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Maurice-Madagascar, s?allier pour progresser
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Maurice-Madagascar, s?allier pour progresser
Tapis rouge pour Marc Ravalomanana. Invité d?honneur pour la fête de l?Indépendance, le président malgache est arrivé hier. Avec, certes, quelques minutes de retard. En attendant sa journée chargée d?aujourd?hui, il a inauguré un centre d?exposition de produits malgaches à Floréal.
15 h 15. Marc Ravalomanana est accueilli par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et son épouse,Veena, à sa descente d?avion. Lalao Ravalomanana, elle, n?a pu faire le déplacement comme cela avait été prévu initialement.
Marc Ravalomanana passe en revue la garde d?honneur et serre rapidement les mains des personnalités présentes à l?aéroport : ministres, ambassadeurs, politiciens...
Mais les affaires sont aussi au rendez-vous. La visite de Marc Ravalomanana est placée sous le signe du raffermissement des liens et de la coopération économique. Lors de l?inauguration du centre d?exposition de produits malgaches, nouvellement créé dans l?enceinte de l?ambassade de Madagascar, il affirme son attachement à attirer les hommes d?affaires dans son pays.
L?inauguration a eu lieu en présence de nombreux hommes d?affaires mauriciens qui ont des intérêts à Madagascar. Détail symbolique : le centre porte les noms de Ratafika et Rahovy, les fils d?un roi malgache, venus parfaire leur éducation à Maurice en 1816.
?Le centre a pour mission d?informer les investisseurs sur le potentiel qui existe à Madagascar ?, lance le président malgache. Et il n?aura pas perdu son temps, puisque quelques minutes après l?inauguration officielle, il s?entretient en privé avec le ministre des Affaires étrangères, Madan Dulloo, et le ministre de l?Industrie, Rajesh Jeetah, en présence du ministre malgache des Affaires étrangères, Marcel Ranjeva, et de son collègue de l?Economie, Harison Edmond Randriarimanana.
Marc Ravalomanana présente, pendant une dizaine de minutes, aux ministres mauriciens les grandes lignes du Madagascar Action Plan, vaste plan d?action pour le développement économique. ?Nous avons exploré des pistes. Il faut battre le fer quand il est chaud?, a commenté Marcel Ranjeva, quelques instants après la réunion.
Coopération économique plus forte
Le centre Ratafika et Rahovy se veut une vitrine de Madagascar, un outil de promotion de l?artisanat. Cette initiative s?insère dans le cadre du Madagascar Action Plan. ?C?est un saut qualitatif?, précise Marc Ravalomanana. Le centre d?exposition présente une large panoplie de produits malgaches : artisanat, alimentation, vins? Ils sont encore largement inconnus à Maurice.
Mais le centre devrait proposer surtout un accompagnement aux investisseurs, les orienter pour mieux comprendre les procédures en vigueur dans la Grande Ile. A plus forte raison depuis que la reprise économique est ?perceptible?, comme le signale le président malgache. Bref, il sera ?une plate-forme d?échange et de promotion de l?investissement ?, comme on le définit déjà à l?ambassade.
La partie mauricienne est enthousiaste, à l?image de Vijay Ramgoolam, directeur de la Small Enterprises & Handicraft Authority, qui voit déjà des avenues de coopération. Et qui prépare déjà une mission dans la Grande Ile. Les entrepreneurs présents hier à Floréal ont, eux aussi, salué l?initiative d?ouvrir un centre d?exposition. ?Mais il faudra un suivi, par exemple, avec la création d?un poste de conseiller économique?, suggère un industriel.
Dans la soirée, Marc Ravalomanana a présidé le banquet donné en son honneur au Vaghjee Hall, à Port-Louis. Il en a profité pour réitérer son engagement à une coopération économique plus forte.
?Madagascar a laissé passer des occasions, mais nous voulons jouer un rôle clé ?, a-t-il ajouté. Il veut surtout redonner confiance aux investisseurs avec la création d?un board of investment malgache. ?Maurice et Madagascar doivent ?uvrer ensemble pour forger des alliances stratégiques?, a-t-il souhaité en conclusion de son discours.
Thierry CHATEAU
CÉLÉBRATIONS
Tout un programme
A partir de 17 heures, le président malgache sera sur l?esplanade du front de mer de Port-Louis. Auparavant, il aura déposé deux gerbes, l?une sur le ?samadhi? de Sir Seewoosagur Ramgoolam, à Pamplemousses, et l?autre, au Morne. Ce matin, Marc Ravalomanana sera aussi fait citoyen d?honneur de Port-Louis. Il rencontrera le président de la République à la State House dans l?après-midi. Demain, le président malgache fera un discours à l?Assemblée nationale, à partir de 11 h 30. Il déjeunera à l?Indra, au Domaine Les Pailles, avant de regagner l?aéroport. Son départ est prévu à 14 h 35. Et durant son séjour, C?est à l?hôtel Prince Maurice que Marc Ravalomanana termine ses soirées.
DISCOURS
Navin Ramgoolam souhaite une ?position commune?
