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Lutchmeenaraidoo en a marre...

11 mars 2007, 00:00

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Le retour en fanfare de Vishnu Lutchmeenaraidoo à la direction du principal parti d?opposition est une affaire ambiguë. Beaucoup de Mauriciens ? et pas seulement dans les rangs des Mauves ? perçoivent l?ancien ministre des Finances d?Anerood Jugnauth comme un rival crédible de Rama Sithanen. Ils le croient porteur d?un projet économique alternatif qui a déjà fait ses preuves. Ils se trompent : en matière de politique économique, Vishnu Lutchmeenaraidoo est le clone de Rama Sithanen.

Il suffit d?aller aux sources, de retrouver la pensée économique de Lutchmeenaraidoo quand il était aux affaires, de recenser ses actions et de lecomparer à celles de Sithanen pour en être convaincu. L?exercice est troublant. Dans des circonstances différentes mais pour les mêmes raisons, ils ont appliqué exactement les mêmes prescriptions, sorties d?ailleurs du même manuel, celui du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.

Lutchmeenaraidoo est censé faire la démonstration qu?il existe une alternative, plus « humaine » et plus « sociale », à la rigueur technocratique de Sithanen et aux recommandations des institutions de Bretton Woods. C?est de la rigolade. La mémoire collective n?a sans doute gardé aucun souvenir du Lutchmeenaraidoo de l?austérité et des « mesures impopulaires ». C?est pourtant ce qu?il a été. En vérité, le premier budget présenté par le ministre Lutchmeenaraidoo en 1983, celui qui fonde son action réformatrice, est de la même mouture que celui de Sithanen. Jusque dans l?emballage. Les bons souvenirs ont chassé les mauvais?

Retrouvons le Lutchmeenaraidoo de 1983, au lendemain d?une campagne électorale injurieuse, violemment hostile à l?égard de Paul Bérenger, son prédécesseur aux Finances qu?il accuse d?avoir été un valet du FMI.

À l?Assemblée nationale, présentant la « nouvelle » stratégie économique du gouvernement, Lutchmeenaraidoo annonce d?emblée qu?il respectera les accords d?ajustement structurel en cours, approuvés précédemment par Bérenger, qui a lui-même respecté les engagements pris avant lui par Veerassamy Ringadoo.

À quel « ajustement » fait-il référence ? Afin de « maintenir le déficit budgétaire dans les limites prescrites par le FMI », Bérenger avait instauré, en 1982, une nouvelle taxe, la fameuse « Sales Tax », à l?origine sans doute de la défaite électorale du MMM aux élections de 1983.

La situation économique est catastrophique, et Maurice réduite à être une « colonie » du FMI. Outre la « Sales Tax », Bérenger s?était vu contraint d?augmenter le « Stamp Duty », une taxe sur les produits importés.

Car, disait-il alors, il lui avait été légué en héritage la « worst economic situation » imaginable. Ces taxes impopulaires qui frappent tout le monde offrent au nouveau MSM de Jugnauth et de Lutchmeenaraidoo, un puissant argument de campagne qu?ils exploitent avec le plus grand cynisme. À tel point que les électeurs déduisent que Lutchmeenaraidoo succédant à ce Bérenger « sans c?ur », les taxes honnies seraient immédiatement abolies.

Mais, à la surprise générale, le nouveau ministre des Finances affirme qu?il n?y a pas d?alternative au respect des engagements de Maurice avec le FMI et la Banque mondiale. À sa manière toujours un peu théâtrale, il dira : « I must draw the attention of my fellow countrymen that the pursuit of financial ajustment is still of the highest priority. »

Même s?il déclare pour la galerie avoir renégocié certains aspects du programme et avoir fait des « forceful representations » au FMI, Lutchmeenaraidoo maintient intégralement l?application de la « Sales Tax » et l?augmentation des tarifs du « Stamp Duty ». Mieux, il rehausse les taxes douanières sur un large éventail de produits catalogués non essentiels et luxueux, parmi lesquels le poisson, les viandes, les spaghettis, les saucisses? Les prix de produits électroménagers dont les téléviseurs, les réfrigérateurs, les congélateurs et même les pièces de rechange, montent en flèche. « Je ne peux faire autrement », admet Lutchmeenaraidoo, « la situation exige de nouveaux ?sacrifices?». Apparemment, il découvre que le pays ne peut se permettre « to lose the confidence of the IMF in our ability to restore the soundness of our finances ». Et il déclare qu?il prendra les « mesures impopulaires » qui s?imposent. Ce sont bien ses mots. Les Mauriciens ont oublié. Le Lutchmeenaraidoo de la taxe, ils ne s?en souviennent pas. Ils n?ont à l?esprit que celui de la détaxe, de la croissance revenue, des réformes réussies. Sithanen peut garder espoir?

À l?époque, on ne parle pas encore ouvertement de « ciblage » mais Lutchmeenaraidoo ne dit pas autre chose quand il évoque la nécessité de rationaliser l?octroi des subventions sur le riz et la farine, devant, dit-il, le « wasteful use » qui en est fait. Bien qu?il contredise les rumeurs de campagne électorale au sujet d?un éventuel licenciement massif de fonctionnaires, il dit clairement que les emplois futurs ne se trouvent que dans le secteur privé et que l?État ne peut pas continuer à subventionner des organismes parapublics inefficients. Je pense que, s?il avait été aux affaires, il aurait fermé la DWC, sans recaser les licenciés. Il avait d?ailleurs annoncé des « corrective measures ».

Les convergences ne s?arrêtent pas là. Sur le plan de l?attitude à l?égard du secteur privé et des classes fortunées, il est amusant de rappeler que Lutchmeenaraidoo, ce « libéral » devenu le chouchou perdu du secteur privé et des cadres, est aussi celui qui avait introduit une nouvelle taxe sur tous les « campements and bungalows », tant sur les terres acquises en toute propriété que sur les terrains loués à bail. Il avait également institué une formule de taxation intérimaire en attendant « the preparatio of a valuation list? ». Il avait aussi introduit une « Land Transfer Tax », une nouvelle taxe sur les chasses. Oui, on en parlait déjà en 1983 ! Plus inattendue encore, cette mesure « approuvée par le FMI », précisera le ministre, une « withholding tax » de 20 % sur les dividendes. Quand je pense au tollé soulevé par la taxe sur les intérêts bancaires?

Ainsi, Lutchmeenaraidoo n?avait fait rien d?autre que de reprendre à son compte les mesures décidées en 1982. Dans un premier temps, ni lui, ni Bérenger n?avaient eu d?ailleurs le choix. Le programme Lutchmeenaraidoo est tellement celui de Bérenger que Lutchmeenaraidoo est traité de « fidèle copieur » de Bérenger dans un document de campagne publié par le MMM en 1987.

Que retenir de ce parallèle ? Que ni Bérenger ni Lutchmeenaraidoo ni Sithanen ne sont des faiseurs de miracles. Que les lois de l?économie s?imposent pareillement aux uns et aux autres. Il reste la manière ; sur ce plan, Sithanen a des choses à apprendre. Que retenir encore ? Ah, oui ! Que Lutchmeenaraidoo avait eu en son Premier ministre, Anerood Jugnauth, un puissant allié. Jusqu?au moment où Jugnauth, pour sa survie politique, a souhaité retrouver Bérenger, ce que Lutchmeenaraidoo n?a pas pu digérer. Il est parti en claquant la porte et en s?écriant :

« J?en ai marre d?embrasser les adversaires d?hier et de renier les amis d?aujourd?hui. »

Vraiment ?

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