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Bavardages

10 mars 2007, 00:00

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Par VOLCY

Je ne sais pas si vous fréquentez des endroits où on parle pour le plaisir de ne rien dire mais pas pour celui de ne rien médire. Il y a ainsi, chez les BCBG (ce n?est pas un vaccin), ce qu?on appelle pompeusement le salon. C?est un endroit où se retrouvent des carnivores qui croquent tout ce qui leur tombe sous les canines, dépeçant à belles dents leur prochain comme leur lointain.

? Tu as appris que Fred avait recollé avec cette sotte d?Alice quelques mois seulement après avoir «cassé piquant ?»

? Alice ? Non ! Tu es sûre ? Mais pas plus tard que la semaine dernière j?ai aperçu notre homme campé devant la maison de sa première conquête, tu sais, Bénédicte, celle qui carbure à la vodka et, d?après sa pose, je n?ai pas su s?il était là en tant que galant bambous ou galant colonne.

Ce sont les dames qui ont souvent le monopole des péroraisons et j?ai déjà entendu une mégère qui disait à son époux : «S?il te plaît, ne parle pas pendant que je t?interromps !» J?avais toujours considéré le mari comme un Aliboron aussi n?ai-je pas été surpris en apprenant que sa femme le bâtait en lui souhaitant bonne ânée.

Un des endroits propices au bavardage, c?est le supermarché. La supérette, le self service ou la simple boutique essaient de rivaliser dans ce domaine mais ne seront jamais à la hauteur. Croyez-en un membre éminent du Jumbo set. L?exiguïté des lieux limite forcément l?éloquence, n?autorisant que des gestes tronqués alors qu?un dialogue énergique nécessite une ampleur de gestes et des effets de manches qui ne peuvent être obtenus que dans les grandes surfaces. Pas étonnant qu?on revienne de ces expéditions en ayant oublié le fromage au pur lait de brebisse du grand-père, la boisson diet du petit, interdite à l?école, ou le savon liquide du mari dont c?est le tour de faire la vaisselle.

Un cousin par alliance, homo volubilis par excellence, avait, lui, la spécialité de ne rien savoir par lui-même mais d?en parler quand même, relayant des informations obtenues «de source sûre». Sa lecture préférée était l?hebdomadaire français qui suit tous les événements des familles royales (c?était avant Ségolène) et il commençait régulièrement ses phrases par : «J?ai lu dans le dernier numéro de Paris Match? ?» Un jour, un parent facétieux, commentant un fait divers devant lui avait ajouté, sérieux comme un sacristain dépressif : «D?ailleurs, c?était dans le dernier numéro de Match.»

Cet article, inexistant, tortura le cousin pendant des semaines, le contraignant à des recherches inutiles et de plus en plus fébriles. C?est à la suite de cette vaine incursion dans les dernières parutions du magazine qu?il adopta une formule aussi nébuleuse qu?incontrôlable et ses interventions débutèrent dorénavant par: «Apparemment, les bougs me disent.» Et voilà que les bougs, eux aussi, s?avérèrent intarissables.

Mais la recordwoman qui mérite de figurer dans le Guinness Book c?est certainement Germaine, la femme de Stanislas. Cette marathonienne du verbiage, réussissait le tour de force de parler à bouche-que-veux-tu en respirant par tous les autres orifices disponibles, oreilles comprises. Je pensais même que si un jour elle était arrêtée pour une infraction quelconque, après avoir emberlificoté la maréchaussée, elle aurait été rapidement libérée?. sur paroles.

C?est pourquoi, lundi dernier, j?ai été mari surpris par son manque de loquacité. Étonné par ce mutisme inhabituel, j?ai demandé à Stanislas ce qui lui était arrivé.

? Ben, c?est qu?on a passé le week-end à la mer, m?a-t-il dit en guise d?explication.

  • A la mer, et alors ?

? Alors, elle a pris un coup de soleil sur la langue, a-t-il avoué piteusement.

Ai-je besoin d?ajouter que, tout comme elle, je suis resté sans voix ?

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