Publicité

Crise en sursis

11 mars 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Circulez, il n?y a rien à voir. » C?est, en quelque sorte, ce qu?on veut faire savoir au ministère du Commerce sur les dossiers du ciment et du fer de construction. Pourtant, dans le secteur du bâtiment, on affirme qu?une crise majeure vient d?être évitée. Et que le calme qui semble être revenu pourrait être suivi par une autre situation délicate si un dialogue constructif n?est pas établi, une fois pour toutes, entre Rajesh Jeetah le ministre du Commerce, et les acteurs les plus importants de l?industrie de la construction.

En janvier, la guerre était ouverte entre Rajesh Jeetah et les deux cimentiers de l?île : Lafarge et Holcim. Au point où certains de leurs représentants n?ont pas hésité à dire que leur présence à Maurice pourrait « être remise en cause ». Les cimentiers n?ont, en effet, pas obtenu la hausse des prix qu?ils réclamaient. Mais la situation a malgré tout été débloquée à la faveur du remboursement aux cimentiers de leurs pertes sur le taux de change.

« Il faut que le dialogue revienne. Nous n?avons rien contre le contrôle des prix. Mais dans ce cas, il faut préciser de quelle catégorie de ciment on parle. Et instaurer, au passage, un contrôle à travers un système du type Automatic Pricing Mechanism », explique Pascal Naud, le directeur général de Holcim. Mais dans le secteur, certains n?hésitent pas à redire qu?une position trop rigide du ministère du Commerce durant l?année sur d?éventuelles demandes de hausses du prix du ciment pourrait relancer les tensions.

Les plus grands chantiersavaient souffert

Pire, si lors des négociations autour de l?importation de la cargaison de ciment pour 2008, le ministère impose une structure des prix déconnectée des réalités du marché et des cours mondiaux, les plus pessimistes prédisent une violente réaction des cimentiers.

Qui pourraient aller jusqu?à stopper leur production. « Le ciment est un produit important pour le pays. Mais il ne faudrait pas que le ministre aborde ce dossier avec intransigeance. Ce n?est pas une bataille idéologique à mener. Si cela arrive, les conséquences pourraient être graves », prévient le directeur d?une importante entreprise de construction.

Tandis que le dossier ciment semble avoir été réglé pour l?heure, celui des fers de construction est plus que jamais volatile. Au ministère du Commerce, on affirme que la réunion qui a eu lieu en fin de semaine entre le ministre du Commerce, le Joint Economic Council, Desbro, les importateurs de fer ainsi que les associations de consommateurs, s?est très bien passée. « Nous nous sommes assurés, et on nous a assuré que la production suit son cours. Et que la demande du marché local en fer est satisfaite », déclare-t-on au ministère de Rajesh Jeetah.

Mais encore une fois, les tensions de la crise de fin 2006 demeurent. Mécon-tent du prix de vente des fers de construction fixé par le ministère, Desbro, principal fournisseur du marché local, avait cessé sa production. Déclenchant dans la foulée une pénurie passagère dont les plus grands chantiers du pays avaient souffert.

Le risque d?une pénurie est bien réel

« La situation est loin d?être réglée. Desbro a demandé une augmentation de 37 % du prix du fer. Il n?a obtenu que 20 % et a redémarré ses activités. Croyant que le rapport du Mauritius Audit Bureau (MAB) qu?on lui a promis viendrait établir qu?une hausse de 37 % est justifiée. Ils attendent toujours. Et je me demande s?ils ne vont pas finir par manifester leur impatience », explique un proche du dossier. Au ministère du Commerce, on se contente de dire que le rapport du MAB sera soumis très bientôt.

Ceux qui suivent l?évolution dumarché du fer de construction croient déceler une certaine impatience chez Desbro et affirment que l?entreprise pourrait, encore une fois, stopper sa production. Ce que des proches de la direction de Desbro nient. Un important client de l?entreprise croit même savoir que le risque d?une pénurie de barres de fer est bien réel.

« On peut avoir un stock de fers en rouleau énorme. Mais cela ne sert strictement à rien si la compagnie qui est censée transformer une bonne partie de ce stock pour le revendre se met en chômage technique. Vu l?intransigeance du ministre, cela risque de se produire bientôt », explique un cadre du ministère du Commerce.

Un scénario qui n?est pas souhaitable, quand on sait que le pays pullule en ce moment de chantiers de développement, qu?une crise viendrait encore handicaper !

Publicité