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Subventions SC et HSC : pas de retour en arrière, dit le gouvernement

8 mars 2007, 20:00

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Pas de marche arrière de la part du gouvernement, malgré la seconde manifestation des étudiants qui aura lieu aujourd’hui à Rose-Hill à 13 heures, après celle du 22 février à Port-Louis.

Pourtant, il y avait de l’espoir dans l’air pour les 30 000 étudiants qui prendront part aux examens du School Certificate (SC) et du Higher School Certificate (HSC) cette année. Mais il aura été de courte durée.

Hier matin, le Premier ministre Navin Ramgoolam a indiqué, lors d’une cérémonie dans le cadre de la Journee internationale de la Femme, que le Conseil des ministres allait examiner, à la mi-journée, la possibilité d’accorder, aux familles touchant plus de Rs 7 500 par mois, un moratoire d’un an pour le paiement de ces frais.

Mais le Conseil des ministres n’a rien modifié. “Nous maintenons notre décision. Il n’y a aucun changement. Les arrangements sont d’ailleurs en train d’être faits au ministère de la Sécurité sociale”, a déclaré le ministre de l’Education Dharam Gokhool à l’express hier soir.

Les nouveaux tarifs pour les examens du SC et du HSC ont d’ailleurs été officiellement communiqués aux collèges cette semaine. La plupart doivent collecter l’argent auprès des parents au plus tard à la fin de la semaine prochaine. Ces frais sont, en fonction du nombre de matières, de Rs 7 393 à Rs 9 403 pour le SC et de Rs 10 830 tout au plus pour le HSC.

Le gouvernement n’exclut toutefois pas des rencontres avec diverses associations, comme celle qui a eu lieu mardi dernier entre le vice-Premier ministre et ministre des Finances Rama Sithanen et la plate-forme citoyenne. “Les stakeholders (NdlR: parties prenantes) sont libres de s’exprimer sur la question. Des représentations sont faites et nous prenons cela en considération”, explique le ministre Gokhool.

En revanche, il n’est pas question de rencontrer la plate-forme nationale. “Il ne serait pas responsable d’avoir un dialogue avec Yahya Paraouty (NdlR : porte-parole de la plate-forme nationale) parce qu’il a un agenda politique. Ceux qui veulent dialoguer, on les écoute, mais pas ceux qui cherchent la confrontation et qui ont un agenda caché”, dit Dharam Gokhool.

Dans certains collèges, le délai pour le paiement inquiète. “C’est short-notice (NdlR : court délai), comme chaque année d’ailleurs, sauf que cette année, les parents auront à trouver davantage d’argent. De plus, le MES (NdlR : Mauritius Examinations Syndicate) nous réclame 5 % de pénalité en cas de paiement après le délai. C’est grave”, commente Harris Bachwa, porte-parole de la Fédération des managers des collèges privés.

Du côté de la plate-forme nationale, on s’attend à réunir une grosse foule aujourd’hui. Certains parlent même de faire mieux que le 22 février, quand il a été estimé que plus de 5 000 personnes avaient participé. “Ce court délai révolte encore davantage les étudiants. On entend maintenant parler de grève”, affirme Yahya Paraouty.

Chez les banques, qui proposent des emprunts à un taux préférentiel pour les familles ayant un revenu entre Rs 7 500 et Rs 10 000, ce n’est pas encore le rush, pour l’instant. La Mauritius Commercial Bank confirme que seule une demi-douzaine de demandes a été faite hier.

Le gouvernement continuera cependant à subventionner à hauteur de 50 % les familles aux revenus combinés de Rs 7 500 à Rs 10 000, à condition qu’elles ont au moins deux enfants qui concourent au SC ou au HSC. Le ministère de la Sécurité sociale traite pour sa part les données relatives aux familles ayant des salaires combinés de moins de Rs 7 500. Celles-ci bénéficieront d’une subvention totale pour ces frais d’examens.

Mai ’75 : même combat aujourd’hui ?</B>

Des milliers d’étudiants sont descendus dans la rue pour revendiquer. Des affrontements avec la police ont lieu. Nous sommes le 20 mai 1975. Aujourd’hui, les collégiens iront manifester leur mécontentement dans la rue, pour la deuxième fois en deux semaines. Y a-t-il des similitudes entre ces deux époques ?