Le Premier ministre a souhaité que Maurice et Madagascar adoptent une position commune à l?Organisation mondiale du commerce. Les deux pays doivent aussi ?uvrer de concert dans les instances régionales. Il l?a fait savoir à Marc Ravalomanana, lors de son discours au banquet, au Vaghjee Hall. Navin Ramgoolam estime qu?une nouvelle ère de coopération entre les deux pays est née. Amitié entre lui et le président malgache ou fusion des avantages, mais aussi valeurs communes et surtout présence d?entrepreneurs dans les deux pays? Maurice et Madagascar sont liés, historiquement déjà, mais plus encore aujourd?hui avec la mise en place d?accords, notamment concernant les investissements. Navin Ramgoolam rappelle que pour faire face à la mondialisation, il faut appliquer des mesures d?intégration à l?économie mondiale. ?L?Afrique doit avoir la place qui lui revient.? Et avec elle, Maurice et Madagascar?
Notre pays, notre fierté ?
?Notre pays, notre fierté?, dit le slogan gouvernemental cette année pour nos 39 ans d?Indépendance. Mais fait-il vraiment notre fierté, ce pays ? Oui, dit la majorité des gens à qui nous avons posé la question. Mais on réalise bien vite que toute notion patriotique n?est souvent exprimée que du bout des lèvres. Pour une raison très simple : on ne sait pas trop de quoi il faudrait être fier.
D?abord notre histoire, celle qui mène à l?Indépendance, est quasiment méconnue de ceux qui sont nés après l?Indépendance. ?Le 12 mars, c?est un jour de congé parce que c?est l?indépendance. Rien de bien extraordinaire, non? Tous les pays célèbrent leur indépendance !? répond Sujata, 22 ans, étudiante à l?université de Maurice. Etonnant, non ? Pourtant. ?J?aime mon pays !? insiste-t-elle. Que veut dire aimer son pays ? Haussement d?épaules. ?Je suis fière d?être mauricienne !?
Malenn Oodiah, sociologue, a une explication toute simple. ?Ceux qui ont vécu l?indépendance et qui sont toujours actifs aujourd?hui avaient, en 1968, entre 15 et 20 ans. Les autres dépendent de l?Histoire qui leur est racontée. Mais on ne raconte plus l?Histoire de l?indépendance à nos jeunes ? surtout pas a l?école.? Ne dit-on pas qu?un peuple sans Histoire est un peuple sans gouvernail ?
?Un an ou six mois de service civil?
Sans gouvernail et donc forcément sans patriotisme. Effectivement, 39 ans après l?accession du pays à l?Indépendance, force est de constater que le patriotisme n?est pas un sentiment qui anime la grande majorité des Mauriciens. Pour Nita Deerpalsing, députée, cela se voit surtout dans la manière d?agir des gens, dans leur incivisme. ?Quand je vois les gens qui vont à la plage et laissent leurs ordures derrière eux, je me dis que quand on aime son pays, on ne fait pas cela. Quand je vois les gens qui baissent la vitre de leur voiture en pleine route pour jeter une bouteille en plastique sur l?autoroute, je me dis que si ces gens-là aimaient leurs pays, ils ne la pollueraient pas autant.?
Cet incivisme vient d?un manque aigu de conscience citoyenne. Est-ce la faute à l?éducation ? Reshma B., enseignante au secondaire, déplore le fait que dans le curriculum, il faut apprendre aux collégiens comment Maurice a été découverte ?mais on ne trouve pas important de leur apprendre comment nous avons accédé à l?indépendance et surtout les circonstances entourant cet événement?. Pour cette enseignante, ce manque de connaissance fait que les jeunes d?aujourd?hui font un amalgame entre indépendance et le gouvernement du jour. ?Quand ces jeunes du collège St Mary?s boycottent Gokhool, c?est le pays qu?ils insultent, c?est tout ce que peut représenter notre indépendance?, ajoute-t-elle, non sans pertinence.
Jean Paul Chasteau, le patron de l?assurance Swan, est très concerné justement par ce manque de conscience citoyenne. ?Je me demande s?il ne faudrait pas rendre obligatoire une année de service citoyen à nos jeunes qui finissent le cycle secondaire ? C?est le seul moyen d?instiller en eux cette conscience citoyenne.? Un avis partagé par Nita Deerpalsing. ?Un an ou bien même six mois passés au service de son pays ? pas un service militaire mais civil ? devrait certainement aider nos jeunes à développer une attitude responsable et patriotique?, affirme-t-elle.
Mais certains l?ont toujours, cette fibre patriotique. Yusuf, 38 ans, est chauffeur de taxi. Dans sa voiture, il a installé fièrement un petit quadricolore. Mais à sa grande surprise, ses clients lui font régulièrement la remarque que ?ou bien kontan ou gouvernma mo trouve?. Lui, n?en revient pas. ?Le drapeau national est le symbole de ma fierté pour mon pays. Pas pour les politiciens.? De quoi est-il fier ? ?Mais d?être un peuple libre. De ne pas être un pays assisté comme la Réunion. Nounn dibout lor nou lipie ek nou ena dinite?, explique-t-il avec passion.
Ce sentiment d?appartenance au pays est remplacé, par certains, par l?identification à leur communauté, explique Malenn Oodiah. Et ce sentiment met à mal la notion de ?vivre ensemble?. Un sentiment qui a fait surface depuis une quinzaine d?années et qui a été exacerbé par la globalisation, dans le sens où se rattacher à un pays a peu de sens.
Alors, ?nou pays, nou fierte? ? Il faudrait travailler là-dessus, pas seulement le dire.
Deepa BHOOKHUN
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