Publicité

Joe Rayeroux, quand l?histoire est devoir de mémoire

11 mars 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Aller à la quête de l?histoire, c?est toute une histoire ! On vient comme dans un roman à y vivre tout un lot de péripéties rocambolesques, de mésaventures, de surprises, de grandes joies, de drames et de rencontres.

Joe Rayeroux est de ceux qui, fidèles à l?histoire, se laissent emporter dans l?aventure en véritable devoir de mémoire. Cet homme de 80 ans, revenu à Maurice le temps des vacances, n?est pas venu profiter de la plage en touriste. Son dernier voyage ici date de dix ans. Et y retourner, c?est comme renouer avec ses racines, retrouver des vestiges passés.

Au Blue Penny Museum où il a été récemment, il est resté bouche bée. Pour tout vous dire, Joe est un passionné d?histoire, mais pas n?importe laquelle ; celle des batailles navales, des amiraux, des bateaux de guerre de la marine britannique ou française ayant accosté nos rives. Ce qui l?intéresse le plus, c?est la bataille de Grand-Port.

Émigré en Australie depuis 40 ans, Joe, qui est resté comme il le dit « Mauricien de c?ur », y a emmené l?histoire en héritage. Un héritage qu?il s?efforce à faire fructifier en collectionnant livres, articles, documents, photographies relatifs à cette bataille et aux bateaux y ayant participé.

Tant d?efforts et de temps consacré à retracer l?histoire dans ses détails les plus infimes pour être le plus vrai possible. Oui, Joe, c?est la précision et la sincérité. Précision, car il recherche toujours le maximum d?informations et arrive aujourd?hui à distinguer les bateaux de guerre l?un de l?autre. Il s?indigne, par exemple, en montrant la photocopie d?une photographie de La Magicienne, bateau de la marine anglaise surnommé par erreur Le Syrius dans un journal local. Sincérité, parce que son enthousiasme quand il partage ses connaissances est le même que lorsqu?il était enfant.

C?est d?ailleurs à cette époque de sa vie qu?est né son engouement pour l?histoire. Natif de Mahébourg, c?est son père Israël Rayeroux, infirmier en chef à l?hôpital de la région, qui lui parla de la bataille de Grand-Port qui a duré du 23 au 27 août 1810 pour la première fois. C?est lui qui suscita l?intérêt de Joe en lui racontant des bribes de cet événement. « Je jouais ces temps-là à la Pointe-des-Régates ou encore avec les boulets de canons datant de la bataille qui se trouvaient près de l?hôpital. Mon père m?a dit qu?au-delà de la falaise, près de l?île de la Passe, a eu lieu une grande bataille navale. Depuis, cette histoire est restée ancrée dans ma mémoire », relate-t-il avec émoi.

Et Joe, en grandissant, de s?y intéresser de plus en plus, bouquinant et se renseignant pour en savoir le plus possible. C?est ainsi qu?il apprend que c?est au Château Gheude, aujourd?hui le musée naval, qu?on soigna Willoughby et Duperré, deux amiraux rivaux. En 1933, Austin, le directeur du chemin de fer, dirige les opérations pour remonter une partie de La Magicienne, un des bateaux de la flotte anglaise utilisé dans la bataille.

Une immense joie l?envahit

Sept ans plus tard, Joe se rend au Mauritius Institute pour se renseigner et est envoyé dans une aile de l?hôtel du gouvernement. Grande est sa surprise en y découvrant la coque de La Magicienne, des grains de riz, des boutons, des bouts d?assiettes et des uniformes d?officier pourris. Une immense joie l?envahit. La vérité est en phase de se constituer.

En se documentant, Joe apprend comment les Anglais ont été capturés et comment ces derniers, voyant venir leurs ennemis, ont préféré saborder un de leurs bateaux, La Magicienne. En 1996, il se rend à l?île de la Passe. « J?y ai vu le chenal (passage resserré naturel ou artificiel permettant la navigation entre des îles) utilisé par les Français pour accéder là où se trouvaient les Anglais, déjouant ainsi la trappe que ceux-ci avaient préparée à leur intention », dit-il.

Bout par bout, document par document, Joe recompose l?histoire. Un hobby qui remplit plusieurs albums au fil des années et qu?il conte encore et encore avec les yeux brillants, les mains mouvantes et la même ferveur.

Rolande, sa femme, a depuis longtemps compris qu?en cohabitant avec Joe, elle partageait aussi sa vie avec ces événements historiques. « Mon mari a du flair pour trouver tous ces documents. Après le dîner, il s?assoit devant ses albums et les peaufine avec de nouveaux documents ou des notes. Ces atlas sont devenus mes rivaux.

En plus, quand il en parle, toutes les autres conversations meurent ! », dit-elle avec le sourire.

Son seul regret et celui de ses enfants sont que Joe n?a pas encore pris le temps de raconter tout ce qu?il sait dans des livres et tout collecter dans un volume. « Pour lui, c?est une satisfaction personnelle, mais c?est dommage pour les jeunes générations », confie-t-elle. Joe aussi voudrait retranscrire toutes ses connaissances. « Il ne faut pas laisser perdre tout ce qu?on a hérité, ce qu?on peut conserver pour le pays et que même le temps ne peut user. »

À trois ans du bicentenaire de la bataille navale, Joe est encore plus passionné et voudrait bien revenir pour l?occasion, mais sans trop d?espoir. Le voyage d?Australie coûte cher et il ne revient d?habitude que tous les dix ans. « J?ai beaucoup d?idées, c?est dommage que le gouvernement n?agisse pas plus pour conserver l?histoire », confie-t-il.

En vacances jusqu?au 25 mars prochain, on espère que son chemin croisera celui d?un historien pour qu?enfin toutes ces connaissances prennent une dimension historique. L?histoire nous le dira?

Publicité