Oui et non, disent ceux qui ont eu un rôle plus ou moins important il y a 32 ans. “Le contexte et les revendications de l’époque sont très différents de ceux de maintenant, mais il y a des similitudes. Je vois aujourd’hui un enthousiasme, une solidarité entre étudiants et un combat pour une justice sociale plus équitable, à une époque où il y a tellement d’individualisme”, répond Rama Poonoosamy, un des principaux meneurs de la lutte estudiantine en ’75.

“C’est vrai qu’il y a des similitudes. Dans le fond, nous faisions la guerre pour plus d’égalité dans l’éducation. C’est toujours le cas aujourd’hui”, avance Vishnou Gujdhurry, qui était alors membre d’une des associations qui avait organisé la manifestation des étudiants en 1975. Yahya Paraouty, principal organisateur de la marche des étudiants du 22 février dernier et de celle d’aujourd’hui, voit également poindre le spectre du 20 mai. “Sans connaître les événements de ’75, les étudiants commencent à parler de grève et de ne pas payer les frais d’examens. Les mêmes idées et slogans reviennent.”

Mais les similitudes s’arrêtent là. Il y a 32 ans, le pays était porté par la grande vague socialiste. De plus, fraîchement sortie de son état de colonie anglaise, Maurice ne s’était pas encore émancipée, notamment au niveau de son système éducatif.

“La grande manifestation et les débordements qui ont suivi n’étaient pas le fruit du hasard. C’était la culmination d’un ensemble d’éléments. Non seulement il y avait des grèves partout, mais en plus il y avait de la répression et une révolte de la part des jeunes”, dit Vishnou Gujdhurry.

“Maurice était indépendante depuis 1968 mais était néocolonialiste. Au niveau de l’éducation, le monde des étudiants était d’abord influencé par la critique de la société mauricienne qui était soutenue par le Mouvement militant mauricien (MMM) depuis 1969 et par le Mouvement militant mauricien socialiste progressiste (MMMSP) à partir de 1973. Il y avait un travail de conscientisation soutenu qui amenait une nouvelle pensée”, explique Rama Poonoosamy. Il ajoute que le mouvement du 20 mai appartenait aux étudiants et n’était certainement pas le fait de politiciens.

Le point de départ de la grogne des étudiants était avant tout l’inégalité des chances. Alors que l’éducation primaire était gratuite, celle du secondaire et dispensée à l’université restait payante. Sur 182 000 jeunes en âge d’aller au collège, seulement 58 000 y avaient accès. La majorité des collèges privés évoluait dans des conditions parfois déplorables, contrairement aux quatre collèges d’Etat (Royal de Curepipe et de Port-Louis, Queen Elizabeth et John Kennedy). Finalement, la gratuité au secondaire est introduite en janvier 1977. Aujourd’hui, c’est la suppression des subventions de 50 % aux frais d’examens du School Certificate (SC) et du Higher School Certificate (HSC) qui est le catalyseur du mouvement.

Mais en 1975, beaucoup d’autres revendications venaient se greffer à la grogne. Les étudiants voulaient que le droit de vote soit ramené à 18 ans (au lieu de 21) et exigeaient une “mauricianisation” du programme d’études. “Nous voulions qu’il soit plus en phase avec la réalité mauricienne et réponde davantage à nos besoins”, précise Rama Poonoosamy.

RÉTROSPECTIVE

<B>Les événements du 20 mai 1975</B>

Depuis mars, plusieurs associations d’étudiants coordonnaient leurs actions. Au début de mai, les étudiants du collège John Kennedy font grève, pour des raisons internes. Quelques jours après, une solidarité se fait avec d’autres établissements. Le 19 mai, une grève quasi-générale des étudiants surprend les autorités. Le 20 mai, “la manifestation des étudiants commence dans l’ordre et se termine par la violence”, écrit “l’express”. Dans une tentative d’empêcher la mobilisation, un barrage de police est placé près du pont de Grande-Rivière-Nord-Ouest. L’apparition, vers 12 h 30, de Régis Chaperon, ministre de l’Education, met le feu aux poudres. Il tente de s’adresser à la foule, juché sur un fourgon de police, mais son geste est considéré comme une provocation. “Les organisateurs n’ont pu garder plusieurs groupements d’étudiants unis sous un seul leadership”, relate “l’express”. La police intervient brutalement et répond aux jets d’objets des manifestants en utilisant du gaz lacrymogène et des bâtons. Le 21 mai, 75 personnes sont arrêtées. Les manifestants “réclament un changement de régime et dénoncent les capitalistes”. Au 24 mai, 118 personnes auront été mises en prison alors que certains quartiers de Rose-Hill sont encore toujours “chauds”.

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