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Dialogue à réinventer

11 mars 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Désobéissance civile. Grève des étudiants. Cérémonie du drapeau boudée. Ministre de la République boycotté. Commissaire de police conspué. Voilà les images que nous renvoie la rue alors qu?on va célébrer notre 39e anniversaire d?indépendance et nos quinze ans de République. Les symptômes d?un pays qui va mal sont là.

Certes il y a plusieurs façons de voir le chemin parcouru depuis le 12 mars 1968.

En termes législatifs, il y a eu des progrès démocratiques indéniables (droits des travailleurs, avancée ? encore inachevée ? de la cause féminine, instauration de l?éducation gratuite devenue un outil de mobilité sociale). Évidemment il reste encore beaucoup à faire pour notre démocratie ; les débats s?éternisent sur la réforme électorale pour y introduire une dose de représentation proportionnelle de même que sur l?« Equal Opportunities Bill » ou le « Freedom of Information Bill », pour ne citer que ces textes fondamentaux pour toute République qui se respecte.

Et en termes strictement économiques : les analystes internationaux, spécialisés dans les études comparatives, évoquent toujours Maurice comme un exemple. Le succès aura été remarquable : le produit intérieur brut passant de 1 000 euros, au début des années 80, à 10 000 euros aujourd?hui.

Le niveau de vie, comparé aux autres pays ayant un parcours de décolonisation similaire, est jugé nettement supérieur.

Mais les temps changent. Il en est de même de nos indicateurs économiques qui clignotent au rouge. Le discours politique de nos dirigeants est devenu de plus en plus alarmant, de moins en moins socialisant. Ce qui affecte le « mood » de la population. Ce n?est guère étonnant aujourd?hui qu?un nombre grandissant de Mauriciens (41,8 % selon un récent sondage de Taylor Nelson Sofres) choisiraient d?émigrer s?ils en avaient la possibilité ! La question demeure donc pourquoi ?

Partant du principe fondamental que c?est la société qui vote, tous les gouvernements élus de l?île Maurice indépendante n?ont eu d?autre choix que de mettre l?économie au service du social afin de rester au pouvoir. Certains ont fait des mauvais choix, d?autres n?ont pas oublié leurs intérêts personnels, mais tous ont essayé, d?une manière ou d?une autre, de plaire à leur électorat. Et ce, en essayant de jouer aux équilibristes entre le secteur privé, créateur de richesses, et la masse qui veut se frayer une place dans l?exigu « ascenseur social ».

Au fil des trois dernières décennies, la formule politique, tant bien que mal, a permis à une abondante classe moyenne d?émerger. Mais aujourd?hui elle souffre, comme le pays en général.

La raison principale en est que les entreprises rentables hier, ne le sont plus aujourd?hui, à cause de la fin des privilèges (sucre et textile) et d?un marché de plus en plus compétitif sans le moindre filet de protection.

Dans son message aux collégiens et étudiants, le Premier ministre rappelle que « notre pays a besoin de s?adapter à ces changements. Nous avons besoin de changer notre mentalité [?] C?est aux jeunes d?aujourd?hui d?aider à propulser notre pays dans une ère nouvelle. »

Ce discours, lu par Dharam Gokhool, a provoqué un « walk-out » des étudiants au collège St Mary?s. Les ponts entre nos jeunes et nos politiques semblent être bel et bien coupés.

La communication gouvernementale, comme la globalisation, sonne aujourd?hui comme un discours galvaudé. Elle veut tout ou rien dire. Elle ne va pas à l?essentiel, c?est-à-dire au dialogue qui nous unit. Qui nous touche tous indépendamment de notre position, condition ou toute autre catégorisation. Les politiques parlent un langage qui n?est plus crédible pour la jeune génération.

La décision relative aux frais d?examens, pourtant entérinée dans le dernier budget, n?a jamais été explicitée aux parents, encore moins aux étudiants. Nos décideurs n?ont pas eu le courage de faire face au public, après lui avoir vendu du rêve lors de leur campagne électorale.

Et devant une telle politique de l?autruche, on peut comprendre la colère populaire. Dans pareille situation, le moratoire d?une année, réclamé par nombre de parents et d?étudiants, ne nous semble pas exagéré. Mais que fait le gouvernement au lieu de dialoguer avec les contestataires ? Dharam Gokhool a choisi d?éviter la marche des étudiants ? par ailleurs récupérée par une opposition aussi opportuniste que divisée.

Si nos décideurs persistent à se voiler la face, le mouvement de contestation va s?amplifier. Pour sortir de cette situation de crise, le pays a besoin de tout un chacun : dirigeants et opposants, secteur privé et syndicalistes, population active et étudiants. Il s?agit pour nous d??uvrer ensemble en utilisant nos points de convergence au lieu d?exacerber nos différences.

Aujourd?hui, pour résister aux flots de la mondialisation, les réformes sont incontournables. Non seulement pour nous, mais pour les générations futures.

La Banque mondiale a certes les remèdes techniques. Sauf que ceux-ci ne peuvent pas être appliqués, comme une douloureuse piqûre, dans le dos de la population. Le feeling du peuple et sa capacité à accepter les réformes doivent être tenus en ligne de compte. Sinon on continuera le dialogue de sourds.

Par essence, les jeunes ne peuvent pas être des passéistes ou des anti-patriotes.

Ils aiment se mettre au goût du jour, à rejeter toute forme de discrimination. Mais pour cela, ils doivent être interpellés par un langage neuf et dépoliticaillé.

Ils doivent se sentir concernés par l?action politique, pour l?heure accaparée par une poignée d?irréductibles dinosaures ou d?héritiers de patronyme.

Bref les jeunes d?aujourd?hui, qui peuvent pousser la roue de la réforme, appellent eux aussi à un « changement de ?mindset? ». Soit celui de nos dirigeants politiques qui jusqu?ici ne font que perpétuer un jeu sociopolitique qui divise la nation, un jeu désuet après 39 ans d?indépendance et surtout foncièrement anti-républicain?

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