différence, explique le P.-d.g. de la compagnie, c’est le service qu’elle offre. “Un concurrent a fait une étude sur le vin et nous avons appris que ladite étude nous créditait du meilleur service”.
Les Seychelles, l’Ouganda et le Kenya s’approvisionnent aussi chez E.C. Oxenham. “D’ici le mois prochain, l’Inde importera nos produits. Nous prospectons actuellement le marché chinois. C’est maintenant que la Chine commence à apprécier le vin. Nous allons voir si la chance nous sourit dans ce pays.” Clifford Oxenham et les autres directeurs de la compagnie ont récemment investi plus de Rs 10 millions dans l’achat d’équipements en vue de fabriquer du rhum agricole dont la production serait imminente.
<I>A l’époque, il n’y a que le vin français qui soit disponible sur le marché et son prix n’est pas à la portée de tous les Mauriciens. Edward Clark y voit là un créneau à exploiter. Ses essais s’avèrent concluants. D’où son exclamation “Eurêka”, mot grec signifiant “j’ai trouvé”. C’est ainsi qu’il baptise le vin de son cru “Eurêka”...</I>
Au train où vont les affaires, le patriarche aurait pu se retirer et prendre du repos. Mais l’homme estime qu’il est de son devoir de continuer à prendre la température de l’usine. C’est ainsi qu’il se rend au travail chaque matin pour veiller à ce que tout se déroule correctement, inspecter sa flotte de 20 camions et surtout pour dialoguer avec ses “amis”, dénombrés aujourd’hui à 255. “Même si je ne suis pas dans la cour avec les employés, ma porte est toujours ouverte pour eux. C’est ce qui explique, je crois, le fait que personne n’ait éprouvé jusqu’ici le besoin de se syndiquer.”
Voilà de quoi inspirer les entrepreneurs de demain….
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